Index
 Version imprimable
|
8. Le PCV2 dans la reproduction expérimentale de la MAP : agent nécessaire, mais non suffisant ? (17/09/2008)
|
|
| |
Infections expérimentales simples : que provoque le PCV2 chez un porc ?
Au
plan scientifique, il ne suffit pas de suspecter un agent donné comme étant
la cause X, possible d'un tableau clinique déterminé ou d’une
affection. Il faut encore démontrer ce lien de causalité, par des
infections expérimentales. En infectiologie, ces étapes ont été
établies au XIXe siècle par Koch, et adaptées par la suite.
Depuis 1999, un très grand nombre d’articles scientifiques ont décrit
des infections expérimentales par le PCV2 de porcs de différents
statuts sérologiques (séronégatifs ou non). Les animaux utilisés
peuvent avoir des origines divergentes : axéniques, naissance par césarienne
et privation de colostrum, isolement dès la mise-bas et privation de colostrum,
conventionnels, EOPS, etc. Les âges sont très variables (de 2 jours
à 2-3 mois d’âge au moment de l’épreuve virale),
tout comme le titre infectieux de l’inoculum de PCV2(de 102 à
107 TCID50 par porc).
Les résultats ont aussi été très
variables. Selon les expérimentations:
| |
•
quelques infections sub-cliniques, avec l‘absence
de maladie, mais présence de légères lésions
histologiques typiques de MAP dans les organes lymphoïdes,
• des infections sub-cliniques chez la majorité des
animaux inoculés, mais avec un faible nombre (5 à 10 %)
présentant un tableau clinique très proche de celui
de la MAP, à l’image de ce qui a été observé
sur le terrain,
• de la MAP sur un nombre relativement élevé
de porcs inoculés, avec mortalité (ou nécessité
d’euthanasie) occasionnelle de quelques uns,
• de la MAP et de la mortalité (ou nécessité
d’euthanasie) sur un nombre relativement élevé des
porcs inoculés. |
La forte variabilité de ces résultats expérimentaux
a suggéré différentes hypothèses :
| |
•
soit "le problème est dans le virus",
et seuls quelques isolats de PCV2 sont pathogènes (hypothèse
de la variabilité pathogénique du PCV2),
• soit "le problème est chez
le porc", et la sensibilité à la MAP dépend
du porc et non du virus (hypothèse de la réceptivité
de certaines lignées porcines vis-à-vis du développement
de la maladie clinique),.
• soit "le problème est dans
une interaction entre le porc, son milieu et les conditions ou les pratiques
d’élevage", et l’existence d’autres
facteurs (non génétiques) présents chez le porc ou
dans les conditions de production facilite la sensibilité à
la maladie clinique. C'est l'hypothèse de la multifactorialité,
• soit c’est l’hypothèse
de “l’agent X”, et il y a un autre facteur
infectieux majeur, différent du PCV2.
|
Actuellement,
on ne peut écarter ni confirmer avec certitude aucune des trois premières
hypothèses à l’exclusion des autres. La quatrième a
été explorée par différentes équipes, en vain.
Les reproductions expérimentales ont fourni des arguments à la fois
en faveur et à l’encontre de chacune des trois premières.
1. L’hypothèse aujourd’hui considérée
en Europe comme la moins probable est celle de la variabilité
pathogénique des différents isolats de PCV2. Elle est
confrontée au fait que des différences génétiques
très faibles (un ou deux codons) entre isolats présents dans une
même exploitation, où le tableau clinique de la MAP a évolué
au cours du temps. Mais des isolats de PCV2 issus d’exploitations “avant”
l’apparition de la maladie clinique sont également capables d’induire
des signes cliniques lors de reproduction expérimentale.
2. La deuxième des hypothèses, une
sensibilité génétique du porc, est liée
à de multiples observations de terrain, mais est peu étayée
par les données scientifiques. En France, elle n’a pas été
confortée par les résultats des analyses épidémiologiques.
3. La troisième des hypothèses
est probablement la plus proche d’être avérée
car les infections expérimentales par le PCV2 permettent de reproduire
le tableau clinique de MAP de manière significative et répétitive.
Elle fait appel aux reproductions expérimentales complexes, puisqu’elle
repose sur l’idée que le résultat final de l’infection
par le PCV2 par rapport à l’apparition de la maladie est une
interaction entre les éléments des trois hypothèses.
Dans tous les cas, notre connaissance actuelle de la MAP montre qu'il s'agit d'une
maladie multifactorielle.
La difficulté ou l’impossibilité d’obtenir un
modèle expérimental répétable de la maladie en n’utilisant
que le PCV2 comme inoculum a logiquement contribué à la controverse
sur le lien de causalité de ce virus avec la pathologie observée
sur le terrain (voir ce chapitre).
Infections expérimentales
complexes : le PCV2 et les autres
En 1999, une publication rapportait les résultats d’une infection
expérimentale de porcs par le PCV2, dans laquelle certains animaux avaient
subi une co-infection accidentelle par le parvovirus
porcin (PPV). Or ces animaux étaient ceux qui présentaient
le tableau clinique de MAP le plus sévère. Les auteurs de cet article
proposaient : « sachant que le PCV2 a été isolé
à partir d’un porc qui présentait en même temps une
infection par le PPV, il est possible que le développement “naturel”
de la maladie clinique soit une co-infection par le PCV2 et le PPV ».
L’inoculation expérimentale conjointe de
PCV2 et PPV chez des porcs séronégatifs vis-à-vis de ces
agents permet de reproduire la maladie clinique observée sur le terrain
(MAP) de façon significative et répétée, sur environ
80 % des animaux inoculés. Cet "incident" scientifique
est devenu un axe de recherche, à l’image de ce que suggéraient
ces auteurs :
" Bien que le PPV puisse aussi circuler en engraissement, c’est
relativement peu fréquent. Sachant que la MAP semble plus grave dans ces
cas de co-infection avec d’autres agents, peut-être faudrait-il le
démontrer expérimentalement, par l’inoculation conjointe du
PCV2 et d’autres agents plus fréquents dans la tranche d’âge
où la MAP est observée sur le terrain ".
La co-inoculation expérimentale du PCV2 et du
virus du SDRP à des porcs séronégatifs vis-à-vis de
ces agents permet de reproduire la maladie clinique observée sur le terrain
(MAP) sur 10 à 30 % des animaux inoculés.
"Si,
en utilisant la co-infection par le PPV ou le SDRPV avec le PCV2, le nombre de
cas de MAP est plus important que dans un lot inoculé par le PCV2 seul,
et sachant que tous ces agents interagissent avec le système immunitaire
du porc, que se passerait-il lors de stimulation expérimentale du système
immunitaire sur un porc inoculé par le
PCV2 ? "
La stimulation non spécifique du système immunitaire de porcs axéniques
infectés par le PCV2 permet de reproduire la maladie clinique observée
sur le terrain (MAP) de façon significative et répétée
sur 80 % des animaux. Mais ces résultats n’ont pas été
confirmés dans d’autres modèles. Aussi, ces résultats
expérimentaux ont-ils suscité un débat important quant au
lien entre vaccins ou produits immuno-modulateurs administrés dans le jeune
âge du porcelet et le déclenchement de la MAP chez des porcs infectés
par le PCV2.
Toutefois, d’autres résultats, même
contradictoires ont été obtenus, dans des reproductions expérimentales
comme par des études terrain, en rapport avec un effet possible de l’immunostimulation.
Degrés
divers de résultats obtenus lors d'études expérimentales
et de terrain
|
Immunostimulation

Lésions
microscopiques d'intensité majeure |
Très
grand pourcentage d'animaux
malades
|
|
|
Immunostimulation

Lésions
microscopiques d'intensité majeure |
Très
grand pourcentage d'animaux
malades
|
|
|
Immunostimulation

Lésions
microscopiques d'intensité majeure |
Très
grand pourcentage d'animaux
malades
|
|
|
C’est pourquoi une attitude prudente implique de prendre en compte la possibilité
d'une sollicitation précoce du système immunitaire. Il est donc
recommandé d’éviter autant que possible
les situations qui provoquent la stimulation du système immunitaire du
porc aux âges où a lieu l’infection par le PCV2.
RECOMMANDATIONS
:
==> ré-évaluer le moment approprié des vaccinations
ou l’utilisation de produits immuno-stimulants dans un contexte de
MAP.
==> retirer les produits vaccinaux ou immuno-stimulants suspects, puisque
leur emploi est susceptible de déclencher un problème plus
important que celui qui est visé. |
|
|
| |
|
|
Animalesweb et Groupe Chêne Vert ne peuvent être rendus responsables de l'utilisation illicite des informations
publiées dans cette page
|