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Conduite de la colibacillose

Regarder en amont lorsque nous avons un diagnostic de laboratoire pour considérer le vaste éventail de facteurs qui influencent sur la colibacillose porcine peut nous aider à focaliser nos stratégies de contrôle d'une manière plus logique et productive.

Mercredi 7 Octobre 2015 (il y a 2 ans 8 mois 15 jours)

Considérons le tableau complet

E. coli est une bactérie ubiquitaire et complexe présente dans tous les élevages porcins. Le terme colibacillose se réfère à toute maladie ou pathologie causée par E. coli. La conduite de la colibacillose porcine exige une compréhension de la biologie des différents types d'E. coli ainsi que des conditions sous lesquelles ils sont capables de causer la maladie. Si nous nous éloignons brièvement des spécificités d'E. coli et considérons le tableau complet de la maladie infectieuse, nous aurons une vision plus large des méthodes de contrôle.

 

Comment réussir en tant que pathogène

L'introduction de tout livre sur la pathogénicité bactérienne constitue un schéma utile pour connaître les pas que tout pathogène doit suivre pour causer une maladie. La considération de ces pas fournit un cadre utile pour le diagnostic et les stratégies de prévention (Gyle CL, Prescott JF, 2010).

Les pas que tout pathogène doit suivre pour réussir sont les suivants :

  1. Entrer dans l'hôte et/ou s'y attacher
  2. Éviter ses défenses
  3. Se multiplier
  4. Endommager l'hôte
  5. Se transmettre à l'hôte suivant

La bonne nouvelle est que l'interruption d'un ou plusieurs de ces pas peut constituer la clé pour une stratégie de contrôle efficace. Dans le cas de la colibacillose, le premier pas (l'entrée et l'adhésion) se produit moyennant des récepteurs bien définis pour les adhésines fimbriales qui, chez les porcs, apparaissent et disparaissent à des âges différents ou pas du tout. Les deuxième et troisième pas (éviter les défenses de l'hôte et se multiplier) peuvent être influencés par quelque chose d'aussi commun et simple que l'hypothermie chez les porcelets nouveau-nés, car le stress dû au froid réduit l'ingestion et l'absorption de colostrum et l'élimination des bactéries pathogènes (Blecha F, Kelley KW, 1981). Le quatrième pas (endommager l'hôte) est assuré par des toxines qui peuvent être produites ou pas par des souches spécifiques d'E. coli, en fonction de la présence ou l'absence de gènes de virulence. L'analyse de ces étapes, en plus des méthodes de contrôle disponibles, peut nous guider dans la décision de la stratégie à mettre en place en fonction des tactiques utilisées par le pathogène.

 

Modèle de cinq facteurs productifs comme causes de maladie

Une autre manière d'aborder ce même concept est illustrée dans la figure 1 moyennant un diagramme en arêtes de poisson (ou de causes-effets) développé par le Dr. Kent Schwartz de l'Université d'État de l'Iowa. Cette ligne de pensée présente cinq facteurs productifs interconnectés pouvant être à l'origine de la colibacillose entérique néonatale chez les porcelets. Cela est utile parce que le focus est placé au-delà du simple agent causatif de la maladie pour inclure un large éventail de facteurs de risque pouvant contribuer à la maladie.

Modèle de cinq facteurs productifs comme causes de maladie.

Figure 1. Modèle de cinq facteurs productifs comme causes de maladie.
Avec l'aimable autorisation de Dr. Kent Scwartz, Université d'État de l'Iowa

De simples mathématiques

Je propose une équation plus simple pour aborder d'une manière alternative la maladie infectieuse en général et la colibacillose en particulier :

Maladie infectieuse = (susceptibilité)(dose)(virulence)

Cette équation nous permet de nous concentrer sur le résultat recherché avec notre stratégie de contrôle. Si l'on commence par la fin de l'équation (la virulence), on se rend compte que cette variable est, en réalité, très variable (Blecha F, Kelley KW, 1986). La figure 2 illustre le spectre de gènes de virulence identifiés dans les trois dernières années parmi des isolats porcins d'E. coli au Laboratoire de Diagnostic Vétérinaire du Minnesota . (Attention : ces données sont issues de cas cliniques entériques envoyés au laboratoire et, de ce fait, elles constituent tout au plus une surveillance passive et peuvent ne pas représenter la prévalence réelle sur le terrain). Par rapport aux stratégies de contrôle, nous n'avons vraiment aucun type de contrôle sur cette variable sur le terrain, mais c'est une information importante parce que nous devons savoir ce que nous essayons de contrôler.

 

Prévalence de facteurs de virulence d'E. coli dans des cas porcins
au Laboratoire de Diagnostic Vétérinaire du Minnesota, juillet 2012-juin 2015

Prévalence de facteurs de virulence d'E. coli

Figure 2. Prévalence de facteurs de virulence d'E. coli. Avec l'aimable autorisation de Mary Thurn, Université du Minnesota.

Sur la deuxième variable (la dose), nous avons un plus grand contrôle mais, comme il a déjà été prouvé, il est très difficile d'assurer un nettoyage et une désinfection capables d'éliminer spécifiquement E. coli F18 des installations. Cela ne veut pas dire que nous ne devons même pas essayer, mais nous devons également bien choisir nos batailles et concentrer nos énergies sur celles que nous aurons plus de chances de gagner.

La première variable (la susceptibilité), est un domaine d'opportunité important pour le contrôle d'E. coli. Les récepteurs pour E. coli F18 dans l'intestin du porc ne se développent pas complètement avant les 21 jours de vie, c'est pourquoi les porcelets jeunes ne sont pas susceptibles à l'infection (Coddens A et al., 2007). Ils ne sont pas non plus susceptibles à l'immunisation contre E. coli F18, c'est pourquoi le défi est de vacciner les porcelets suffisamment tard pour que l'immunité se développe  mais suffisamment tôt pour prendre de l'avance sur l'exposition. Un sevrage tardif peut constituer un outil de conduite pour résoudre ce paradoxe (McLamb BL et al., 2013). En plus, le récepteur fimbrial F18 est absent ou a été éliminé par sélection de certaines lignes porcines, de sorte que même chez les porcs plus âgés l'adhérence à l'intestin et la maladie subséquente sont clairement réduites (Frydendahl K et al., 2003). Cela représente une stratégie de contrôle simple et efficace lorsqu'elle est disponible.

En résumé, regarder en amont lorsque nous avons un diagnostic de laboratoire pour considérer le vaste éventail de facteurs qui influencent sur la colibacillose porcine peut nous aider à focaliser nos stratégies de contrôle d'une manière plus logique et productive.

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