Coronavirus et PPA en Allemagne : effets sur les élevages et les prix du porc, sur l'abattage et les marchés de la viande

Les marchés européens et internationaux des produits du porc seront bouleversés dans les prochains mois.

Plusieurs pays ne reconnaissent pas le principe de zonage sanitaire de l’OIE et ne souhaitent plus importer de produits allemands, même issus de zones éloignées du foyer de FPA. 3 pays ont stoppé leurs approvisionnements depuis l’Allemagne : la Chine, le Japon et la Corée du Sud, soit 44 % des expor­tations d’abats de porc et 33 % de viande porcine allemandes. Les marchés européens et internationaux des produits du porc seront bouleversés dans les prochains mois, à moins qu’un ac­cord de régionalisation ne soit négocié entre la Chine et l’Allemagne avec des régions non infestées par la FPA à nouveau autorisées à exporter vers la Chine.

Bilan de la filière porcine allemande (source Eurostat).
Bilan de la filière porcine allemande (source Eurostat).

Effets sur les cours du porc

Les marchés en Allemagne ont de suite réagi à la fermeture des marchés asiatiques : les cours allemands du porc, des coches, des porcelets et des pièces de découpe ont baissé. L’impact sur les prix reste modéré dans les autres pays européens. En France et en Espagne, l'évolution à la hausse, ou à la stabilité, du cours du porc n'a pas été perturbée. Au Danemark et aux Pays-Bas, plus connectés à l'Allemagne, le prix du porc a ponctuellement tressailli. Les marchés des porcelets ont été plus perturbés. En Allemagne, le prix des porcelets a chuté de 14% en 1 mois et de 7% aux Pays-Bas. Sur le marché des pièces de découpe, les cours en France ont progressé en septembre, surtout pour le jambon. L'Espagne et l'Italie suivent cette tendance tandis que les pièces allemandes accusent aussi des baisses de prix.

Effets sur le marché de la viande

La découverte de la FPA en Allemagne survient dans un contexte où la demande du Nord de l’Europe faiblit, surtout en Allemagne et aux Pays-Bas. Les outils néerlandais sont à nouveau autorisés à exporter vers la Chine qui importera des produits pour le nouvel an. Les pays européens qui réussiront à exporter plus pourront résister aux répercussions de l’épidémie en Allemagne. Une redistribution des flux commerciaux européens est attendue dans les prochains mois.

Exportations allemandes de produits porcins vers l’Asie (Hors vifs) de Août 2019 à Juillet 2020 (source Eurostat).
Exportations allemandes de produits porcins vers l’Asie (Hors vifs) de Août 2019 à Juillet 2020 (source Eurostat).

Tant que le marché asiatique reste fer­mé aux produits allemands, les abatteurs allemands doivent trouver de nouveaux débouchés pour + de 800 000 tonnes de produits porcins/an. Et les pays importateurs doivent trouver de nouveaux fournisseurs, surtout la Chine (15 % des im­portations d’Al­lemagne). L’origine allemande était présente dans les importations de la Corée du Sud (19 %) et un peu au Japon (2 %). Sur le marché international de la viande porcine, les Etats-Unis et le Brésil vont en profiter pour gagner des parts de marché en Chine. L’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark, la France et peut-être la Belgique (après retour de son statut indemne de FPA) compenseront une partie des volumes allemands. Les pays qui fournissent l’Allemagne (+ de 1 million de tonnes importées/an) auront davantage de volumes à exporter. La capacité des pays européens à aug­menter leurs exportations vers l’Asie et décongestionner le marché européen est limité à court terme par leurs capacités de congélation.

Importations de porcs de Chine, Corée, Japon (hors Vifs) de Août 2019 à Juillet 2020 (Source Eurostat).
Importations de porcs de Chine, Corée, Japon (hors Vifs) de Août 2019 à Juillet 2020 (Source Eurostat).

L’offre de produits allemands dans l’UE augmentera vers l’industrie de la transformation de la viande exerçant une pression à la baisse sur les cours du porc. Les sous-produits expédiés par l’Allemagne vers l’Asie sont un problème pour les abatteurs car les débouchés alter­natifs sont limités en Europe sauf vers les pays de l’Est ou le pet food mais avec une valeur ajoutée réduite.

Effets sur le marché du porcelet

La baisse de la demande en porcelets des en­graisseurs allemands est une des conséquences de la FPA en Allemagne. La baisse du prix du porcelet s’est accen­tuée en Allemagne. Environ 27 millions de porcelets sont échan­gés chaque année en Europe dont + de 90 % provenant du Danemark et des Pays-Bas. L’Allemagne est le 1er pays importateur européen (45 % du total soit 11 millions de têtes), suivi par la Pologne (30 %) et l’Espagne (6 %). Le déve­loppement de l’engraissement au Dane­mark est limité en raison du manque de places disponibles (autorisations d’exploiter). Bien que coûteuses, les exporta­tions de porcelets vers l’Espagne peuvent progresser soutenues par la demande des abatteurs. La production de porcelets devrait diminuer aux Pays-Bas et au Dane­mark. Les naisseurs allemands dont la capacité de résistance est hétérogène, pour­raient souffrir, accélérant l’éro­sion du cheptel de truies.

L’arri­vée de la FPA accentue des ten­dances structurelles en Alle­magne : baisse du naissage et spécialisation en engraissement, légère baisse de la production et des abattages depuis 10 ans. Conséquences de la FPA s’ajoutant à celles du Covid-19 : la compétitivité des abatteurs allemands pourrait être durablement entra­vée.

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