Elevage sur site unique ou multi-sites : opportunités et contraintes (II)

Le Dr JP. Alno poursuit son analyse du système multi-sites commencée dans la 1ère partie de cet article. Il est possible de rompre le cycle des infections si l’on retire les porcelets de l’él...

Mercredi 29 Octobre 2008 (il y a 9 ans 10 mois 21 jours)
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Le Dr JP. Alno poursuit son analyse du système multi-sites commencée dans la 1ère partie de cet article.

Il est possible de rompre le cycle des infections si l’on retire les porcelets de l’élevage à condition de respecter trois principaux facteurs biologiques :

- le très haut niveau d’immunité qui passe de la truie vers les porcelets par le colostrum et l’activité lactogénique,

- le fait que les porcelets n’attrapent pas toutes les infections présentes dans le troupeau (la plupart des infections sont contractées après le sevrage, non pas des mères, mais des autres porcs plus âgés),
- le principe du tout plein tout vide permet, si le système ne fonctionne pas très bien, que la contamination qui s’installe ne se complique pas ou peu, et reste liée à un nombre limité d’agents. [2]

En d’autres termes, la truie est considérée à la fois comme réservoir de contaminants et comme pourvoyeuse d’anticorps via le colostrum.

L’idée de base est de saisir l’opportunité de sevrer le porcelet alors que celui-ci est fortement protégé par l’immunité passive d’origine colostrale. La période la plus propice à cet égard se situe avant 15 jours d’âge. L’hypothèse est que, progressivement, au-delà de cette période, la pression de contamination du milieu peut l’emporter sur la capacité de « résistance » du porcelet, ouvrant alors la voie aux processus de l’infection. [3]

Sur le terrain, en production, et à condition de travailler avec des animaux de bon état sanitaire (il en existe et/ou des méthodes d’éradication performantes sont connues), l’on peut, dans le respect de la législation qui interdit le sevrage avant 21 jours, profiter de ces expériences pour restructurer un élevage. [4]

Le système 3 sites (naissage, post-sevrage, engraissement) est intéressant pour les très grands troupeaux de production, mais aussi en sélection-multiplication par la sécurité sanitaire qu’il engendre. Dans le cadre d’un regroupement d’éleveurs respécialisant leurs unités de production, il devra également être étudié malgré le surcoût d’un déplacement supplémentaire des animaux. Ce n’est probablement pas le modèle le mieux adapté à ce que restera le modèle français.


Le système 2 sites (naissage et post-sevrage/engraissement, ou naissage/post-sevrage et engraissement) est reconnu efficace dans les troupeaux de moins de 1000 truies. De plus, il est moins onéreux car génère moins d’investissements et limite le coût de transport.

Pour ma part, j’ai travaillé avec tous les systèmes. Aussi puis-je affirmer que le système 2 sites, quel qu’il soit, fonctionne parfaitement bien si l’on possède des animaux « propres » et que l’on respecte les règles hygiéniques d’élevage. En Russie, des troupeaux de près de 5000 truies sur site avec sevrage à 28 jours réalisent des performances que ne refuserait pas la majorité des éleveurs français !

Un effet induit de la conduite ISOWEAN® et multi-sites, est une amélioration des performances et une réduction des coûts.
Les observations de Harris sur le plus grand développement du thymus (moindre stimulation immunitaire), les travaux de Crowe sur le niveau des poussières et d’endotoxines, les publications de Stackly et Williams sur l’interaction entre le système immunitaire et la croissance étayent scientifiquement ces observations. [2]

Tout éleveur se doit de faire un bilan de production et de réfléchir à une prospective de développement (business plan). Dans cet esprit, j’ai résumé ci après les avantages et les inconvénients les plus évidents du système multi-sites.

Avantages :

- Diminution du poids de la maladie en fonction de l’âge au sevrage,
- Augmentation de la taille du cheptel truies,
- Augmentation de la productivité par augmentation de la rotation du nombre de mises bas annuel par truie,
- Diminution des coûts médicamenteux,
- Augmentation de la rotation des places engraissement ou augmentation du poids des charcutiers à la vente,
- Spécialisation du personnel avec, en corollaire, une amélioration des résultats,
- Facilitation de l’efficacité de la quarantaine,
- Amélioration de l’état sanitaire des truies,
- Simplification de la conduite alimentaire par site,
- Diminution de la mortalité pendant la période sevrage-vente,
- Amélioration des résultats économiques,
- Facilitation du respect des règles d’hygiène et de bonne conduite sanitaire.


Inconvénients :

- Augmentation du travail et de son coût,
- Distance entre sites,
- Augmentation des coûts transports,
- Augmentation du coût de la gestion des lisiers,
- Coût de la transformation d’une exploitation en site naissage.


Conclusion

Dans le contexte socio-économique actuel, les modalités de production du porc seront ou devront être profondément modifiées pour une majorité d’éleveurs, dépassant largement les obligations et mises aux normes déjà réalisées ou connues aujourd’hui.
Néanmoins, le porc restera une production d’avenir pour qui voudra s’y investir. Devant une nécessaire augmentation conséquente de la taille des cheptels, la technique d’élevage multi-sites est un élément qui peut se révéler vital dans une démarche entrepreneuriale où tous les coûts de production devront être optimisés.

Ajouter à toutes les règles connues et appliquées dans le modèle français, une séparation des sites d’élevage est une assurance sanitaire pour le troupeau commercial, un modèle économique potentialisant productivité et biosécurité.

Bibliographie

[1] Résultats Porc Bretagne 2007. IFIP. Chambres d’Agriculture Bretagne.
[2] ISOWEAN® Réunion PIG France. PIC- Rennes le 5 Avril 1995.
[3] MADEC. F et coll. Le sevrage précoce en 7 questions. Journée technique « Intérêt sanitaire d’une méthode de sevrage précoce sur site ». ISPAIA 21 Novembre 1997.
[4] CARIOLET. R. et coll. Influence de l’âge au sevrage sur le transfert de contaminants. 1998. Journées Recherche porcine en France, 30, 375-382.

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