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Le porc mâle non castré dans l’Union européenne

Dans l’Union européenne, la castration (à vif, sous analgésie ou anesthésie ou par immunocastration) reste dominante.

Depuis janvier 2022, la France interdit la castration chirurgicale des porcelets mâles sans prise en charge de la douleur c’est à dire sans anesthésie. L’élevage de porcs mâles entiers ou l’immunocastration (castration chimique) sont des alternatives à l’élevage de porcs mâles castrés sous anesthésie. Parmi les pays producteurs européens, le choix de l’alternative diffère en fonction du contexte d’élevage et des modes de paiement des éleveurs.

Sans être imposée par la Commission européenne, la nouvelle directive française suit la position d’autres pays européens dans un contexte de pression sociétale forte. Le but est d’améliorer le bien-être animal. La castration des porcelets âgés d’une semaine est pratiquée afin d’éviter le développement d’une odeur désagréable dans la viande et les produits porcins. A la maturité sexuelle des mâles autour de 180 jours d’âge, la production d’hormones scatol et androstérone se développe, responsables d’une odeur désagréable à la consommation de la viande et des produits porcins.

Une réponse à cette problématique est l’élevage de porcs mâles non castrés qui s’affranchit de la castration couplée à l’anesthésie. Les porcs mâles entiers ont de meilleures performances aux éleveurs générant moins de coûts mais des ajustements de conduite dans les élevages. Les carcasses odorantes doivent être détectées à l’abattoir et en France la méthode du nez humain est utilisée. Plusieurs entreprises de l’aval de la filière sont réticentes à accepter la viande issue de porcs mâles entiers du fait du risque d’odeur et de la production d’une viande plus maigre avec des conséquences sur la qualité des produits nécessitant du gras. Dans l’Union européenne, la castration (à vif, sous analgésie ou anesthésie ou par immunocastration) reste dominante avec environ 31,5 % des 258 millions de porcs abattus en 2020. La production de mâles entiers est estimée à 45 millions de porcs soit 17 % des abattages. L’immunocastration représente environ 1 % des abattages de l’UE. Des organisations ou entreprises ont défini leurs règles selon la valorisation des porcs castrés ou non, qui influent sur le paiement des éleveurs : voici quelques exemples en Europe.

  • Depuis 2021, en Allemagne, la castration est autorisée uniquement avec anesthésie générale, le gaz isoflorane est souvent utilisé. Une formation théorique de 12 h et une phase pratique sous la direction d’un vétérinaire permettent aux éleveurs d’exécuter l’opération. Une subvention de 13,5 millions d’euros finance le matériel nécessaire. Le coût de cette méthode s’élève à 2 €/porcelet. La production de porcs mâles entiers représente 15 % du marché allemand soit une offre de 4 millions de porcs/an. Selon l’abatteur, une réduction de 3 à 5 euros est appliquée par mâle. L’immunocastration représente environ 5 % des abattages ; cette solution n’est pas adoptée par beaucoup d’éleveurs de porcs mais quelques abatteurs peu nombreux l’ont encouragée.
  • Les PaysBas produisent 5,4 millions de porcs mâles entiers très associés à la démarche « Beter Leven ». La castration avec anesthésie générale par le CO2 est appliquée sur 3 millions de porcelets. L’immunocastration est peu développée. Au paiement, la réduction moyenne est de 3 à 4 €/mâle entier.
  • La production de porcs mâles entiers au Danemark s’élève à 7 %, surtout destinés au marché danois. Le producteur paye une redevance de 3,50 €/porc pour couvrir les frais d’analyse et de tri. Le reste de la production de porcs mâles est castré avec anesthésie locale (93 %). Les entreprises dépendantes de l’export n’acceptent pas la viande de mâles entiers.
  • En Espagne, la production de porcs mâles entiers est une pratique ancienne et antérieure aux questions de bienêtre animal. Les abattoirs espagnols ne détectent pas l’odeur des carcasses, le poids d’abattage de ces animaux est plus léger et donc l’âge des porcs est inférieur afin de minimiser le potentiel risque de viande odorante. Seuls les porcs ibériques plus lourds sont castrés. Ils représentent 7 % de l’offre nationale. Les entreprises espagnoles ne seraient pas impactées par les débouchés à l’export. La non castration n’a pas d’incidence sur le paiement des porcs.
  • En Belgique, la production de mâles entiers est encore faible. L’immunocastration représente 7 % de l’offre, soutenue par la grande distribution comme Colruyt.

Depuis une dizaine d’années, en Europe, le nombre de mâles entiers augmente progressivement. Dans la plupart des pays, ce développement rencontre une saturation du marché national et les entreprises témoignent de difficultés pour exporter cette viande. La pression sociétale laisse penser que la production de porcs mâles entiers continuera son développement. Les contrats entre producteurs et abatteurs deviendront indispensables.

Répartition des abattages mâles selon mâles entiers, castrés ou immunocastrés.
Répartition des abattages mâles selon mâles entiers, castrés ou immunocastrés.

Jan-Peter van Ferneij, économiste à l’IFIP .

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