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Savons-nous comment alimenter des populations hétérogènes de porcs ?

La réponse est non. Nous savons seulement comment alimenter un animal moyen de composition génétique et de sexe déterminés.

Mercredi 20 Décembre 2017 (il y a 9 mois 3 jours)
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La variabilité est inhérente à tout processus biologique. Cependant, le marché de la viande exige des produits homogènes. Répondre à cette demande pose une problématique dans la commercialisation des porcs vivants : préparations des chargements, chargements sur plusieurs jours, multiples mises à jeun des animaux, semaines pour vider un élevage ... des pratiques coûteuses pas toujours faciles à quantifier. On peut donc affirmer que la variabilité que nous avons dans les élevages a un coût caché.

Au cours des dernières années, ce problème a augmenté à la fois dans le processus final (une plus grande demande d'homogénéité dans le produit fini) et dans la partie initiale (la plus grande prolificité des truies provoque une plus grande dispersion dans le poids initial du porcelet). Par conséquent, si c'est un problème coûteux et croissant, nous devrions pouvoir le disséquer et proposer des solutions possibles.

La première difficulté est de mesurer la variabilité du poids vif que nous avons à l'intérieur de l'élevage. Il n'est pas facile d'avoir des bases de données avec le poids individuel de tous les porcs de l'élevage à différents âges, pour différentes lignées génétiques, schémas productifs et statuts sanitaires. Une fois que la variabilité est connue, nous sommes intéressés à savoir quels sont les facteurs qui en sont la cause, sur lesquels nous pouvons agir et à quel moment augmenter l'homogénéité ou au moins ne pas générer plus de variabilité.

Voici des exemples de dispersion de poids à différentes étapes de production. Comme on le voit, l'écart-type augmente avec l'âge. En le divisant par la moyenne, on constate que le coefficient de variation diminue (figure 1). Cependant, la gamme de poids augmente considérablement (figure 2).

Figure 1. Evolution de la variabilité du poids avec l'âge, mesurée avec le coefficient de variation.

Figure 1. Evolution de la variabilité du poids avec l'âge, mesurée avec le coefficient de variation.

Figure 2. Répartition des animaux selon leur poids à l'entrée du sevrage. La différence entre 5% des plus lourds et 5% des plus légers est de 6 kg. 

Figure 2. Répartition des animaux selon leur poids à l'entrée du sevrage. La différence entre 5% des plus lourds et 5% des plus légers est de 6 kg. 

Figure 3.  Répartition des animaux en fonction de leur poids (kg) à 159 jours. Les 6 kg de différence entre 5% de porcs les pluis lours et 5% de porcs les plus légers qui ont été détectés au sevrage (figure 2) sont devenus 30 kg.

Figure 3.  Répartition des animaux en fonction de leur poids (kg) à 159 jours. Les 6 kg de différence entre 5% de porcs les pluis lours et 5% de porcs les plus légers qui ont été détectés au sevrage (figure 2) sont devenus 30 kg.

La répartition des poids à la fin de l'engraissement est la somme de plusieurs facteurs, dont certains ne comportent aucune marge de manœuvre pour le producteur ou comportent des coûts associés non justifiables. Une partie de la variabilité est congénitale, associée à la lignée génétique maternelle et au type de mâle final. La prolificité des truies, le faible poids à la naissance, la parité, le degré de prise de colostrum, la capacité de production du lait et la durée de la lactation finiront par marquer la variabilité des poids au sevrage. Ensuite, les problèmes de densité dans les cases, l'espace à l'auge, le nombre d'abreuvoirs, l'état sanitaire, le confort environnemental, etc. peuvent contribuer à générer plus de variabilité dans la phase de croissance. Dans des études spécifiques, la variabilité du poids au sevrage explique seulement environ 50% de la variabilité du poids final, et celle du poids à la naissance seulement 10%. Par conséquent, cela indique qu'il y a dune marge de manoeuvre surtout à certains moments (fenêtres d'opportunité) de la vie productive, essentiellement dans (1) les premiers jours après la naissance, (2) les premières semaines après le sevrage et (3) pendant le premier mois d'engraissement.

Figure 4. Distribution des poids à l'entrée en engraissement

Figure 4. Distribution des poids à l'entrée en engraissement

Figure 5. Distribution des poids en fin d'engraissement. 35 % des porcs pèsent plus de 100 kg alors que 10% sont en-dessous de 75 kg.

Figure 5. Distribution des poids en fin d'engraissement. 35 % des porcs pèsent plus de 100 kg alors que 10% sont en-dessous de 75 kg.

La réalité est qu'à chaque moment des porcs très différents vivent dans l'élevage, tant dans leur poids vif que dans leur capacité de consommation alimentaire (CMQ) et de croissance (GMQ). Par conséquent, ce sont des animaux qui présentent d'énormes différences dans le coût de production et si nous pouvions le mesurer, nous verrions que certains d'entre eux sont difficilement viables d'un point de vue économique.

Figure 6. GMQ sur les 100 premiers jours d'engraissement en fonction du poids d'entrée. Les différences de poids à l'entrée de l'engraissement s'approfondissent (multipliées par 2). Chaque kg de différence de poids à l'entrée équivaut, approxiamtivement à 11 g de GMQ.

Figure 6. GMQ sur les 100 premiers jours d'engraissement en fonction du poids d'entrée. Les différences de poids à l'entrée de l'engraissement s'approfondissent (multipliées par 2). Chaque kg de différence de poids à l'entrée équivaut, approxiamtivement à 11 g de GMQ.

La figure 7 illustre le GMQ des centiles de l'élevage en fonction de leur poids final. Si nous comparons les deux centiles supérieurs avec les deux centiles inférieurs, nous voyons pratiquement que le GMQ est deux fois plus élevé dans les premiers que dans les deuxièmes. À l'abattage, les carcasses d'animaux ayant un GMQ inférieur sont beaucoup plus maigres que celles qui ont un GMQ plus élevé. Par conséquent, la variabilité intra-élevage peut éventuellement être égale ou supérieure à la variabilité moyenne entre exploitations, voire supérieure aux différences moyennes entre les sexes et entre certaines lignées génétiques. Il y a plusieurs travaux qui expliquent comment nourrir les élevages en séparant les sexes, en particulier les entiers par rapport aux castrés, mais aussi les mâles entiers par rapport aux femelles.

Figure 7. Evolution du GMQ en fonction du poids d'entrée (tous les 10%). A la fin de l'engraissement ils finissent tous avec un GMQ semblable même si les plus lourds arrivent au maximum bien avant et donc avec moins de jours de présence.

Figure 7. Evolution du GMQ en fonction du poids d'entrée (tous les 10%). A la fin de l'engraissement ils finissent tous avec un GMQ semblable même si les plus lourds arrivent au maximum bien avant et donc avec moins de jours de présence.

De plus, nous sommes conscients que les besoins moyens des porcs maigres type Piétrain sont très différents de ceux d'autres lignées génétiques avec une CMQ plus élevée, un GMQ plus élevé et une croissance plus faible en maigre, type Duroc maigre ou des lignées synthétiques similaires. Cependant, dans le même élevage, nous nourrissons les deux centiles supérieurs comme les deux inférieurs, quand il est évident qu'il s'agit d'animaux présentant de grandes différences de GMQ, de CMQ et de composition corporelle.

Par conséquent, en répondant à la question initiale «Savons-nous comment nourrir des populations hétérogènes de porcs? » La réponse est non.

Aujourd'hui nous savons comment alimenter l'animal moyen de composition génétique et de sexe déterminé , une fois caractérisé ses GMQ, CMQ, dépôt de protéines et de lipides pour estimer les besoins (rapport de lysine/énergie) à chaque étape de la production avec modélisation préalable. Disposés à contester la pratique habituelle, on pourrait même dire que plus nous affinons l'alimentation de l'animal moyen (alimentation multiphase avec une prévision de kg de chaque aliment par animal) plus nous contribuons à générer la variabilité. Pour réduire la variabilité du poids final, il est clair que la meilleure stratégie serait de maximiser le GMQ des centiles inférieurs. Cependant, ces animaux lorsqu'on passe à l'aliment suivant avec un rapport lysine/énergie inférieur, sont ceux ayant le plus faible poids, et certainement pas ceux qui ont consommé la quantité prévue d’aliment précédent. Ainsi, il se peut qu'on les sous-alimente sur une bonne partie de leur vie productive en limitant donc leur potentiel génétique, déjà inférieur à celui des « vedettes » de l'élevage.

La solution à ce problème est l'alimentation de précision largement médiatisée mais, actuellement, la technologie n'est pas disponible au niveau commercial, peut-être à cause de la complexité, de la difficulté technologique et du coût de l'investissement. L'avenir dira si des solutions applicables apparaîtront au niveau des élevages de production. En attendant, il peut être souhaitable de mesurer la variabilité intra-élevage de nos systèmes, d'estimer la différence entre les programmes d'alimentation si nous pouvions nourrir les plus forts et les plus faibles de façon ciblée et d'élaborer des stratégies pour essayer de l'appliquer dans les conditions commerciales, d'une manière pratique d'un point de vue logistique et opérationnel dans l'élevage.

Je termine par une conclusion provocatrice: comme nous ne savons pas ce que nous coûte la variabilité, nous ne savons pas non plus ce que nous économiserions si nous la contrôlions. Peut-être que nous aurions une surprise.

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