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Contrôle d'Actinobacillus pleuropneumoniae

Ce cas clinique étudie le comportement et le contrôle à long terme d'une infection par App dans un élevage naisseur-engraisseur en abordant des aspects importants comme la conception de l'élevage, la dynamique de l'infection et l'évolution de l'immunité.

Jeudi 19 Février 2015 (il y a 3 ans 2 mois 6 jours)

Ce cas clinique suit le déroulement à long terme et le contrôle d’Actinobacillus pleuropneumoniae (App) chez un naisseur-engraisseur pendant les années 1990. Ce cas historique soulève des questions significatives sur la conception de l’élevage, la dynamique de l’infection enzootique et l’immunité contre l’App..

 

Antécédents de l'élevage

Cet élevage a été créé au début des années 1990 après le dépeuplement d’un ancien élevage qui a été agrandi et réaménagé pour loger 660 truies en naisseur-engraisseur capable de sevrer 300 porcelets par semaine.

Puisque l’élevage s’est agrandi de plus du double, les nouveaux bâtiments ont été construits très proches comme on peut le voir sur la figure 1, un bâtiment de gestantes étant à côté d’un engraissement. L’espace entre les bâtiments ne dépassait pas 2 mètres.

Plan de l'élevage

Figure 1 : Distribution de l’élevage

Tous les bâtiments avaient le sol complètement en caillebotis, la ventilation avec une pression positive avec des ventilateurs sur le toit et des sorties latérales. L’occupation de l’engraissement a été calculée pour produire des porcs avec l’espace légal minimum.

Les bâtiments de maternité fonctionnaient en bandes hebdomadaires avec un lavage et une désinfection courante entre les lots et un vide sanitaire inférieur à 24 h.

Au départ, on remplissait l’élevage avec des truies positives en Mycoplasma hyopneumoniae mais indemnes du reste des principales maladies du moment (SDRP, dysenterie porcine, rhinite atrophique progressive, gale sarcoptique).Chez les truies fournies, on n’a pas diagnostiqué Actinobacillus pleuropneumoniae (App), ni clinique, ni pathologiquement mais on n’a pas non plus demandé qu’elles soient indemnes.

Les porcelets n’étaient pas vaccinés à ce moment-là.
 

Episode de la maladie – Etape 1

Pendant les 4 premières années, la santé et la productivité étaient bonnes et il y avait très peu de problèmes sanitaires excepté de l’entérite par E coli dans le post-sevrage, pour laquelle on a incorporé de l’oxyde de zinc à 2500 ppm dans la ration pendant 2 semaines post-sevrage.

A la fin de 1995, il s’est produit un épisode de maladie respiratoire aiguë qui a touché tout l’élevage. Au départ la toux est apparue dans l’engraissement 2 avec de la léthargie et de l’inappétence, qui se s’est étendue rapidement aux animaux plus jeunes et finalement aux animaux adultes.

On a suspecté de l’Influenza c’est pourquoi on a décidé de ne pas réaliser de traitement massif de tous les animaux même si on a administré de l’oxytétracycline dans l’eau aux animaux récemment sevrés comme précaution temporaire.

On a prélevé des échantillons de 2 porcs sacrifiés qui ont été positifs à la souche H1195852 de l’influenza. Les prélèvements de sang prélevés sur des porcs d’engraissement au même moment et 3 semaines après ont montré une augmentation des titres principalement de la souche d’influenza H1195852  mais aussi quelques réactions croisées avec les souches H1N1 et H3N2 (tableau 1).
 

Tableau 1 : Titres d’anticorps (inhibition de l’hémagglutination) réciproques chez les truies et les primipares*

  H1N1 H3N3 H1195852
Numéro de truie aigu convalescent aigu convalescent aigu convalescent
107 0 40 40 40 0 640
153 0 20 20 40 0 1280
162 0 0 0 40 0 640
201 0 10 20 40 0 640
279 0 20 40 80 0 2560
311 0 0 80 160 0 2560
432 0 0 10 40 0 1280
449 20 80 10 0 40 2560
500 0 10 20 20 0 640
561 10 10 0 20 0 320
641* 0 0 0 10 20 640
645* 0 10 0 40 10 1280
652* 10 0 0 0 40 640

 

Chaque groupe atteint a récupéré après une période 5 à 7 jours et l’appétit est revenu mais le taux de croissance est resté nettement touché. De plus, les retours ont augmenté de 10% (réguliers et irréguliers) chez les truies qui ont été inséminées entre 1 et 2 semaines avant l’épisode. La mortalité pendant les 2 à 3 semaines qu’a duré l’épisode n’a pas dépassé la mortalité habituelle (la mortalité annuelle entre le sevrage et l’abattage était de 3,5%).

Comme on ne voulait pas vendre les porcs avec un poids si bas à cause de la diminution de la croissance, on a augmenté la densité des animaux.

 

Episode de la maladie – Etape 2

Environ 3 semaines après la toux de départ dans l’engraissement 2 qui s’est étendue rapidement, l’élevage a annoncé la mort de 22 porcs en une matinée dans 2 des lots.

21 des porcs morts ont montré un tableau pathologique semblable. Tous présentaient des quantités variables de sang mousseux qui sortait des orifices nasaux, ils avaient la gueule ouverte et de l’hyperhémie sur la partie ventrale du thorax et de l’abdomen. Tous avaient une bonne condition et avaient 15 ou 16 semaines d’âge.

L’examen post-mortem a révélé un tableau typique d’App aigu sur les 21 porcs (figures 2-5)

 

Poumons atteints par App aigu avec de la pleurésie fibrineuse typique.

Figure 2 Poumons atteints par App aigu avec de la pleurésie fibrineuse typique.

Lésions hémorragiques dans le parenchyme pulmonaire

Figure 3 : Lésions hémorragiques dans le parenchyme pulmonaire

Dépôts péritonéaux de fibrine typiques d’App aigue

Figure 4 : Dépôts péritonéaux de fibrine typiques d’App aigue

Pneumonie hémorragique superposée à une pleurésie aigue

Figure 5 : Pneumonie hémorragique superposée à une pleurésie aigue

Le porc mort restant avait une torsion intestinale. Les porcs de la salle où sont apparus les cadavres présentaient de la toux et quelques-uns avaient une température rectale supérieure à 42°C avec une dépression sévère et de la léthargie (figure 6). Une vingtaine était couchée avec une importante difficulté respiratoire.

Porc avec dépression dyspnéique par App aigu

Figure 6. Porc avec dépression dyspnéique par App aigu.

L’examen de laboratoire a confirmé l’App de type 8 sur culture pure à partir des 8 porcs prélevés.

On a injecté du ceftiofur aux porcs très atteints et on a traité l’eau avec de l’amoxicilline pendant 5 jours à 20 mg/kg/jour dans les deux salles avec une réponse initiale positive.

Cependant, les lots hebdomadaires suivants ont eu les mêmes épisodes demandant un traitement immédiat et on a incorporé de la chlortétracycline dans l’aliment de l’engraissement, en le retirant 2 semaines avant l’abattage. Tous les épisodes aigus d’App se sont produits sur des porcs de 14 à 16 semaines dans les deux bâtiments d’engraissement.

 

Evolution postérieure

Après 2 mois d’épisode d’App les poids d’abattage avaient chuté de 5 kg/porc et l’abattoir s’est plaint du nombre élevé de pleurésie. L’inspection à l’abattoir a confirmé la pleurésie sur 75% des carcasses et des lésions chroniques d’App sur 50% (figures 7 et 8).

 

Les pleurésies entraînaient des problèmes à l’abattoir

Figure 7 : Les pleurésies entraînaient des problèmes à l’abattoir

Lésions d’App chronique sur le lobe diaphragmatique avec des dépôts de fibrine.

Figure 8 : Lésions d’App chronique sur le lobe diaphragmatique avec des dépôts de fibrine.

Pendant plusieurs mois, la maladie aigüe a diminué même s’il y a eu des morts occasionnelles associées à des lésions chroniques d’App. Les porcs mettaient 10-14 jours de plus pour atteindre le poids d’abattage et, par conséquent, la surdensité a été inévitable. Pour alléger la pression on a loué une cour avec de la paille.

Les truies de renouvellement qui continuaient à entrer dans l’élevage toutes les 8 semaines ont souffert de problèmes respiratoires peu de temps après leur arrivée avec des morts occasionnelles et 15% ne venaient pas en chaleurs. Le traitement dans l’aliment pendant les 4 premières semaines après l’arrivée a réduit le problème bien qu’il ne le résolvait pas.

Au début de 1996 l’App chronique était enzootique chez les porcs d’engraissement avec des périodes de maladie aigüe et une pathologie évidente à l’abattoir (le taux de pleurésie restait au-dessus de 50%). La mortalité depuis le sevrage jusqu’à l’abattoir était de 6% sur tous les sevrés.

A ce moment-là il n’y avait aucun vaccin commercial contre l’App au Royaume-Uni, et on a donc décidé de faire un autovaccin à partir des isolats originaux de l’App de l’élevage avec des cultures postérieures dérivées de lésions chroniques plus récentes - toutes avaient été identifiées comme sérotype 8 - et en utilisant un adjuvant d’hydroxyde d’alumine.

Etant donné l’âge atteint, on a vacciné deux fois par voie parentérale les porcs à 9 et 12 semaines et les truies de renouvellement avant l’arrivée à l’élevage.

 

Réponse vaccinale

La réponse initiale à la vaccination fut bonne et les niveaux de maladie clinique ont diminué, la mortalité fut réduite et pendant 6 mois on a baissé à 15% le pourcentage de pleurésie à l’abattoir avec peu de lésions d’App chronique. On a éliminé l’aliment médicamenteux et la santé et la productivité des primipares sont revenues à des niveaux acceptables.

Cependant, au bout de 12 mois depuis le début de la vaccination, la maladie est réapparue mais seulement sur des porcs plus jeunes de 10 à 12 semaines, par conséquent le protocole vaccinal fut modifié pour vacciner les porcs de 5 et 8 semaines d’âge. Une fois de plus la maladie a diminué, on a éliminé le traitement dans l’aliment et le sanitaire s’est amélioré. On a récupéré le poids d’abattage et les cases sur paille sont restées longtemps vides. 12 mois plus tard, l’épisode réapparut à nouveau mais maintenant sur des porcs encore plus jeunes de 8 à 9 semaines. Après des tests de dosage pour s’assurer qu’il n’y avait pas de problèmes en vaccinant les truies gestantes, on a décidé de changer le protocole de vaccination des truies au lieu de vacciner des animaux de plus en plus jeunes. On a vacciné les truies à 5 et 2 semaines avant la mise-bas et on n’a pas observé la maladie chez leur descendance.

Cependant, au bout d’un mois des cas d’App sont réapparus sur des porcs de 12 à 14 semaines.

On s’est concerté et finalement on a accepté la nécessité de vacciner autant les truies en pré-mise-bas que les porcs à 9 et 12 semaines. Malheureusement, avant de pouvoir évaluer la réponse à cette amplification de la vaccination, l’élevage a subi un incendie qui a commencé dans la salle de maternité 2 et finalement a détruit la gestante 2 et l’engraissement 1, tuant tous les porcs de ces bâtiments. L’élevage  a été dépeuplé et a fini par être vendu.

 

Discussion

Bien que l’élevage ne fût pas déclaré comme indemne d’App, il a fonctionné pendant 4 ans sans évidence clinique d’infection. Il semble qu’un épisode grave de grippe porcine fut le déclencheur de la pathologie par App qui s’est terminé en devenant un problème à long terme.

La pathologie initiale a touché seulement les animaux de 14 à 16 semaines montrant ainsi un certain degré de résistance sur les porcs plus jeunes. On a supposé que les truies étaient immunisées et que les anticorps colostraux protégeaient les porcelets. Après cet épisode, une fois l’engraissement contrôlé, l’infection ne passait plus aux truies gestantes et donc leur immunité baissait. Cela a entraîné une diminution de la protection colostrale des porcelets en permettant l’apparition de la maladie sur les animaux plus jeunes. L’introduction de la vaccination sur les truies a restauré/impulsé  l’immunité des truies et le transfert colostral des anticorps, protégeant ainsi les porcelets et « poussant » la maladie vers des porcs plus âgés.

On pense que le mélange de bâtiments avec des animaux de différents âges, la proximité entre ces bâtiments, la conception de la ventilation et la densité ont contribué à la dynamique de la dissémination de l’infection enzootique pour l’élevage qui a été déclenchée au départ par un épisode d’une autre maladie et ensuite par l’altération de l’équilibre de l’immunité avec l’autovaccin, demandant ainsi un ajustement continu du moment et de son application.

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