Diarrhée néonatale à Clostridium difficile

Description de l'élevage Il s'agit d'un élevage de 700 truies conduisant à la semaine. Il est situé dans l'ouest de la France dans une zone peu concentrée. L'élevage pratique son auto-renouvellement depuis 18 mois ; l'I.A. est faite avec un prélèvement à la ferme. L'exploitation est disposée en deux sites : - un site de naissage avec sevrage à 21 jours, post-sevrage et pré-engraissement de toutes les issues ainsi que l'engraissement des F1 - un site d'engraissement pour...
Jeudi 26 Juin 2003 (il y a 14 ans 11 mois 1 jours)

Description de l'élevage



Il s'agit d'un élevage de 700 truies conduisant à la semaine.

Il est situé dans l'ouest de la France dans une zone peu concentrée.

L'élevage pratique son auto-renouvellement depuis 18 mois ; l'I.A. est faite avec un prélèvement à la ferme.

L'exploitation est disposée en deux sites :

- un site de naissage avec sevrage à 21 jours, post-sevrage et pré-engraissement de toutes les issues ainsi que l'engraissement des F1
- un site d'engraissement pour les males et les femelles non destinées au renouvellement à 2 kms


Statut sanitaire :


  • SDRP : positif

  • Actinobacillus pleuropneumoniae serovar 9-11 : positif

  • Mycoplasma hyopneumoniae : positif
  • Aujeszky : négatif


  • Vaccinations effectuées :

    - Aujeszky (truies et issues)
    - SDRP (truies)
    - E. coli K88, K99, 987P, F41 (truies)
    - Clostridium perfringens types A et C (truies)
    - Parvovirose et Rouget (truies)
    - Rhinite atrophique (truies)
    - Mycoplasma hyopneumoniae (issues)
    - Actinobacillus pleuropneumoniae (issues)

    Les protocoles sont parfaitement respectés et les vaccins bien conservés.

    Les résultats de reproduction, de post sevrage et d'engraissement sont satisfaisants.


    Appel de l'éleveur :

    L'exploitant nous contacte en mars car il rencontre, depuis plusieurs semaines, un problème de diarrhées néonatales malgré un protocole vaccinal très complet.
    D'autre part, différentes préventions antibiotiques orales (quinolones, macrolides) administrées aux truies autour de la mise-bas n'ont été d'aucun secours.
    La morbidité est importante (50 à 80% des portées selon les bandes). La mortalité est moyenne (10 à 20% des porcelets à diarrhée) mais les porcelets présentent par contre un retard important de croissance.
    Psychologiquement, l'éleveur et son équipe sont " abattus " par ce problème récurrent d'autant plus que les diarrhées apparaissent systématiquement le week-end et qu'il faut sans arrêt être à l'affût.


    Visite de l'élevage :

    L'élevage est parfaitement tenu, le niveau d'hygiène est irréprochable.

    Quarantaine : Les cochettes descendent d'engraissement en quarantaine pendant 6 semaines avant d'être cyclées. Elles reçoivent le plan de vaccination décrit en préambule et ne sont pas contaminées. L'éleveur estimant que ce point n'est pas nécessaire étant donné qu'il pratique l'auto-renouvellement.

    Gestante : Les truies sont en bon état. Il n'y a rien à signaler.

    Maternité :
    Nous observons une bande ayant mis bas depuis 4 jours. Les truies n'ont présenté aucun signe pathologique. Environ 40% des porcelets présentent de la diarrhée. Celle-ci est assez liquide de couleur jaunâtre. Les porcelets sont " défaits " (perte d'état d'environ 50% par rapport aux sujets sains). Il n'y a pas eu de prise de température rectale sur les porcelets malades.

    Portée hétérogène
    Diarrhée liquide jaunâtre

    En ce qui concerne le management des porcelets pendant et après les mises-bas, notons :
    - que l'éleveur a l'habitude de bloquer systématiquement les porcelets pendant le part (il estime que les truies sont ainsi plus calmes).
    - que la prolificité est bonne (12,5 à 13 NV)
    - qu'il n'y a pas de management particulier des tétées colostrales

    2 porcelets encore vivants non traités (que ce soit directement ou par l'intermédiaire du lait de leur mère) ainsi que 3 fèces prélevées sur d'autres sujets sont emmenés au laboratoire d'analyses.

    Examens complémentaires :


    2 porcelets encore vivants non traités (que ce soit directement ou par l'intermédiaire du lait de leur mère) ainsi que 3 fèces prélevées sur d'autres sujets sont emmenées au laboratoire d'analyse.

    Résultats des autopsies :

  • Etat général médiocre (sujets 1,2)

  • Cavité thoracique RAS (1,2)

  • Estomac contenant un bol réduit (1) ou vide (2)

  • Muqueuse intestinale normale (1,2)

  • Œdème important du mésocolon (1,2)

  • Contenu du gros intestin : liquide et jaune citrin
  • Oedème du mésocolon


    Bactériologie :


    Sujet 1
    Sujet 2
    Fèces 1
    Fèces 2
    Fèces 3
    E coli entéropathogène
    -
    -
    -
    -
    -
    Clostridium perfringens C
    -
    -
    -
    -
    -
    Clostridium perfringens A
    -
    +
    NR
    NR
    NR
    Clostridium difficile (toxines A,B)
    +
    +
    -
    +
    +
    Rotavirus
    -
    -
    NR
    NR
    NR

    - = absence ; + = presence en quantité significative ; NR = non réalisé

    Diagnostic et mesures prises :

    Les résultats d'analyse et d'autopsie vont dans le même sens. Le tableau nécropsique (œdème important du mésocolon) et la présence en quantité importante des toxines A et B de Clostridium difficile dans la quasi totalité des prélèvements nous induisent à penser qu'il est l'agent étiologique principal des problèmes observés. Le diagnostic est donc : Diarrhée néonatale à Clostridium difficile


    Mesures zootechniques

    En terme de gestion des mises bas, nous déconseillons à l'éleveur de continuer à isoler les porcelets en cours de mise-bas ce qui ne favorise pas une prise colostrale optimale.
    Dans le même but, les adoptions sont déconseillées avant douze heures de vie strictes et des tétées alternées sont proposées dans le cas où le nombre de nés dépasse la capacité de tétines.
    Les soins aux porcelets sont reculés après le cinquième jour (fin de la période à risque) afin de limiter les risque de contamination inter portées par les manipulateurs.
    Dans le but de faciliter l'immunisation des porcelets, il est mis en place une contamination des cochettes en quarantaine 3 ou 4 fois avant saillie avec des déjections de truies et porcelets prélevées au sol après mise-bas.
    Enfin, un décapage complet (séquence base puis acide ) des circuits d'alimentation est demandé.

    Mesures prophylactiques

    Afin de stabiliser la flore digestive des mères et par la même essayer de diminuer l'excrétion de la clostridie autour de la mise- bas, une préparation probiotique à base de levures et de lactobacilles est distribuée aux truies depuis les 15 derniers jours de lactation jusque 5 jours après le part.
    Ne disposant pas d'antibiogramme sur la clostridie retrouvée, nous suggérons à l'éleveur de mettre en place des injections préventives de tiamuline (20 mg/kg PV le premier jour de vie) sur la totalité des porcelets nés.

    Mesures thérapeutiques


    En cas de diarrhée sur les porcelets, malgré la prévention évoquée ci-dessus, il est conseillé à l'éleveur de traiter les porcelets atteints avec de la tiamuline à 10 mg/kg/jour pendant 3 jours, de mettre à disposition de la portée une augette contenant du réhydratant et de pulvériser du désinfectant (association ammoniums quaternaires et glutaraldéhyde) sur les sols des cases touchées.

    Evolution du cas :

    Les injections préventives ou curatives ont présenté une nette activité. Le nombre de porcelets touchés a décru de façon très nette après application des différentes mesures évoquées (morbidité<10%).

    De la même manière, les poids de sevrage ont quasiment gagnés 800 g de moyenne.

    Six mois après, l'éleveur a de sa propre initiative abandonné les injections préventives mais continue l'application des autres mesures.

    La situation ne s'est pas dégradée.


    Commentaires :

    Il s'agit d'un cas de diarrhées néonatales à Clostridium difficile.

    Depuis plusieurs mois, les diarrhées néonatales sont un problème fréquent en élevage porcin. Ce cas assez typique illustre ce que l'on rencontre dans des élevages appliquant un plan de prophylaxie complet et maîtrisant parfaitement leur niveau de performance et d'hygiène.

    Malgré tout, là où, auparavant, rien n'aurait dérapé, on peut être confronté à une pathologie aussi violente que celle décrite a pu l'être.

    Pourquoi ?


    Il semble difficile de répondre à cette question même si certains éléments méritent d'être soulignés :
    - peut-on incriminer les modifications réglementaires ayant abouti à la suppression des facteurs de croissance et des protéines animales engendrant des perturbations plus importantes de la flore intestinale des mères ?
    - quel est l'effet de l'hyperprolificité si on ne maîtrise pas parfaitement les tétées colostrales (rapport nombre de tétines fonctionnelles/nombre de porcelets nés) et donc la transmission immunitaire ?
    - peut-il y avoir trop d'hygiène comme on l'entend parfois ?

    En tout état de cause, ce cas illustre plusieurs points :

  • l'importance de la démarche analytique par la prise en compte de tous les pathogènes possibles étant donné le caractère peu spécifique de ce type de clinique
  • la nécessité absolue de l'adaptation des cochettes en quarantaine par la séquence vaccinations-contaminations digestive puis respiratoire. L'auto renouvellement ne la dispense en rien.
  • la parfaite maîtrise de l'absorption du colostrum par tous ses aspects
  • l'intérêt des probiotiques pour le maintien d'une flore digestive équilibrée des mères et par la même la gestion de l'excrétion des pathogènes.
  • Cas cliniques

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