Diarrhée sous la mère à dominante Clostridium

Description de l'élevage et apparition du cas
Jeudi 1 Avril 2004 (il y a 14 ans 3 mois 17 jours)
Description de l'élevage et apparition du cas


Description de l'élevage :

Nous sommes en Bretagne.

Il s'agit d'un élevage de 150 truies, naisseur-engraisseur.

La conduite est en 3 semaines et le sevrage à 28 jours.

Les maternités comportent 6 salles de 10 places, les
porcelets restant en maternité 3 semaines après sevrage ( donc 2 salles sont l’équivalent d’une nurserie, ce que nous avons noté PS sur le plan de masse ).

L'élevage renouvelle par achat de cochettes avec toutefois une incorporation assez irrégulière dans les bandes.

L’élevage fabrique son aliment pour les truies et les charcutiers. Il achète le 1er et le 2ème âge.

Il utilise une eau de puits chlorée.


Statut sanitaire :

Elevage négatif en Aujeszky, positif SDRP, protocole gale insuffisant ( truies qui se grattent ).

Prophylaxie:


Le plan de vaccination est le suivant :

Au niveau des truies :

Elles reçoivent les vaccins contre l'Aujeszky, la Parvovirose, le Rouget et la Rhinite atrophique ainsi qu'un auto-vaccin contre le Streptocoque suis.
La vaccination SDRP qui était pratiquée sur les cochettes n'est plus faite car l'éleveur ne la juge pas efficace.

An niveau des porcelets :

Les porcelets sont vaccinés contre le Mycoplasme et contre l'Aujeszky

Autres éléments de prophylaxie :

Les truies sont vermifugées 3 fois par an.

Les porcelets reçoivent une injection d'amoxicilline à la naissance et du Baycox leur est administré en 1ère semaine de vie.

Apparition du cas (J 0)

Les éleveurs sollicitent une visite en raison d'apparition brutale de diarrhées néonatales sur tous les rangs de portée et d'écrasements. Ils ne peuvent maîtriser ces diarrhées par les traitements classiques ( injections antibiotiques de spiramycine à la truie ; colistine en pâte orale ou injection d'Amoxicilline aux porcelets ). Les truies ne leur semblent pas malades mais ont des difficultés à "monter en lait".



Visite de l'élevage et premières mesures prises


Visite de l'exploitation (J 1)

L'élevage tourne bien dans le secteur de la reproduction avec un taux de fécondité très satisfaisant et une prolificité autour de 14 nés totaux.

Les truies mettent bas à leur terme spontané sauf en fin de semaine où l'éleveur déclenche les mises-bas.

Les maternités sont relativement anciennes et du fait d'abreuvoirs défectueux dans certaines cases, le cloisonnement a été enlevé pour permettre aux porcelets de boire.
Le nombre de sevrés est bas (9) en raison de montées en lait moyennes et de la survenue des diarrhées néonatales.

Ces diarrhées apparaissent vers 3 jours d'âge de façon très intense. L'allure des porcelets est " spectaculaire " tant la diarrhée les colore en jaune et tant leur peau est plissée par la déshydratation.

Dans le secteur PS et engraissement où les bâtiments ne permettent pas de travailler en bande unique par salle ( problème de cohérence dans la taille des salles ), on a des symptômes d'allure MAP avec du dépérissement qui apparaît en fin de post-sevrage ou début d'engraissement. On observe également beaucoup de rhinite et de toux en engraissement ainsi que des diarrhées " marrons ".

Autopsie ( J 1)

Deux porcelets sont autopsiés sur place :

Sujets avec estomac vide

Peu de lésions macroscopiques au niveau intestinal.

Cependant, il y a un important œdème du mésocolon.


Mesures prises dans l'élevage en l'attente du résultat du laboratoire :

- Prélèvement de l'eau de forage pour analyse.

- Amélioration de la surveillance des mises-bas pour un meilleur contrôle de la prise colostrale

- Injection de tiamuline à la mise-bas sur les porcelets à la place de l'amoxicilline ( car suspicion de Clostridium difficile en raison de l'œdème du mésocolon et d'antécédents de ce germe dans l'élevage sur un épisode diarrhéique l'année d'avant )

- Administration de marbofloxacine aux truies à la mise-bas en raison des problèmes de lactation et des écoulements vulvaires signalés par les éleveurs.



Analyses et diagnostic de laboratoire :



Deux porcelets sont envoyés au laboratoire.

Les résultats des analyses sont les suivants :

Recherche bactériologique: isolement d'Escherichia coli non hémolytique et de Clostridium perfringens à partir de fécés

Recherche de facteurs de virulence et de facteurs d'attachements d'Escherichia coli :

STa
STb
K99
987P

F41

Négatif
Négatif
Négatif
Négatif
Négatif

ELISA rotavirus: négative (ELISA sur fécés)

ELISA Clostridium difficile.(toxine) : positive


PCR toxines de Clostridium perfringens :

Toxine alpha
Toxine Béta

Toxine Béta 2

Positif
Négatif
Positif


Analyse bactériologique de l'eau : potable

Des prises de sang réalisées en PS, engraissement et truies pour connaître le statut vis-à-vis du SDRP



Il y a bien une circulation virale dans cet élevage que l'on peut qualifier d'instable. La contamination des cochettes est précoce, les charcutiers sont très positifs.

Traitement mis en place et évolution


Protocole thérapeutique mis en place

Porcelets : injection de ceftiofur ou tiamuline ( pour comparaison ) systématique à la naissance.
Truies : injection de marbofloxacine après la mise-bas pour les éventuels problèmes de lactation. Intervention injectable avec tiamuline sur les porcelets lors de l'apparition de symptômes.

Prévention

Mise en place de la vaccination anti-clostridienne .
Recommandation de reprendre la vaccination SDRP au moins sur les cochettes ( ce qui ne sera pas mis en place tout de suite )

Résultats obtenus et évolution du cas

Les bandes ayant suivi le protocole antibiotique et la vaccination anti-clostridienne n'ont pas un comportement nettement meilleur que les précédentes et nous sommes perplexes tout en attribuant peut-être une part de responsabilité au SDRP.

Comme les maternités sont anciennes et sont difficiles à désinfecter, il est décidé à titre d'essai de faire bénéficier les éleveurs d'une désinfection par thermonébulisation avec un désinfectant à base de péroxydes ( désinfection faite par nos soins ) en complément de la désinfection au canon à mousse avec un désinfectant à base de glutaraldéhyde et ammoniums quaternaires.

Les premiers résultats sont spectaculaires
et les autres salles sont également désinfectées selon le même protocole.

Les diarrhées deviennent très rares et cela se maintient alors même que l'éleveur n'a pas pu acheter le thermonébulisateur et a donc repris le protocole classique ! Au fil du temps, quelques nouveaux cas sont apparus notamment sur porcelets de cochettes, mais se sont avérés nettement mieux maîtrisables que lors des premiers épisodes.

Diagnostic

En conclusion, le diagnostic définitif est : diarrhées à dominante clostridienne ( sans doute aggravées par le SDRP ), avec probablement une importante contamination des porcelets liée à la persistance des spores dans le milieu extérieur.


Commentaires

Apparition du cas

Le cas apparaît alors que l'ensemble de l'élevage est déstabilisé sauf la partie reproduction ( avec cependant une irrégularité dans les résultats d'une bande à l'autre ). La survenue du problème " diarrhées " est brutale et spectaculaire mais finalement, la mortalité des porcelets n'est pas aussi importante que leur aspect pouvait le laisser prévoir. Par contre, pour les éleveurs, cela représente un stress évident car il n'y a aucune maîtrise de l'événement.

Visite de l'exploitation

L'ensemble de l'exploitation a été visitée ce qui a permis de constater la présence de "soucis" dans d'autres secteurs de l'élevage tels que les sorties de MAP et la probable circulation du SDRP.

La visite met l'accent sur le non respect global des principes de limitation de la contamination ( plusieurs portées ensemble en maternité, 2 bandes dans une même salle de post-sevrage etc..)

Les éleveurs étaient tout à fait conscients du problème mais étaient freinés dans l'attente d'autorisation administrative et également freinés par la charge de travail, tout devant être fait en auto-construction.

L'aspect des animaux et l'autopsie même si on pouvait s'orienter vers Clostridium difficile au vu des lésions d'œdème du mésocolon, laissait penser que le laboratoire mettrait en évidence une association de germes.

Mesures prises:

Les mesures sont classiques avec la mise en route de la vaccination clostridienne qui nous a donné satisfaction dans un certain nombre de cas. L'administration de tiamuline est issue d'expériences terrain où cela a été la seule molécule efficace contre Clostridium difficile. Depuis, différentes expériences me porteraient à traiter plutôt la truie avec tiamuline par voie orale autour de la mise-bas dans un tel cas.

L'effet de la thermonébulisation a été spectaculaire, bien au delà de la confiance que j'y mettais !

Evolution du cas

Une situation aussi dramatique au plan des diarrhées néonatales ne s'est pas produite à nouveau. L'éleveur a maintenu une vaccination anti-clostridienne de sécurité. Des épisodes diarrhéiques suite à la naissance de porcelets faibles se produisent lors des passages SDRP qui restent fréquents et importants dans cet élevage.

Cas cliniques

Mortalité aigüe par intoxication par les nitrites26-Jan-2018 il y a 5 mois 22 jours

Commentaires de l'article

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