Infection à Salmonella typhimurium

Description de l'élevage L'élevage naisseur engraisseur de 90 truies, situé dans une zone relativement peu concentrée, est géré par un seul éleveur. Configuration générale : L'élevage est d'un seul bloc, " tout sous le même toit ", en bordure d'une route de campagne peu fréquentée. Etat sanitaire Biosécurité : Ayant été multiplicateur jusqu'en juillet 2000, l'éleveur a conservé une certaine rigueur pour les visiteurs et les intrants : - Sas avec douche et...
Lundi 29 Septembre 2003 (il y a 14 ans 11 mois 27 jours)
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Description de l'élevage

L'élevage naisseur engraisseur de 90 truies, situé dans une zone relativement peu concentrée, est géré par un seul éleveur.

Configuration générale :

L'élevage est d'un seul bloc, " tout sous le même toit ", en bordure d'une route de campagne peu fréquentée.




Etat sanitaire


Biosécurité :

Ayant été multiplicateur jusqu'en juillet 2000, l'éleveur a conservé une certaine rigueur pour les visiteurs et les intrants :
- Sas avec douche et habits de l'élevage
- Sas pour le matériel
- Silos à l'extérieur de l'élevage
- Quai d'embarquement au bout du couloir d'engraissement.
- Les chauffeurs ne rentrent pas dans l'élevage
- L'élevage pratique l'autorenouvellement pour les cochettes depuis juillet 2000. Seuls, les verrats sont achetés.

Statut sanitaire :

- Aujeszky : indemne
- Lawsonia intracellularis : positif ; épisodes cliniques récurrents d'iléites hémorragiques en cours d'engraissement
- M.A.P. : l'élevage a connu des épisodes cliniques (amaigrissement, ulcères de l'estomac) plus ou moins prononcés au cours des années 2000, 2001

Jusqu'en juillet 2000, date à laquelle l'élevage a cessé d'être multiplicateur, le statut sanitaire était le suivant :
- Aujeszky- SDRP- Actinobacillus pleuropneumoniae (Biovar 1, serovar 2, 9, 11)- Mycoplasma hyopneumoniae- Pasteurella multocida : Indemne

Depuis juillet 2000, aucun dépistage concernant ces 4 derniers contaminants n'a été effectué. Toutefois, l'absence de signes cliniques et les résultats d'autopsies laissent penser que l'élevage a conservé son statut indemne vis à vis de ces contaminants.

Vaccinations :(uniquement pratiquées sur les truies)

- Aujeszky
- Rouget
- Parvovirose
- Colibacillose

Déparasitage :

- Flubendazole avant mise bas
- Oxybendazole (porcelet 1er âge)
- Amitraz en pulvérisation sur les truies

Résultats techniques
:

Les résultats techniques sont corrects. L'indice global de l'élevage est de 2,9 avec 20 charcutiers vendus par truies présentes et par an pour les 4 premiers mois de l'année 2003. La principale préoccupation de l'éleveur est de gérer la pathologie générée par Lawsonia intracellularis, en particulier l'iléite hémorragique en fin d'engraissement.

Visite de l'élevage


Motif de la visite :

Fin mars, l'éleveur s'absente une semaine. Il fait appel à un salarié d'une structure de remplacement pour gérer son élevage.

La visite a lieu le lendemain du retour de l'éleveur. Il me fait part de son mécontentement concernant son remplaçant :

- les animaux d'une salle d'engraissement toussent (alors que c'est tout à fait inhabituel dans cet élevage). Le salarié ne lui a rien signalé à son départ.
- 2 porcs de cette bande sont morts le jour même de l'arrivée de l'éleveur.
- L'éleveur n'est pas certain que son remplaçant ait correctement respecté les mesures de biosécurité. A t-il géré plusieurs élevages en même temps ? L'éleveur craint une contamination de son élevage par la grippe ou le SDRP.

Visite d'élevage :

Seules deux cases contiguës d'une bande de porcs de 100 jours d'âge présentent des signes cliniques qui s'apparentent à un syndrôme grippal :
- les animaux atteints sont nettement abattus, le plus souvent couchés.
- ils présentent une dyspnée marquée.
- leurs oreilles sont froides
La morbidité dans ces deux cases est élevée, environ 60%.

Les truies n'ont pas eu de problème lors des précédentes mises bas et la fertilité ne s'est pas dégradée.

Autopsie de deux charcutiers
  • Aspect extérieur normal, bon état

  • Cavités thoraciques :
    - présence de fibrine
    - pleurésie marquée : l'ensemble du poumon est recouvert " d'un voile blanc "
    - pneumonie sévère (notes 11/28 et 14/28 respectivement pour les sujets 1 et 2)
    - hydropéricarde
    Nous remarquons l'absence d'œdème interlobulaire.

  • Cavités abdominales :
    - présence de fibrine dans l'abdomen sur les deux sujets
    - le sujet 1 présente deux points de nécrose sur le foie d'une taille d'un demi centimètre de diamètre environ.

    N'ayant pas observé d'œdème interlobulaire, j'oriente le diagnostic vers une contamination bactérienne. Un poumon est déposé au laboratoire pour analyse bactériologique (recherche d'haemophilose, de streptococcie, d'actinobacillose et de pasteurellose).

    Conclusion de la visite

    L'hypothèse d'une infection bactérienne est privilégiée.
    Il est décidé de traiter l'ensemble des charcutiers de la salle avec de l'amoxicilline (20mg / kg / voie orale) pendant 5 jours. Les porcs les plus abattus recevront en plus des injections :
    - d'amoxicilline LA (1ml/10kg/IM 2 fois à 48 h d'intervalle) et dexaméthasone (1ml/50kg/IM) dans la case 5
    - de florfénicol (1ml/20kg/IM 2 fois à 48 h d'intervalle) et dexaméthasone (1ml/50kg/IM) dans la case 6 .

    Evolution du cas après la visite

    Deux jours plus tard, un porc traité au Florfénicol meurt. L'éleveur ne juge pas nécessaire de nous contacter.

    Les résultats d'analyse nous parviennent le lundi suivant (soit 6 jours après la visite) et s'avèrent négatifs.

    L'éleveur contacté déclare avoir constaté quatre morts au cours du week-end. En deux jours, la maladie s'est étendue aux autres cases de la salle et dans une salle d'engraissement de 120 jours d'âge avec de nouveaux signes cliniques :
    - diarrhée liquide jaunâtre en particulier sur les cases nouvellement atteintes
    - vomissement jaune (de la même couleur que l'antibiotique distribué par voie orale)

    Les quatre charcutiers morts sont envoyés au laboratoire pour autopsie et analyse

    Examens complémentaires

    Résultats de l'autopsie

    Examen externe :
    - 4 porcs charcutiers en bon état
    Appareil circulatoire et hémato-lymphopoïétique
    - ganglions : les mésentériques sont hypertrophiés dans l'ensemble

    Appareil respiratoire :
    - poumons :
    o absence de lésions sur trois porcs
    o petites lésions (2/28) sur le 4ième sujet

    Appareil digestif :

    - forte congestion de la région du fundus et de la région du pylore. Ulcère du pylore sur un des sujets (photo 1)

    Photo 1

    - Hyper réaction de la région glandulaire du cardia . Pas d'ulcère du cardia (photos 2 et 3)

    Photo 2
    Photo 3

    - Foie : foyers de décoloration 2/4 surtout sur un des sujets d'un dimension de 5 mm à 3 cm environ (photo 4)
    - Intestin grêle : contenu très liquide, forte réaction inflammatoire au niveau de la valvule iléocoecale (photo 5)
    - Colon : contenu liquide sur deux porcs

    Photo 4
    Photo 5


    Appareil locomoteur :
    - Masse musculaire donnant l'impression d'une déshydratation sur les 4 sujets (nettement sur un sujet)

    Commentaire du laborantin :
    Le tableau lésionnel évoque surtout des lésions de gastroentérite. Les ulcères au niveau du pylore et l'hyper-réaction au niveau de la région glandulaire stomacale sont rares.

    Conclusion de ces nouvelles investigations :
    Les signes cliniques, les tableaux lésionnels (pneumonie et gastroentérite) et l'échec thérapeutique orientent le diagnostic vers une Salmonellose.

    Il est décidé de traiter les salles atteintes avec une association Sulfadiméthoxine-Triméthoprime par voie orale (choisie pour son activité systémique par cette voie) et d'administrer de la Marbofloxacine aux porcs les plus abattus à raison de 2 mg/kg/j/3j/IM.

    Résultats d'analyse, diagnostic et mesures prises


    Résultats d'analyse

    Cultures faites à partir des ganglions mésentériques, des ganglions sous-maxillaires, du foie, de la rate et des intestins : présence de Salmonella Typhimurium sur les 4 sujets.

    L'antibiogramme est le suivant :

    ANTIBIOTIQUES
    Interprétation *
    S
    I
    R
    Diamètres mesurés (mm)
    Diamètres critiques (mm)
    CMI calculées (mg/l)
    CMI critiques (mg/l)
    Aminosides
    Gentamicine
    X
    20
    14-16
    1.00
    4-8
    Spectinomycine
    X
    7
    20
    > 64
    64
    Apramycine
    X
    19
    12-15
    8
    16-32
    Néomycine
    X
    20
    15-17
    4
    8-16
    Aminopénicilline
    Amoxicilline
    X
    7
    14-21
    64
    4-16
    Bétalactamine
    Ceftiofur
    X
    28
    17-21
    0.13
    02-8
    Fluoroquinolones
    Enrofloxacine
    X
    31
    17-22
    0.03
    0.5-2
    Marbofloxacine
    X
    36
    15-18
    0.02
    1-2
    Polypeptides
    Colistine
    X
    17
    15
    <2
    2
    Quinolones de 1ère génération
    Acide oxolinique
    X
    29
    17-20
    0.25
    2-4
    Fluméquine
    X
    30
    21-25
    2
    4-8
    Sulfamides et association
    Triméthoprime + Sulfamides
    X
    24
    10-16
    0.25
    2-8
    Triméthoprime
    X
    30
    12-16
    0.25
    4-8
    Tétracyclines
    Oxytétracycline
    X
    7
    17-19
    256
    4-8
    Doxycycline
    X
    11
    17-19
    64
    4-8
    (*S : sensible *I : intermédiaire *R : résistant)


    Diagnostic

    Le tableau clinique, les résultats bactériologiques sont concordants et nous amènent à conclure à une infection à Salmonella Typhimurium.

    Dix jours après le début de l'épisode clinique sur les charcutiers, des cochettes dans la salle de gestantes ont présenté des diarrhées ainsi que quelques porcs en fin de post-sevrage (60 J d'âge). En maternité, l'éleveur remarque des difficultés de démarrage de lactation.
    Devant l'ampleur de la contagion, notre objectif est de traiter " cliniquement " les porcs atteints et de limiter la contamination du reste du troupeau. La configuration de l'élevage en " un seul bloc " avec des salles desservies par le même couloir et des réserves de lisiers sous les caillebotis ne facilitent pas la tâche.

    Mesures zootechniques recommandées :

    - Lavage et double désinfection des salles après chaque départ de bande. La vidange des fosses ne sera pas possible.
    - Lavage de la salle de gestante. Après chaque déplacement de bande de truies, lavage et désinfection des cases.
    - Lavage et désinfection des couloirs (y compris portes et clenches) au moins une fois par semaine et après chaque départ de charcutiers.
    - Mise en place de pédiluves à l'entrée de chaque salle et renouvellement du désinfectant 2 fois par semaine. Les signes cliniques étant visibles à différents stades physiologiques, l'éleveur refuse d'adopter une tenue spécifique à chaque poste, mais accepte de faire les soins des porcs présentant de la diarrhée à la fin de son " tour " puis de laver et désinfecter ses bottes.
    - Maintenance du déferriseur pour limiter les dépôts dans la tuyauterie. Vérification de la qualité bactériologique de l'eau
    - Nettoyage et fumigation des silos. Nous sommes assurés que l'usine fabriquant l'aliment n'a pas de problème de contamination de son circuit de fabrication.
    - Le contrat de dératisation est maintenu.

    Mesures thérapeutiques

    Un traitement avec une association Triméthoprime-Sulfamide par voie orale pendant 12 j est administré à tout le troupeau (truies et porcs en croissance).
    Des injections de ces même antibiotiques ou de Marbofloxacine à raison de 2 mg/kg/j/3j/IM sont effectuées aux animaux présentant des signes cliniques marqués de Salmonellose.
    Il est également décidé de maintenir la supplémentation " Triméthoprime-Sulfamide " dans le 1er âge tant que des symptômes cliniques seront visibles dans l'élevage.

    Evolution du cas

    Le traitement Triméthoprime-Sulfamide par voie orale ou Marbofloxacine par voie intramusculaire a permis de traiter cliniquement les porcs atteints.
    Dans les deux mois qui ont suivi le premier épisode, aucune truie ou cochette n'a présenté de gastroentérite ou de pneumonie. En revanche, les charcutiers ont présenté sporadiquement des diarrhées que l'éleveur a pu gérer en traitant individuellement ou en traitant la case concernée. Malgré sa vigilance, 7 mortalités de charcutiers de 60kg en moyenne peuvent être imputés à cette affection.
    Après cette période de 2 mois au cours de laquelle le portage et l'excrétion de Salmonella Typhimurium devaient être importante, l'élevage a connu une accalmie pendant 3 mois. Malheureusement, à l'issue de cette période, nous venons de déplorer une nouvelle perte (un charcutier de 100 j) imputable à la Salmonellose.

    Le relâchement du suivi des mesures zootechniques et la suspension de la supplémentation du 1er âge pendant ces trois mois ont certainement favorisé cette nouvelle relance.

    L'estimation du préjudice imputable à cette affection sur une période de deux mois (perte de charcutiers, frais de traitement, analyses laboratoires, surcroît de travail) peut être estimé à 3200 € dans cet élevage de 90 truies naisseur engraisseur.


    Commentaires



    Il s'agit donc d'une infection à Salmonella Typhimurium.

    Lors de ma première visite, l'abattement prononcé et la dyspnée évoquaient un syndrôme grippal. J'ai donc suspecté une contamination de l'élevage par le virus de la grippe ou du SDRP. En revanche, les lésions à l'autopsie n'étaient pas évocatrices de telles infections du fait de :
    - l'absence d'œdème interlobulaire
    - la présence de fibrine dans les cavités abdominales et thoraciques

    L'hypothèse lors de ma visite était donc une infection bactérienne. Quatre étiologies me semblaient plausibles : Haemophilus parasuis, Pasteurella multocida, Actinobacillus pleuropneumoniae, Streptococcus suis 2. Une cinquième étiologie aurait pu être suspectée au regard du tableau lésionnel : Mycoplasma hyorhinis.

    Le tableau suivant rend compte de ma réflexion concernant le diagnostic différentiel lors de cette première visite.


    ETIOLOGIE
    SIGNES CLINIQUES :
    Abattement, Toux, Dyspnée
    TABLEAU LESIONNEL :
    Pneumonie, Pleurésie, Hydropéricarde, Fibrine dans l’abdomen et le thorax
    Haemophilus parasuis
    COMPATIBLE
    En revanche, les porcs sont relativement âgés pour présenter cette infection. Cette maladie, généralement observée en post-sevrage, a toutefois été décrite en engraissement ou sur des cochettes dans le cadre de peuplement.
    COMPATIBLE
    Pasteurella multocida COMPATIBLE
    Toutefois, les signes cliniques me semblaient très prononcés dans un élevage supposé indemne de SDRP et de mycoplasmose
    COMPATIBLE
    Toutefois, la présence de fibrine dans l’abdomen sur les deux sujets autopsiés n’est pas fréquente lors de pasteurellose
    Actinobacillus pleuropneumoniae PEU COMPATIBLE
    dans un élevage supposé indemne de SDRP et de Mycoplasmose. L’Actinobacillose est en général un germe de surinfection en engraissement.
    PEU COMPATIBLE
    Les lésions de pneumonie étaient localisées essentiellement au niveau des lobes apicaux
    Absence d’induration des lobes diaphragmatiques et d’abcés.
    Streptococcus suis 2 PEU COMPATIBLE
    La forme respiratoire aiguë est peu fréquente
    COMPATIBLE
    Mycoplasma hyorhinis PEU COMPATIBLE
    Car peu fréquente avec ces seuls signes cliniques. Des boîiteries sont généralement associées
    COMPATIBLE


    Etant donné ces différentes hypothèses, parmi lesquelles Haemophilus parasuis me semblait la plus probable, j'ai fait le choix de traiter les animaux avec de l'Amoxicilline ou du Florfénicol.

    En l'absence de signes d'entérite, le laboratoire n'a pas été orienté. Il n'y a donc pas eu de culture bactérienne à l'issue de ces premières investigations.

    C'est au regard des nouveaux signes cliniques : diarrhée et vomissement et du tableau lésionnel : entérite, ulcère du pylore, nécrose du foie et hyper réaction au niveau de la zone glandulaire que nous avons suspecté une Salmonellose. Les vomissements étaient certainement une conséquence des ulcères du pylore. Il faut noter que cette lésion est peu fréquente, généralement observée lors de septicémie ou de peste porcine.

    Les lésions du fundus sont certainement en rapport avec une réaction inflammatoire des glandes fundiques (hyperplasie des cellules glandulaires, amas de lymphocytes ?). Malheureusement, une histologie n'a pas été réalisée à ce niveau pour étayer cette hypothèse.

    Bien que peu fréquente en France, la Salmonellose a donc été observée dans cet élevage d'un bon niveau sanitaire avec des formes cliniques diverses. Les voies d'entrée dans un troupeau sont multiples et nous n'avons pas pu identifier l'origine dans ce cas.

    Désormais, la préoccupation de l'éleveur est de limiter le portage sain et l'excrétion. Mais la tâche est rendue difficile dans cet élevage où il n'est pas possible de vider et de nettoyer les fosses entre chaque bande.

    Il faut enfin souligner les risques de cette maladie en terme de santé publique :
    - risque de contamination de la viande au cours du processus d'abattage-découpe
    - risque de contamination du personnel en contact avec les animaux malades comme ce fût le cas pour cet éleveur.
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