Maladie de l’œdème colibacillaire

Vendredi 1 Décembre 2006 (il y a 11 ans 8 mois 16 jours)
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Description de l’élevage et apparition du cas


Description de l’élevage:

Il s’agit d’un élevage naisseur engraisseur partiel de 230 truies, en conduite 3 semaines et sevrage 21 jours avec commercialisation de porcs lourds.


Le renouvellement se fait par achat de cochettes et la semence est achetée en centre d’insémination.

Utilisation de lactosérum dans les formules d’aliment du pré-engraissement et de l’engraissement.

Statut sanitaire et prophylaxie

L’élevage est positif SDRP et a une certaine sensibilité à la streptococcie et aux diarrhées grises.

Les truies sont vaccinées contre le Rouget, la Parvovirose, les diarrhées néonatales colibacillaires et la Rhinite.
Les porcelets reçoivent un vaccin mono-injection contre le Mycoplasme vers 14 jours d’âge et sont vaccinés vers 28 jours avec un vaccin vivant modifié contre le SDRP.

Apparition du cas

L’éleveur appelle le 30 janvier 2005 pour une mortalité brutale concernant 10 porcs en pré-engraissement.
Ces pertes se sont produites toutes sur une même auge de pré-engraissement et ont été précédées par un léger manque d’appétit général qui avait conduit l’éleveur a supprimé un repas la veille.
L’éleveur signale des symptômes nerveux sur quelques sujets qui « tirent en arrière » et présentent des yeux rouges.


Visite de l’élevage, autopsies et mesures prises


Visite de l’élevage

La visite a lieu le 31 janvier 2005.

L’interrogatoire téléphonique ayant mis en avant une récente livraison de lactosérum et une supplémentation des rations avec du bicarbonate, cette ration étant distribuée en auge courte, une intoxication par le sel est plausible. Cela nous conduit à mettre les animaux à l’eau claire sur un repas et à reprendre une alimentation sans lactosérum. De plus, l’éleveur, persuadé d’avoir affaire à de la streptococcie, a mis en route un traitement Triméthoprime sulfa.

La visite du pré-engraissement montre effectivement quelques sujets avec une allure chancelante et des yeux gonflés, avec une caroncule très ressortie On entend également quelques sujets avec une toux rauque.

Autopsies:

Trois animaux sont autopsiés :

- articulations des jarrets gonflées sur 2 sujets
- présence de « gélatine » à l’ouverture de ces articulations
- flammèches de fibrine sur le péritoine des 3 animaux
- hypertrophie des ganglions mésentériques sur les 3
- paroi intestinale congestionnée sur 2 sujets
- violent œdème du côlon et de la paroi stomacale sur 1 animal ; œdème du cæcum sur un autre
- présence d’aliment dans les estomacs
- abondant liquide dans la cavité péricardique
- très petites lésions pulmonaires

Œdème du côlon
Flammèches de fibrine
Inflammation du jéjunum

Mesures prises:

A ce stade, le diagnostic d’œdème colibacillaire ne fait guère de doute. Il n’est cependant pas impossible que les modifications de la ration aient conduit à cet épisode brutal.

L’éleveur ne souhaite pas engager des frais de laboratoire pour confirmer le diagnostic.

Je lui conseille donc de maintenir la ration sans lactosérum, d’arrêter la distribution du triméthoprime et de démarrer un traitement à base de colistine par voie orale sur l’ensemble de la salle.
Individuellement, les porcs présentant des symptômes recevront un antibiotique injectable à base de marbofloxacine et une injection de dexaméthasone.
Une analyse d’eau en confirme la potabilité.


Nouvel épisode clinique et diagnostic


Un épisode de mortalité se produit début mars 2005, à nouveau en pré-engraissement.

Lors de la visite faite à l’occasion de ce nouvel épisode nous constatons également de la toux en premier âge et des diarrhées grises en fin de post-sevrage.

Cette fois, un sujet vivant de 35 kilos est apporté au laboratoire.

Autopsie:

Les lésions notées à l'autopsies sont les suivantes:

Examen externe Tremblements
Hypertrophie et inflammation des ganglions mésentériques
Poumons Absence de lésions macroscopiques
Intestin grêle Inflammation de la muqueuse
Contenu liquide
Ganglions mésentériques Très hypertrophiés
Inflammation
Ganglions inguinaux Hypertrophiés

Ces lésions sont en faveur d’une colibacillose

Bactériologie

Escherichia coli hémolytique O141K85ac est isolé du ganglion mésentérique.et du contenu intestinal.

L'antibiogramme de cette bactérie est le suivant:

Antibiotiques
Interprétation (*)
S
I
R
Aminosides
Gentamycine (10 UI)
X
Spectinomycine
X
Apramycine
X
Néomycine
X
Bêta-lactamines
Amoxicilline
X
Céphalosporines
Ceftiofur
X
Fluoro Quinolones
Enrofloxacine
X
Marbofloxacine
X
Polypeptides
Colistine
X
Quinolones de 1ère génération
Acide oxolinique
X
Fluméquine
X
Sulfamides et association
Triméthoprime + sulfamides
X
Triméthoprime
X
Tétracyclines
Tétracycline
X
Doxycycline
X

(*S : sensible – I : intermédiaire – R : résistant)

Diagnostic

Le diagnostic ne pose pas la moindre difficulté car la clinique comme le laboratoire nous permettent de parler de maladie de l’œdème colibacillaire.


Dispositions prises et résultats


Mesures prises

Plusieurs choses ont été mises en place à partir d’avril 2005 (en gras) et plus tard (en italique)

  • prophylaxie médicale: essai tylosine en 2ème âge (en supposant qu’une pathologie digestive frustre prépare le lit de la maladie de l’œdème ; d’ailleurs un essai d’arrêt de cet apport à l’automne 2005 s’est traduit par l’apparition de cas d’œdème dès le post-sevrage; essai d’acide oxolinique en 1er âge


  • essai d’aliment du commerce, y compris aliment hygiénisé ; à aucun moment il n’y a eu reprise de l’apport de lactosérum


  • acidification de l’eau de boisson par acide organique


  • gestion des bâtiments : effort (partiel) sur la surcharge des cases


  • Evolution du cas


    Aucune des mesures prises plus haut n’a donné de réelles satisfactions (malgré une gestion des cas un peu plus facile avec moins de pertes et des périodes d’accalmie).
    Un autovaccin sur truies a donc été mis en place début février 2006.

    En mars 2006, une vaccination globale des truies contre le SDRP a également été effectuée.

    Il s’est ensuivi une situation assez calme jusqu’en juillet 2006 où il y a eu à nouveau des pertes importantes. L’autovaccin colibacille administré aux porcelets eux mêmes n’a pas donné de meilleurs résultats.

    Un suivi sérologique SDRP sur porcelets non vaccinés et contrôlés négatifs par PCR au sevrage (21/06/06) a été réalisé et a montré que la contamination virale se produisait en effet, mais après la période de maladie de l’œdème (habituellement 10-12 semaines) et n’est donc pas responsable d’une éventuelle baisse immunitaire.

    Identification
    19/07/06
    (7 semaines d’âge)
    21/08/06
    (12 semaines)
    18/09/06
    (16 semaines)
    24/10/06
    (21 semaines)
    A
    négatif
    négatif
    négatif
    2,5
    B
    0,5
    négatif
    négatif
    /
    C
    négatif
    négatif
    négatif
    1,35
    D
    négatif
    négatif
    négatif
    2,24
    E
    1,03
    1,02
    négatif
    2,6
    F
    0,95
    0,41
    négatif
    2,76
    G
    0,44
    /
    négatif
    /
    H
    négatif
    négatif
    négatif
    2,09
    J
    0,85
    négatif
    négatif
    2,19
    K
    0,75
    négatif
    négatif
    1,59
    L
    négatif
    négatif
    négatif
    2,35
    M
    0,54
    négatif
    négatif
    1,71
    N
    négatif
    négatif
    négatif
    2,39
    O
    0,45
    négatif
    négatif
    1,96

    Compte tenu d’un possible rôle génétique dans la sensibilité au colibacille, un essai est actuellement en cours avec l’utilisation d’une semence de verrat Large White-Piétrain.

    Ce qui n’a pour l’instant pas été possible d’identifier, ce sont les facteurs favorisants de cette pathologie.

    Commentaires

    Apparition du cas

    Le cas apparaît dans un contexte où les résultats d’élevage sont satisfaisants. La mise en route récente du lactosérum contribue à « embrouiller » un peu les esprits.

    Visite de l’exploitation

    Le seul point sur lequel la visite de l’exploitation est d’un réel apport, c’est le pointage de la surcharge des cases. Ce point n’a d’ailleurs pas été réglé complètement car la productivité en nombre de sevrés est plutôt en progression.

    Evolution du cas

    Deux bandes issues du nouveau verrat sont actuellement en engraissement et n’ont pas présenté d’œdème.

    Pour l’instant, il n’y a eu aucun cas d’œdème sur ces animaux mais, au cas où l'amélioration ne persisterait pas, les éleveurs sont décidés à changer d’origine de cochettes, ce qui semble logique compte tenu d’une possibilité de «famille à œdème».

    Un suivi SDRP mis en œuvre sur des porcelets non vaccinés montre que l’apparition de la maladie de l’œdème n’est pas contemporaine d’une séroconversion vis-à-vis de ce virus. Les éleveurs avaient observé des symptômes de type SDRP sur les porcs dans les 2 semaines avant la dernière prise de sang qui s’est avérée positive.

    Concernant les causes favorisantes virales possibles, la circovirose pourrait s’envisager. Quelques signes dans cet élevage mais plutôt discrets : quelques nécroses d’oreilles (mais c’est loin d’être à chaque bande), croissance en engraissement que les éleveurs trouvent un peu faible mais taux de pertes sevrage-vente à 6,5 % malgré l’œdème ! Il n'y avait pas de lésions évocatrices sur les nombreux porcs autopsiés.

    Cas cliniques

    Mortalité aigüe par intoxication par les nitrites26-Jan-2018 il y a 6 mois 22 jours

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