Mortalité au sevrage due à Haemophilus parasuis

Description de l'élevage et apparition du cas
Lundi 24 Janvier 2005 (il y a 13 ans 3 mois 1 jours)
Description de l'élevage et apparition du cas


Description de l'élevage

Il s’agit d’un élevage naisseur-engraisseur sur un seul site de 750 truies dans le centre du Mexique, situé dans une zone de faible densité porcine.

L'élevage possède :
  • 1 bâtiment de saillie,
  • 1 bâtiment
  • de gestantes,
  • 5 salles de maternité (4 de 32 places et 1 de 16 places dans lesquelles on pratique le système tout plein-tout vide)
  • ,
  • 8 salles de sevrage avec une capacité de 350 porcs par semaine (tout plein-tout vide),
  • 7 salles d'engraissement avec une capacité de 700 animaux chacune et une salle avec une capacité de 350 animaux (on y pratique le vide total)
  • .

    L'élevage reçoit le cheptel de renouvellement d'un fournisseur avec un niveau sanitaire élevé. Le cheptel est vacciné contre le SDRP, la parvovirose, la leptospirose, le rouget, le Mycoplasme hyopneumoniae (M. hyo) deux fois pendant la période de quarantaine qui dure de 8 à 10 semaines.

    Les doses de semence sont élaborées dans un centre d'insémination artificielle propre à l’élevage qui est situé à 10 km. Tous les verrats sont indemnes de SDRP, M.hyo, Aujeszky, peste porcine classique et influenza.

    Statut sanitaire
    SDRP
    positif stable (paramètres de reproductions corrects et production de truies négatives au sevrage)
    M.hyopneumoniae
    positiF
    Haemophilus parasuis
    postf (sans serotypage)
    Actinobacillus pleuroneumoniae
    négatif
    Aujeszky
    négatif
    Peste porcine classique
    négatif
    Influenza
    négatif


    Programme de prophylaxie médicale et vaccinale
    Reproductrices

    Vaccination 2 fois par an contre : Parvovirose – Leptospirose - Rouget, SDRP, M.hyo, E. coli 3 et 5 semaines avant mise-bas et H. parasuis 4 semaines avant mise-bas.
    Sevrage

    100 ppm de tiamuline + 600-800 ppm d'oxytétracycline de 5 a 15 kg. de poids vif

    Historique récent

    Après deux années de sérieux problèmes de SDRP (baisse significative de la reproduction, hausse de la mortalité des animaux en maternité de 15 %, en sevrage de 10 % et en engraissement de 8 %), il a été décidé de vacciner massivement tout le cheptel avec un vaccin vivant modifié.

    Après cette vaccination, l'élevage s'est stabilisé et les paramètres de production, tant en reproduction qu’en engraissement, ont retrouvé les niveaux espérés.

    Apparition du cas

    Environ 3 mois après la stabilisation, une mortalité brutale est survenue en sevrage sur des animaux âgés de 7 à 10 semaines.
    La première semaine les animaux sont morts de manière subite (5 % de mortalité, comparée aux 2 % que l'on avait déjà il y a 10 semaines).Aucun des animaux ne présentait de lésions à l'autopsie.
    La semaine suivante, les mortalités subites ont continué mais on commença à voir des animaux avec méningite, cyanose, respiration difficile et fièvre (40.5-41°C) et la mortalité s'éleva à 10 % et la morbidité commença à atteindre 20-25 % sur des animaux de 5 et 10 semaines d'âge. A l'autopsie les animaux présentaient de la cyanose, une légère polysérosite, un œdème cérébral grave.

    Pendant ces deux premières semaines, on a recommandé de revoir les conditions d’ambiance et de conduite d’élevage (température, gaz, courants d'air, propreté des salles, respect du tout plein/tout vide, etc.).
    On commença les traitements injectables sur les porcelets qui présentaient des signes cliniques et sur tous leurs compagnons de la même case. Le choix du médicament a été contre les « suis » : pénicilline à la dose de 50.000 UI/kg et un anti-inflammatoire. Toutefois le traitement individuel était difficile à appliquer parce que beaucoup d'animaux ne présentaient pas de signes cliniques avant de mourir.



    Visite de l'élevage et premiers résultats d'analyses


    Visite de l'élevage

    À la fin de la seconde semaine, on a visité entièrement l'élevage et on n'a trouvé aucune condition anormale pouvant entraîner la mortalité.

    Pour contrôler la mortalité on a recommandé de traiter l'eau avec de l'amoxicilline (20 mg/kg PV), en attendant les résultats de laboratoire.

    On a envoyé au laboratoire des porcelets morts et aussi des animaux non traités qui commençaient à présenter la symptomatologie clinique décrite.

    On a en outre envoyé des échantillons de sérum de porcs de 3, 5, 7 et 10 semaines d'âge. les prélèvements ont porté sur 10 animaux par âge par "pool" de 5 pour PCR SDRP, parce qu'on a pensé que l’élevage était redevenu instable.

    Résultats de laboratoire


    Les résultats furent :

    PCR SDRP: négatif dans tous les cas.


    Bactériologie : positive à Streptococcus suis sur les porcelets morts et négative sur les vivants avec signes cliniques.




    Mesures mises en oeuvre et diagnostic définitif


    Mesures mises en oeuvre

    Avec le diagnostic de laboratoire et les observations faites sur le terrain, il a été décidé de traiter le cas comme s'il s'agissait de Streptococcus suis.
    Le médicament recommandé a été l'amoxicilline dans l'aliment (20 mg/kg PV) depuis la réception au sevrage (5 kg, 21-23 jours d'âge jusqu'aux 18 kg 6-7 semaines d'âge).
    La mortalité s'est arrêtée 1 semaine après que l'on ait donné le traitement dans les nouveaux lots qui entraient au sevrage, mais a continué dans les lots qui étaient déjà touchés.

    Résultats et diagnostic définitif


    Deux semaines après, avec une nouvelle mortalité de 2 %, on a décidé de retirer le médicament dans l'aliment et une semaine après, la mortalité a commencé à augmenter de nouveau mais cette fois sur des animaux âgés de 5 semaines.
    À cette occasion, les lésions observées à l'autopsie évoquaient clairement la présence d'Haemophilus parasuis (polysérosite marquée, pneumonie, pleurésie et arthrite fibrineuse).
    En suivant les recommandations d'un spécialiste en H. parasuis, on a à nouveau envoyé des porcs au laboratoire de diagnostic.
    On a envoyé des porcs qui présentaient seulement de la fièvre. Le diagnostic a été Haemophilus parasuis sur 100 % des porcs envoyés.




    Traitement et évolution du cas


    Stratégies de traitement


    Étant donné la difficulté que présente Haemophilus parasuis pour son isolement et sa culture, il a été décidé de vacciner les truies par bande avec un vaccin commercial trois semaines avant la mise-bas.
    Pendant le sevrage de leurs porcelets, on a maintenu le traitement dans l'eau et on espérait une diminution de la mortalité dans la 6ème semaine après la vaccination en bande. On n'a malheureusement pas vu de résultats positifs par cette méthode, puisque la morbidité et la mortalité ont continué.


    Par conséquent on a choisi d'isoler, de cultiver et de préparer un inoculum contenant la souche pathogène d'Haemophilus parasuis (isolements à partir de lésions systémiques). Cet agent pathogène devrait être appliqué aux porcs vers les 5-7 jours d'âge en maternité.
    Théoriquement cette stratégie devrait aboutir à ce que tous les porcelets soient infectés en présence d’anticorps maternels les empêchant de présenter des signes cliniques ; en se mélangeant pendant le sevrage, il ne devrait pas y avoir de porcs négatifs et la mortalité devrait s'arrêter.

    Evolution du cas

    6 semaines après avoir utilisé cette méthode, le premier groupe a passé l'âge critique de mortalité, il y a actuellement une mortalité de 1,7 %, mais nous devons attendre au moins 4 à 5 semaines pour nous assurer que cette stratégie est efficace.

    Commentaires

    Ce cas a lieu dans un élevage naisseur-engraisseur de 750 truies dans le centre du Mexique. L’élevage a présenté de graves problèmes de SDRP pendant environ deux ans. Il a été décidé d'appliquer une vaccination massive avec un vaccin vivant modifié avec lequel nous sommes parvenus à stabiliser l'élevage.
    Quelques trois mois plus tard, une augmentation de la mortalité au sevrage s'est produite ; au début, des morts subites se sont déclarées puis des animaux avec méningite, cyanose, respiration forcée et fièvre ont commencé à apparaître. A l'autopsie les animaux présentaient de la cyanose, une légère polysérosite, un œdème cérébral grave. A ce moment, les diagnostics différentiels portaient sur : Haemophilus parasuis (H. parasuis), Streptococcus suis (S. suis), Actinobacillus suis (A. suis) et Erysipelothrix rhusiopathiae (E. rhusiopathiae).
    Les résultats de laboratoire initiaux furent positifs à Streptococcus suis, c'est pourquoi nous avons appliqué un traitement à base d'amoxicilline. Deux semaines plus tard, le niveau de mortalité étant redevenu stable, on a retiré le médicament, et une nouvelle mortalité s'est produite avec présence de lésions nettes d'infection par H. parasuis. Les analyses de laboratoire ont confirmé l'infection par Haemophilus parasuis.

    Plus tard, lors d’une conversation avec un spécialiste d’ H. parasuis, il fut confirmé q’il s’agissait bien là d’une situation banale.

    Quand on envoie des porcelets morts ou en phases avancées de la maladie, le diagnostic est positif à S. parasuis. Cependant, en faisant attention de prendre des animaux en phase de début de maladie, le diagnostic est positif à H. parasuis.

    Les options de traitements étaient:

    1. Continuer la médication dans l'eau ou dans l'aliment sur une période indéfinie.

    2. Vacciner les porcelets, mais compte tenu de la précocité de la maladie, on n’avait pas le temps de faire deux vaccinations, en espérant aussi que le vaccin commercial contenait le sérotype de l’élevage (à ce moment, le sérotypage n’avait pas été fait)

    3. Vacciner les reproducteurs et espérer que les porcelets négatifs seraient contaminés au sevrage avant que l'immunité passive diminue.

    4. Essayer une exposition moyenne contrôlée entre 5 et 10 jours d'âge avec un inoculum contenant la souche pathogène de Haemophilus parasuis.

    La vaccination des reproducteurs avec un vaccin commercial n'a pas donné de bons résultats. Finalement l'application d'un agent pathogène avec la souche autogène de H. parasuis donne de bons résultats.

    Conclusion

    1. Devant un problème semblable à ceci, il est important de penser aux deux possibilités : S. suis et H parasuis.

    2. Chaque jour on signale de nouveaux cas de H. parasuis après la stabilisation du troupeau contre le SDRP

    3. Devant un problème qui montre la présence de H. parasuis ou de S suis, il est important d’envoyer un nombre suffisant de porcelets bien choisis au laboratoire pour obtenir un diagnostic différentiel.

    4. L'idéal est d'obtenir le sérotypage de la souche pathogène de H. parasuis. Normalement ces sérotypes se trouvent dans les lésions systémiques.

    5. Après un problème d'instabilité de SDRP, nous devons nous attendre à rencontrer des problèmes bactériens qui, avant la stabilisation, n'étaient pas prioritaires et nous devons établir un programme de diagnostic adéquat pour résoudre les problèmes.

    Cas cliniques

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