Pathologie respiratoire multifactorielle

Description de l’élevage et exposé du problème
Mercredi 16 Juillet 2008 (il y a 10 ans 2 mois 5 jours)
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Description de l’élevage et exposé du problème


Description de l’élevage

Il s’agit d’un élevage post-sevreur- engraisseur situé en zone de forte densité porcine.

Cet élevage reçoit, toutes les 8 à 9 semaines, des porcelets de 4 semaines d’âge (une semaine après sevrage) provenant d’un atelier de naissage collectif de 400 truies, distant d’une cinquantaine de kilomètres.
Les lots livrés comportent 160 ou 260 animaux en fonction de la capacité des salles d’engraissement pouvant les recevoir.

L’ensemble des bâtiments a un sol en caillebotis type engraissement et bénéficie d’une ventilation dynamique. Toutefois, le post-sevrage est de construction beaucoup plus récente.

Les animaux reçoivent un aliment du commerce tant en post-sevrage où ils sont alimentés au nourrisseur, qu’en engraissement, avec à ce poste une distribution en soupe.
L’eau de puits est chlorée.


Vaccinations

Les porcelets reçoivent au naissage un vaccin en double injection contre le Mycoplasme et sont vaccinés au sevrage avec un vaccin vivant modifié contre le SDRP.
Les truies de l’élevage d’origine ont un plan de vaccination visant une protection contre la Parvovirose, le Rouget, la Grippe, le SDRP, la Rhinite et les diarrhées néonatales.

L’élevage post-sevreur- engraisseur s’est contaminé SDRP
au cours du 2ème semestre 2005 suite à l’incendie du post-sevrage qui a obligé à des allées et venues d’animaux.
Le naissage collectif a été touché à son tour par le SDRP en décembre 2006 sans que l’origine exacte de cette contamination soit identifiée.
Cependant, après une année de vaccination, la situation dans l’atelier naisseur semble stabilisée (la conclusion ne peut toutefois être formelle car le diagnostic de stabilité SDRP a été malheureusement partiel, pas de PCR sur truies de réforme).

Exposé du problème


En janvier 2008, l’éleveur nous signale que depuis l’automne, il a de la toux en engraissement, survenant à partir de 16-18 semaines d’âge, avec des symptômes plus ou moins importants (parfois allure grippale) mais sans mortalité. En effet, le taux de perte en engraissement est de 3 % et il n’y a que très peu de saisies d’abattoir.
Encore plus que la gravité des symptômes, c’est leur insistance qui commence à inquiéter notre client, car il est amené à traiter plusieurs fois avec de l’oxytétracycline et/ou de l’aspirine sans résultat très net ni durable.


Visite de l’élevage


Post-sevrage

Dans le post-sevrage, les porcelets sont en bonne santé. On peut noter une diarrhée liquide et quelques déjections ramollies mais qui apparaissent sans gravité. L’aliment 1er âge est supplémenté avec chlortétracycline 800 ppm, colistine 120 ppm et oxibendazole. Le taux de pertes est de 2,6 % sur les 6 derniers mois, en raison d’un lot qui a fait une sortie de colibacillose. Habituellement, la mortalité est de 1,5 %, taux auquel se trouve le lot actuel.

Engraissement

En engraissement, on entend en effet de la toux d’allure chronique sur les porcs les plus âgés (lot de 260 sujets) qui sont dans les salles figurant en vert sur le plan de masse. On observe certains animaux qui ont visiblement soufferts et sont inférieurs au reste du lot.
Les porcs les plus jeunes, 160 animaux qui ont 15 semaines d’âge ne présentent pas de symptômes particuliers, sauf un peu d’hétérogénéité dans certaines cases.

Ces observations sont tout à fait classiques aux dires de l’éleveur car l’apparition des symptômes se produit plutôt vers 16 à 18 semaines.

L’ambiance du bâtiment est un peu lourde, mais ce qu’il faut surtout noter c’est la répartition des 2 lots entre les 3 salles. Le lot des porcs de 15 semaines occupe la salle du milieu, entre 2 salles de porcs de 23 semaines. Il n’y a pas de véritable séparation entre les salles.
On a donc quasiment une conduite en continu, et du coup, l’éleveur ne prend pas de précautions particulières entre les salles. Il regroupe toutefois dans une même case, les porcs qui ont trop souffert.

L’éleveur qui a demandé quelque temps auparavant un contrôle pulmonaire à l’abattoir par l’intermédiaire de son groupement, a eu oralement l’information qu’il y avait des lésions de pneumonie « classique », c’est-à-dire sans abcès ou nécrose.

Prélèvements

Nous décidons d’effectuer des prises de sang sur 7 porcs de 15 semaines et 7 porcs de 23 semaines, dans l’esprit d’un mini-profil sérologique.

Nous demandons au laboratoire une analyse sérologique vis-à-vis du Mycoplasma hyopneumoniae (Idexx) et des grippes (LSI) car ces deux pistes nous semblent cohérentes avec les symptômes observés.

Nous aurions été plus qu’intéressés de faire des investigations sur le SDRP, malheureusement, les animaux étant vaccinés, la démarche n’est guère envisageable (même si elle est possible à condition de disposer d’un budget pour des éventuelles PCR et des séquençages). Ceci dit, compte tenu de l’historique de cet élevage et de la contamination du naissage jusqu’à une époque récente, la présence de ce virus ne peut être écartée.

Il est également décidé de faire des prélèvements à l’abattoir lors du prochain départ. Les prélèvements de poumons à l’abattoir ont été effectués une dizaine de jours après notre visite.


Dans l’attente de tous les résultats, je propose en cas de déclenchement de la toux sur les porcs de 15 semaines, de faire un traitement à base de tylosine.



Résultats des analyses de laboratoire


Analyses sérologiques

Age
Grippe (LSI)
Mycoplasma hypneumoniae (Idexx)
15 semaines
6 négatifs
1 douteux
6 négatifs
1 positif
23 semaines
7 positifs
6 positifs
1 douteux


Les résultats sont donc franchement positifs Mycoplasme et Grippe chez les porcs de 23 semaines !

Prélèvements de poumons


L’analyse bactériologique révèle la présence de Pasteurella multocida.

Aminosides
Gentamycine (10 UI)
Sensible
Bêta-lactamines Aminopénicillines
Amoxicilline
Sensible
Bêta-lactamines de 3ème génération
Ceftiofur
Sensible
Divers
Tiamuline (indication CEVA)
Sensible
Tulathromycine
Sensible
Fluoro Quinolones
Marbofloxacine
Sensible
Enrofloxacine
Sensible
Macrolides
Tylosine
Intermédiaire
Spiramycine
Intermédiaire
Tilmicosine
Sensible
Macrolides Lincosamides
Lincomycine
Sensible
Phénicoles
Florfénicol
Sensible
Quinolones de 1ère génération
Fluméquine
Sensible
Sulfamides et association
Triméthoprime + sulfamides
Sensible
Tétracyclines
Doxycycline
Résistant
Tétracycline
Résistant

L’antibiogramme montre donc que le germe est résistant à la famille des tétracyclines et qu’il est intermédiaire à la tylosine, deux produits bien utilisés dans l'élevage

Nous avons donc plusieurs agents en cause dans la pathologie respiratoire de cet élevage, il est donc décidé d’envoyer les prélèvements pour analyse histologique.

Histologie

1ère coupe:
Pneumonie catarrhale avec alvéolite séro cellulaire polymorphe étendue, riche en plasmocytes
Inflammation péribronchiolaire mononuclée prenant parfois un aspect nodulaire

Autres coupes:

Même aspect avec plus de nodules lymphoïdes, obstruction d'une bronchiole par un fragment de tissu végétal

La conclusion est la suivante : lésions en faveur de la pneumonie enzootique.


Diagnostic et mesures mises en œuvre


Diagnostic

Pathologie respiratoire multifactorielle avec prédominance de lésions mycoplasmiques, sur un fond de non respect des contraintes de biosécurité
.

Mesures mises en œuvre

Avec l’éleveur, nous décidons de travailler sur plusieurs axes :

Modification de la prévention vaccinale contre le mycoplasme: dans un premier temps, les porcelets seront vaccinés avec un vaccin mono- injection en fin de post-sevrage.

Démarche de stabilisation de l’élevage vis-à-vis du SDRP par la vaccination de masse :
==> nous voulons éliminer cette source potentielle d’immunodépression et pouvoir rentrer à terme des porcelets non vaccinés SDRP
==> cela donne l’obligation d’améliorer la biosécurité et à la gestion des salles (rentrer moins de porcs de façon à ne plus être contraint d’avoir un lot entre 2 salles de porcs d’un autre lot), ce qui sera très positif pour lutter contre les autres pathogènes

Utilisation du triméthoprime-sulfa en intervention pour combattre les surinfections bactériennes

• Nous n’avons pas de vrai moyen pour travailler la question de la grippe, qui était peut-être un phénomène ponctuel sur ce lot, d’autres investigations seront à faire.

A ce jour, la double vaccination (vaccin SDRP vivant modifié) de l’ensemble des porcelets et charcutiers a été effectuée, sans réaction vaccinale particulière.

La décision est prise de modifier la taille des lots livrés pour gérer séparément la salle Est et les deux autres. La salle Est peut recevoir 130 porcs, les 2 autres salles (qui sont sur la même fosse) peuvent héberger 156 et 125 porcs.
L’entrée des porcs du « grand lot » pourra se faire par la porte ouest. Ainsi le circuit des animaux et des personnes permettra de respecter la marche en avant.


Commentaires

Ce cas traitait d'une pathologie respiratoire multifactorielle avec prédominance de lésions mycoplasmiques, sur un fond de non respect des contraintes de biosécurité.

Apparition du cas

Un cas plutôt classique et même banal, avec une pathologie qui évolue à bas bruit au départ, qui n’inquiète pas trop ni l’éleveur, ni il faut bien le reconnaître, le vétérinaire !
Ce sont les frais vétérinaires qui montent et ces quelques porcs plus malades que les autres qui incitent l’éleveur à se manifester.

Visite de l’élevage

La structure des bâtiments est vraiment inadaptée à une conduite rigoureuse. Cet épisode est de nature à remettre en cause des pratiques qui n’avaient que le seul intérêt de remplir au maximum les salles.
La prise de conscience de l’éleveur a permis de réétudier les possibilités de recevoir des lots de taille différente de celle initialement prévue. Il restera tout de même à voir si la réception d’un petit lot de 130 dans un post-sevrage surdimensionné ne posera pas trop de problème. Il faudra peut-être envisager un cloisonnement.
Tout cela montre que les choix de bâtiments qui n’intègrent pas d’emblée le sanitaire se révèlent très compliqués à gérer. C’est d’autant plus dommage ici que le post-sevrage est récent.

Pourquoi s’occuper du SDRP dans cet élevage ?


Il ne nous était pas possible de faire un diagnostic fiable du SDRP dans cet élevage pour les raisons déjà exposées.
Dans la mesure où l’éleveur faisait rentrer systématiquement des porcelets vaccinés, il nous a paru logique de proposer une double vaccination de masse pour très rapidement en arriver à rentrer des porcelets non vaccinés.

Nous avons un double but : améliorer le sanitaire dans cet élevage et arrêter totalement la vaccination SDRP des porcelets dans le naissage. Il est en effet possible que la vaccination SDRP et le rappel mycoplasme faits le même jour aient diminué l’efficacité de l’un et/ou de l’autre.
Le premier lot non vacciné SDRP sera suivi par prises de sang sur porcelets identifiés, toutes les 3 à 4 semaines, jusqu’à l’abattage.

Evolution du cas


La situation respiratoire semble actuellement plus calme alors que la météo est loin d’être favorable. Est-ce l'impact de la vaccination de masse SDRP ? C’est difficile à dire pour l’instant.
Les porcelets qui auront reçu et la double vaccination SDRP et la vaccination Mycoplasme mono-dose en fin de post-sevrage rentreront dans la phase critique au mois de juin, mais ce n’est qu’à l’automne 2008 que nous pourrons juger de la réelle efficacité de l’ensemble des mesures.

Cas cliniques

Arthrites dues à des germes d'environnement 17-Sep-2008 il y a 10 ans 4 jours

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