Problème multifactoriel de reproduction

Description de l'élevage et de la situation, appel de l'éleveur
Jeudi 6 Avril 2006 (il y a 12 ans 18 jours)
Description de l'élevage et de la situation, appel de l'éleveur


Description de l'élevage et de la situation :


Il s'agit d'un élevage naisseur engraisseur de 100 truies qui conduit en un seul site.
L'exploitation est située dans une zone de faible densité porcine en Normandie.
L'élevage achète ses cochettes à l'extérieur, ses doses d'insémination ainsi que l’aliment pour les animaux de tous stades.
La conduite est en 7 bandes et sevrage à 28 jours.
L’eau est fournie par le réseau communal.



Statut sanitaire :

SDRP Négatif
Aujeszky Négatif
App Négatif
Gale Positif
Mycoplasme Positif

Prophylaxies effectuées :

Vaccin E. coli K88, K99, F41 (truies et cochettes)
Clostridium perfringens type C et A (truies et cochettes)
Parvovirose (truies et cochettes)
Rouget (truies et cochettes)
Antiparasitaire Injection d’Ivermectine (5 ml par truie sous cutané cycle par cycle)

L’élevage est assez récent et a été créé comme complément de revenu à coté d’un atelier bovin laitier pré existant dans le but de faciliter l’intégration d’un jeune éleveur au GAEC.

Appel de l'éleveur

Depuis sa création, l’élevage n’a jamais eu les performances de reproduction qu’on pourrait attendre de ce type d’atelier. Sur les 18 derniers mois le niveau de fertilité s’est encore dégradé et oscille entre 40 et 80%.
Non satisfait de son suivi d’élevage, l’éleveur nous fait appel afin d’avoir un regard neuf sur sa situation.



Analyse des documents préparant la visite de l'élevage


Avant de programmer la visite de l’atelier, nous demandons à l’éleveur de nous fournir le détail de ses résultats techniques ainsi que les examens complémentaires éventuellement réalisés sur les 6 derniers mois

GTTT

Les éleveurs ne disposent pas d’une GTTT.
Après envoi des fiches bandes des 7 dernières bandes inséminées et échographiées remplies par l’éleveur à notre demande, nous avons pu noter :

- Taux de fertilité des primipares et multipares médiocre, pas d’effet rang.
- Taux de fertilité des retours largement en dessous (-20 à 30%) de celui des sevrées
- Taux de petites portées (<9 NT) important (> 20%) touchant tous les rangs de façon équivalente
- Taux de mortinatalité (11%) et de momifiés (5%) élevés

Analyses sérologiques

Un profil sérologique (IHA) parvovirose a été réalisé sur 12 truies de différents rangs de portées il y a 6 mois avec le résultat suivant :

N° sérum
Rang de portée de la truie
Titre IHA
1
Cochette (sortie quarantaine)
2560
2
Cochette (sortie quarantaine)
5120
3
Cochette (sortie quarantaine)
2560
4
Primipare
2560
5
Primipare
10240
6
3
10240
7
4
5120
8
5
>20480
9
5
10240
10
6
5120
11
7
>20480
12
8
5120

Suite à cette analyse, suivant les conseils d’un confrère considérant qu’on pouvait attribuer les problèmes observés à la parvovirose, la totalité du cheptel a été revacciné avec un vaccin monovalent parvovirose, deux fois à un mois d’intervalle il y a 5 mois.

Contrôle urinaire et analyse d’eau

Un dépistage a été réalisé 6 mois auparavant par l’éleveur sur 30 truies dans le dernier tiers de gestation et 50% des urines étaient positives nitrites et/ou troubles.

Suite à ce contrôle à l’élevage, un traitement à l’acide oxolinique à 400 ppm a été réalisé sur l’ensemble du troupeau dans l’aliment pendant 3 semaines (fin du traitement il y a deux mois).

L’eau est conforme tant en bactériologie qu’en chimie.

Autres points

L’élevage a été complètement « remis à la terre » dans l’hypothèse ou tout ou partie des problèmes pouvaient être en relation avec des problèmes électriques.
Des hématocrites et des taux de phosphore sanguin n’ont rien révélé d’anormal selon le confrère les ayant prescrits.



Visite de l’élevage


Quarantaine

Sur paille, réception de 4 à 6 cochettes toutes les 5 semaines.
Vaccination Parvovirose + rouget (vaccin associé) deux fois à 3 semaines d’intervalle, la 1ère vaccination étant réalisée juste après l’arrivée.
Pas de contamination, pas de prophylaxie particulière d’adaptation.
4 changements de multiplicateurs depuis 18 mois.
Age à la réception de 5 mois.

Verraterie-Gestante

Etat d’embonpoint satisfaisant dans l’ensemble.
Peaux crasseuses et croûteuses, nombreuses rectites.
2 repas d’aliment et 3 repas d’eau à raison de 2,8 kg d’aliment par jour en ration de base et 22 litres d’eau.
Le caillebotis est humide et la salle est sous ventilée (la visite a été réalisée en décembre), la température est assez élevée (23°C).
Sur deux bandes observées, 25% des truies présentaient une vaginite et les éleveurs ont confirmé l’observation fréquente d’écoulements vulvaires purulents sur truies pleines.

Maternité

Nous observons les truies en semaine mise-bas.
Elles sont toutes constipées malgré l’apport d’aliment formule gestante jusque 3 jours après mise bas.
De l’eau est ajoutée manuellement dans les jours qui entourent la mise bas (les pipettes sont insuffisamment utilisées).

Les mises bas sont longues et beaucoup de truies (50%) sont fouillées malgré un protocole lourd et systématique associant Monzal (2ml), Ocytocine (2ml) et calcium deux fois en cours de mise bas.

Les animaux sont sujets aux congestions mammaires.

Lors de la visite, toutes les truies ayant déjà mis bas depuis 24 à 72 h présentaient un écoulement vulvaire purulent
.

Seule la sergotonine est injectée aux truies systématiquement après mise bas.

Gale
Ecoulement vulvaire
Croûtes vulvaires
Rectite



Diagnostic, plan d’action et évolution du cas


Diagnostic clinique et conclusions faites aux éleveurs suite à la visite

Le troupeau est en mauvais état général (parasitisme interne et externe).
Les infections uro-génitales sont prépondérantes et non maîtrisées. Elles sont cliniquement compatibles avec les troubles observés.
Le problème ne semble pas venir d’une infection générale (à notre sens, le profil sérologique parvovirose présenté au départ ne peut pas être catégoriquement relié aux troubles rencontrés et bien d’autres points sont en considérer en priorité. De plus les symptômes et l’évolution dans le temps ne sont pas compatibles avec des infections telles que SDRP ou leptospirose).

Plan d'action

Etat général du troupeau

Traiter tout le troupeau à l’ivermectine en tenant compte du poids estimé de chaque animal.

Le jour de l’injection d’ivermectine, pulvérisation des truies et de leur environnement direct avec un acaricide. Ce traitement local est à renouveler 14 jours plus tard.

Vermifuger toutes les truies par voie orale avec un anthelminthique et renouveler tous les 4 mois.

Prévention des vaginites

Revoir les consignes du bâtiment gestante (baisse de la température de consigne) afin d’augmenter le niveau de ventilation pour assécher le caillebotis.

Racler deux fois par jour pendant toute la gestation et toute la lactation.
Après raclage, pulvériser un désinfectant à l’arrosoir à l’arrière des truies en gestation pendant 4 mois.
Désinfecter les places gestantes libérées après chaque mouvement de truies en gestante.

Réaliser des lavements vaginaux avec un gel iodé à l’entrée en maternité et avec un gel antiseptique non spermicide au sevrage et à l’arrêt du Régumate sur les cochettes.

Contrôle des cystites et des endométrites

Suite a l’analyse, un nouveau contrôle urinaire a été effectué par l’éleveur et 3 urines ont été envoyées au laboratoire de diagnostic avec les résultats suivant :

N° urine
1
2
3
Germe isolé
E. coli
Staph. hyicus
E. coli
Dénombrement
10 000 000
1 000 000
10 000 000
Amoxicilline
S
S
S
TMP-Sulfa
R
R
R
Oxytétracycline
R
R
R
Ceftiofur
S
S
S
Acide oxolinique
S
S
R
Fluméquine
S
S
R
Enrofloxacine
S
S
R
Marbofloxacine
S
S
R

Sur une rotation des 7 bandes, il a été décidé de faire un traitement amoxicilline par voie orale depuis 5 jours avant à 2 jours après la mise bas et de traiter les truies fouillées ou ayant déjà effectué un retour avec amoxicilline par voie injectable.

Revenir à des niveaux plus rationnels d’eau à savoir 15-17 litres/truie/jour.

Management des mises bas

Arrêter les interventions systématiques avec Monzal, ocytocine et calcium et surtout diminuer les doses d’ocytocine utilisées à savoir maximum 1 ml par truie et deux fois par mise bas.

Supprimer la constipation en apportant des sels de magnésium avant mise-bas.

Ces mesures doivent limiter de façon importante le nombre de truies nécessitant une fouille.

Enfin, la mise en place d’une injection de prostaglandines 36-48h après mise bas doit permettre de renforcer l’immunité locale et de faciliter la vidange de la matrice.

Incorporation des cochettes

La vaccination parvovirose est réalisée trop précocement compte tenu de l’âge à la livraison (la primo vaccination est à faire strictement après 6 mois d’âge).

Faire une contamination avec des déjections de truies de maternité, délivres et momifiés à partir de 10 jours de présence puis le plus souvent possible jusqu’à la mise à la reproduction. Même si le parvovirus ne semble pas directement en cause, ces éléments sont des fondamentaux de l’élevage et visent à immuniser contre tous les entérovirus à tropisme génital.

Fixer pour un long terme un multiplicateur correspondant aux impératifs techniques et sanitaires de l'élevage.

Suivi reproduction

Continuer à remplir les fiches reproduction en analysant les résultats de fertilité séparément des cochettes, des truies du sevrage et des truies en retour.

Réformer les truies
quel que soit le rang à partir de 2 retours.

Evolution du cas

Très rapidement les résultats se sont progressivement améliorés le temps de réformer les truies historiquement à problème, de sevrer des truies ayant reçu le protocole préventif complet en maternité puis en gestante et de réaliser une incorporation satisfaisante des cochettes.

Actuellement, 18 mois après la visite de l’élevage, la fertilité est régulièrement au-dessus de 90 % et jamais sous 80%.

Le taux de petites portées est descendu à 6% et celui de mortinatalité à 7%.

Commentaires

Ce cas décrivant un problème multifactoriel de reproduction illustre plusieurs points qui méritent d’être discuté :

- Le diagnostic parvovirose et les moyens de lutte

A mon sens, le profil sérologique effectué ne permet pas de conclure à une responsabilité du parvovirus dans les problèmes observés (les cochettes arrivant semble-t-il parfaitement immunisées).

En tout état de cause, plutôt que revacciner d’urgence le troupeau, il semblait important de souligner avant tout :
- que l’adaptation des cochettes était inexistante alors que c’est la clé de la gestion de la circulation des entérovirus,
- de revoir déjà le protocole vaccinal de base : primo vaccination trop précoce
- de revoir l’état général du troupeau ne permettant pas d’obtenir une efficacité certaine de toutes les vaccinations effectuées (parasitisme en particulier)

- Le suivi du troupeau


L’éleveur voulant trop bien faire et essayant de sortir seul de ses problèmes de mortinatalité en est arrivé à multiplier les interventions : en schématisant, trop d’ocytocine=tétanisation du muscle utérin=arrêt de la mise bas=fouille=risque très élevé de métrites.

En éliminant la constipation et en ayant des truies « en forme », la qualité des mises bas s’est très vite améliorée.
De même, il a été récemment relaté des cas d’élevages à cystites en liaison avec des quantités d’abreuvement trop importantes et cet élevage a pu en être aussi l’illustration. 22 litres l’hiver sont forcément exagérés.

Dans cet élevage, tous les éléments, à l’exception d’un excès d’embonpoint, étaient regroupés pour « favoriser » au mieux le développement d’infections uro-génitales.

- L’analyse des résultats techniques

Dans ce genre de cas, il semble important de mettre en place un suivi bande par bande permettant :

- de réaliser un 1er diagnostic en comparant les taux de fertilité des cochettes, des sevrées et des retours et en calculant le taux de petites portées (tous les ingrédients dans ce cas allaient dans le sens d’une origine infectieuse locale).
- de suivre l’évolution des résultats des mesures mises en place

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