SDRP / Grippe / Actinobacillus : une association de malfaiteurs - Quel(s) pathogène(s) mettre en cause ?

Ce cas qui se situe dans un élevage naisseur-engraisseur de 500 truies sur un site dans une zone à forte densité porcine concerne une infection par une association de malfaiteurs : SDRP / Grippe / Actinobacillus

Mercredi 30 Juin 2010 (il y a 7 ans 7 mois 23 jours)

Description générale de l’élevage et motif de visite


Description de l’élevage

Il s’agit d’un élevage naisseur-engraisseur de 500 truies sur un site dans une zone à forte densité porcine (ouest de la France : Bretagne). Cet élevage est en autorenouvellement avec engraissement des cochettes sur un site extérieur.

L’élevage est conduit en 20 bandes avec un sevrage à 21 jours. Les semences utilisées sont des doses achetées.
L’aliment est fabriqué à la ferme.

Statut sanitaire et programme vaccinal

Pathogène
Statut
Vaccination
SDRP
Positif
Oui (1)
Mycoplasme
Positif
Oui (2)
Actinobacillus pleuropneumoniae
Indéterminé
Non
PCV 2
Pas de signes cliniques
Non
Colibacille (K88 / K99) / Clostridium
Pas de diarrhée
Oui (3)
Rhinite atrophique
Pas de signes cliniques
Oui (3)
Parvovirus / Rouget
Pas de signes clinques
Oui (4)
(1) Vaccination de masse des truies avec le vaccin vivant toutes les 4 mois, vaccination des cochettes 2 fois en quarantaine
(2) Vaccination des issus au sevrage avec un vaccin monodose
(3) 2 injections à un mois d’intervalle à l’arrivée des cochettes et rappel un mois avant la mise bas
(4) 2 injections à un mois d’intervalle à l’arrivée des cochettes et rappel 15 jours après la mise bas

Actinobacillus pleuropneumoniae est un pathogène qui a été suspecté sur l’élevage par le passé. Cependant la situation est stable depuis plus de 5 ans sur ce plan.

Appel de l’éleveur

L’éleveur nous appelle pour des problèmes de saisies importantes à l’abattoir
o Saisies totales (principalement congestives) et partielles (saisies de coffre)
o Apparition très soudaine de ce problème


Visites de l’élevage


Première visite de l’élevage

Engraissements

- Lors de la visite il est observé en engraissement :
o Une hyperthermie modérée à marquée (jusque 41°C) généralisée dans les salles d’engraissement, en particulier pour les porcs de plus de 70 kg.
o Cette hyperthermie ne s’accompagne pas d’une atteinte générale, les porcs restent actifs et les consommations alimentaires paraissent normales.
o Quelques toux quinteuses et sèches
o Pas de mortalité

Maternité

- Pas de dégradation des résultats techniques en maternité depuis l’apparition des problèmes de saisies à l’abattoir.

Conclusion lors de la visite et mesure à mettre en place

- Dans un premier temps :

o Mise en place d’un traitement aspirine (15mg/kg matin et soir) pendant 3 jours
o La mise en place d’une antibioprévention (doxycycline, 10mg/kg) n’est pas envisagée dans un premier temps compte tenu de l’absence de mortalité, d’abattement et de toux. Par contre si la situation se dégrade, un traitement sera mis en place.

- Dans un deuxième temps :

o Mise en place d’un contrôle abattoir sur le prochain départ de charcutiers

Bilan 2 semaines plus tard

Engraissements

- Persistance de l’hyperthermie en engraissement malgré le traitement Aspirine
Mais toujours pas d’atteinte générale, les porcs restent actifs, les consommations alimentaires restent bonnes
- Baisse des températures rectales dans une salle où un traitement amoxycilline (20mg/kg) a été mis en place pendant 3 jours
- Présence de toux dans une salle en fin d’engraissement.
- L’éleveur nous fait part que les consignes de ventilation ont été baissées quelques semaines auparavant pour éviter une baisse des températures dans les salles d’engraissement.

Résultat du contrôle abattoir (fait sur une bande qui n’a pas toussé)

- Pneumonie
o Note pulmonaire moyenne : 1,82
o 75% de poumons indemnes
o 10% de poumons présentant une atteinte sévère (note > 8/28)

- Pleurésie
o 52% de poumons atteints
o Un contrôle bactériologique est réalisé sur 5 poumons présentant de la pleurésie et des abcès pulmonaires.

- Bilan
o Le contrôle pulmonaire met en évidence un réel problème de pleurésie
o Cependant il n’y a pas réellement de pneumonie

Lésions observées lors du contrôle abattoir : à gauche : pleurésie aigue ;
à droite : abcès hémorragique pulmonaire du à Actinobacillus pleuropneumoniae.



Hypothèses et premières mesures mises en place


A ce stade il est nécessaire de faire une hypothèse sur ce qui circule en engraissement et qui entraîne ces problèmes de saisies à l’abattoir :

o

o Actinobacillus pleuropneumoniae: Actinobacillus est traditionnellement le principal pathogène mis en cause dans les lésions de pleurésie dans les élevages français. Cependant, une explosion d’actinobacillose en engraissement se traduit bien souvent par une augmentation de la mortalité ce qui n’est pas le cas ici.

o Pasteurella multocida : Cette bactérie est très fréquemment présente dans les voies aériennes chez le porc. Cependant dans certaines conditions (surinfection d’un passage viral tel que de la grippe ou du SDRP), elle peut se révéler pathogène et entraîner de la pneumonie mais aussi de la pleurésie.

o SDRP : le SDRP a pu être mis en cause dans des phénomènes de pleurésie.

o La grippe : la grippe entraîne habituellement une hyperthermie importante, de la toux mais aussi une atteinte marquée de l’état général des porcs avec une baisse nette des consommations alimentaires.

- Au final, à ce stade, une sortie d’actinobacillose sur l’engraissement est une hypothèse probable. Cette hypothèse est d’autant plus probable que l’Actinobacillus profite particulièrement des situations de sous-ventilation que l’on peut rencontrer en hiver. Cependant, on peut se demander si l’Actinobacillus est le pathogène primaire ou s’il intervient en surinfection d’un passage viral.

Premières mesures mises en place

Traitement

o Traitement doxycycline (10 mg/kg) pendant 5 jours en engraissement

Diagnostic

o Prises de sang pour PCR grippe et PCR SDRP sur des porcs présentant de l’hyperthermie et ayant toussé dans la salle présentant de la toux.
o 10 porcs bouclés de 70 kg ayant présenté de la toux sont suivi en cinétique sérologique afin de déterminer s’il y a eu ou non circulation de grippe sur les engraissements.
o Profil sérologique SDRP (ELISA IDEXX) et Actinobacillus pleuropneumoniae type 2 en engraissement afin d’évaluer la circulation de ces pathogènes.


Bilan des analyses et mesures mises en place


Bactériologie sur les poumons

Résultats de la bactériologie sur les poumons prélevés lors du contrôle abattoir :

Poumons
et ganglions trachéobronchiques

Bactérie isolée
N° 1
Pasteurella multocida
N° 2
Pasteurella multocida
N° 3
Pasteurella multocida
N° 4
Pasteurella multocida
Actinobacillus pleuropneumoniae biovar 1 sérovar 2
N° 5
Pasteurella multocida

- La bactériologie montre donc une forte présence de pasteurelles (5 isolements / 5 poumons) et l’isolement d’Actinobacillus pleuropneumoniae biovar 1 sérovar 2 à partir d’un seul poumon.

- On peut à ce stade se demander quel est l’agent bactérien principalement responsable des lésions de pleurésie vues à l’abattoir :

o Les pasteurelles sont fréquemment isolées au niveau pulmonaire sans pour autant être à l’origine de lésions de façon systématique, mais elles sont présentes ici en grande quantité et dans tous les poumons
o L’Actinobacillus a été isolé mais seulement sur un des poumons présentant des abcès et des lésions de pleurésie.
o Les antibiogrammes réalisés sur ces deux bactéries ont montré une bonne sensibilité à la doxycycline et à l’amoxycilline.

PCR

- SDRP : les PCR réalisées sur 6 porcs en engraissement (75 kg) se sont révélées positives; Une circulation de SDRP est avérée dans une salle ayant présenté de la toux et de l’hyperthermie.

- Grippe : Les PCR sont négatives .Même si les PCR sont négatives, il est difficile de conclure pour la grippe. Les résultats de PCR grippe sont bien souvent négatifs même si la grippe a réellement circulée. Si l’écouvillon n’est pas pris au tout début du passage grippal, il est bien souvent négatif.

Profils sérologiques

Profil Actinobacillus

Le profil actino nous montre une nette séronconversion à partir de 70 kg. Un tel profil nous indique une circulation d’Actinobacillus qui débute vers le milieu de la période d’engraissement.
On peut donc affirmer que l’Actinobacillus joue un rôle central dans l’apparition des lésions de pleurésie observée à l’abattoir.
Cependant on peut toujours se demander si l’Actinobacillus est intervenu seul ou s’il est intervenu suite à un passage viral.

Profil SDRP


- Tous les résultats sont négatifs pour le SDRP sauf pour un lot de porc à 75 kg.
o Ce profil est relativement atypique, il est rare d’observer pour le SDRP des animaux positifs à 75 kg alors que les animaux plus vieux (115 kg) sont eux négatifs.
o Dans ce cas, 2 hypothèses s’offrent à nous :

- Une circulation récente du SDRP sur les engraissements qui ne se voit que sur une bande de porcs pour le moment (bande ayant présenté le plus de problèmes, c’est dans cette bande que les PCR ont été réalisées). On ne voit pas encore d’animaux positifs dans les autres bandes car les animaux n’ont pas encore séroconverti.

- Une circulation du SDRP hétérogène entre bandes. On aurait une contamination précoce de certaines bandes qui ne se transmet pas de façon verticale entre salles d’engraissement du fait d’une absence de mélange de bande et d’une bonne marche en avant ce qui est le cas sur cet élevage.

- Au final, malgré ce profil sérologique, il est difficile de conclure pour le SDRP. Il faut approfondir le suivi pour pouvoir conclure sur ce sujet.

Profil grippe à J0


- Il est difficile de pouvoir faire des hypothèses à partir de ce profil, il faut attendre la deuxième prise de sang un mois plus tard pour évaluer l’évolution de la situation et ainsi conclure sur la circulation de virus grippal.
On peut cependant noter que quelques porcs de 70 kg présentent des taux d’anticorps élevés (>60) ce qui marque que certains porcs ont rencontré la grippe auparavant. On ne peut pas considérer qu’un titre grippe supérieur à 60 soit lié à des anticorps colostraux sur un porc de 70 kg.

Bilan

- A la lecture de ces résultats, on peut confirmer le rôle majeur de l’Actinobacillus dans les lésions observées :
o L’Actinobacillus est le responsable des lésions qui pénalisent l’éleveur.
o Cependant les causes de l’explosion d’actinobacillose sur l’élevage ne sont pas forcément bien claires :

- Le SDRP circule, mais comment circule t-il et est-il l’agent primaire ayant favorisé cette explosion ?
- Qu’en est-il de la situation pour la grippe ?
- La sous-ventilation est-elle le seul facteur ayant favorisé la sortie d’actinobacillose ?

Mesures à mettre en place

- Mise en place d’un suivi sérologique en fin d’engraissement sur 5 porcs charcutiers toutes les 2 semaines pendant 6 semaines
o But : évaluer si on est en face d’une explosion de SDRP ou d’une contamination hétérogène entre bandes.

- Finalisation du suivi sérologique grippe sur les porcs bouclés un mois après la première prise de sang.

- Mise en place d’un autovaccin Actinobacillus dans le but de limiter les saisies à l’abattoir

o L’Actinobacillus n’est peut être pas l’agent primaire cependant il est le responsable des lésions qui pénalisent l’éleveur.
o Etant donné qu’il est difficile d’agir sur les agents primaires possibles (SDRP ?, grippe ?), il est nécessaire d’agir sur l’Actinobacillus.



Bilan des analyses 1 mois plus tard, évolution et conclusion


Bilan des analyses 1 mois plus tard

SDRP

- Toutes les prises de sang réalisées en fin d’engraissement par la suite sont revenues négatives

• Il est très peu probable que nous ayons fait face à une explosion de SDRP.
• Il y a une contamination en SDRP hétérogène entre bandes. Cette contamination a probablement lieu de façon précoce en maternité mais elle reste jugulée à une bande du fait d’une bonne séparation entre les bandes et d’une bonne marche en avant.


Grippe


- On observe bien que tous les porcs négatifs lors de la première prise de sang se sont positivés un mois plus tard. On a donc bien eu un passage grippal sur les engraissements lors de l’apparition des saisies à l’abattoir.
- Ceci montre bien que les écouvillons nasaux pour recherche du virus par PCR ne sont pas toujours les meilleurs prélèvements pour valider un passage grippal. On a bien eu un passage de grippe mais les PCR sont revenues négatives.

• La technique de la PCR grippe sur les écouvillons nasaux présente un grand avantage : le résultat est rapide et un résultat positif permet de confirmer immédiatement une circulation de grippe. Cependant un résultat négatif ne permet pas de valider une absence de circulation de grippe.
• Il est alors nécessaire de diagnostiquer la circulation du virus de la grippe par un suivi sérologique de porcs bouclés. Cette technique est certes beaucoup plus lente mais elle donne un résultat plus fiable.

Evolution clinique sur l’élevage

- Après le traitement doxycyline, une baisse des températures a été observée.
- Les consommations alimentaires en engraissement sont restées bonnes

Conclusion

- Nous faisons ici face à une sortie d’actinobacillose. Cette sortie fait probablement suite à un passage grippal et à une baisse des consignes de ventilation pour limiter la baisse de température dans les salles d’engraissement en hiver.
- L’efficacité de l’autovaccin n’a pu encore être évaluée du fait de la récente mise en place.


Commentaires

SDRP / Grippe / Actinobacillus : une association de malfaiteurs

Attention aux méthodes de diagnostic

Dans ce cas, les PCR SDRP et grippe ont été réalisées avant le profil sérologique sur l’élevage. A la lecture des résultats de PCR, on aurait pu conclure à une circulation de SDRP ayant favorisé la sortie de l’actino sur l’élevage sans que la grippe puisse être mise en cause.

Cependant en approfondissant la question de la circulation des pathogènes viraux en engraissement via la réalisation d’un profil sérologique, nous avons pu nous apercevoir que cela n’était pas le cas. Il y a bien circulation de SDRP en engraissement mais cette circulation n’est pas généralisée, ce n’est pas le problème principal. Cependant même si la grippe n’a pu être identifiée directement sur l’élevage par PCR, la cinétique sérologique sur 10 porcs bouclés nous indique bien une circulation de grippe sur les engraissements au même moment que l’apparition des troubles liés à l’actinobacillose.

Il faut cependant remarquer que les problèmes respiratoires rencontrés ont été les plus intenses dans la salle où les trois malfaiteurs (SDRP, grippe et actino) ont circulé. Ceci montre bien l’importance de la gestion des co-infections dans les pathologies respiratoires. Une situation stable avec une circulation d’Actinobacillus peut dégénérer suite à un passage viral. Il est donc important de maîtriser les pathologies virales afin de faciliter celle des pathologies bactériennes telles que l’actinobacillose.

Ce cas doit aussi nous faire remarquer qu’il est difficile de savoir quel est l’agent principal qui intervient dans la clinique rencontrée. Ici l’Actinobacillus est probablement présent depuis longtemps, cependant il ne s’exprimait pas, ce n’est donc probablement pas le pathogène principal. Il l’est devenu du fait du passage grippal (et/ou de la sous-ventilation).

SDRP : des circulations parfois intrigantes

Le profil réalisé sur les engraissements est inhabituel. Lorsqu’on retrouve des animaux positifs en milieu d’engraissement, il est rare que ceux en fin d’engraissement ne le soient pas.
La réalisation d’un profil sérologique en engraissement (début, milieu et fin d’engraissement) n’est parfois pas suffisante pour définir la circulation du SDRP et son importance dans la clinique observée sur l’élevage.

Ici, la mise en place d’un suivi sérologique sur le long terme en fin d’engraissement nous a permis de décrire une situation inhabituelle. Une bande positive en SDRP côtoie des bandes négatives sans qu’il y ait de transmission entre bande de SDRP qui puisse être détectée.

L’origine de la contamination de cette bande se trouve probablement en maternité. Malgré la vaccination de masse sur le cheptel truie avec un vaccin vivant, il se peut qu’il y ait toujours une circulation résiduelle de SDRP sur une bande qui entraîne une contamination précoce d’une bande de porcelets.
On peut alors se retrouver avec une bande de porcelets positifs pour le SDRP alors que les autres ne le sont pas. Une bonne marche en avant en engraissement et une absence totale de mélange de bande peut alors expliquer que ce virus ne diffuse pas par la suite de salle en salle.

Au final on peut retirer de cette situation que :
- Des circulations de SDRP atypiques peuvent avoir lieu en engraissement.
- L’interprétation de résultats de sérologie SDRP en fin d’engraissement peut être délicate. Un résultat positif nous indique que l’animal a bien rencontré le SDRP, mais à quel moment l’a t’il rencontré ? Un résultat négatif sur une bande nous indique que le SDRP n’a pas circulé sur cette bande, mais peut-on extrapoler aux autres bandes ?
- Le SDRP même s’il est présent n’est pas toujours le pathogène majeur.

La définition du statut SDRP d’un engraissement par sérologie passe donc par la réalisation d’un suivi sérologique sur plusieurs bandes.

Dr Fabien LARCHER
Vétérinaire
22 - LOUDEAC

Cas cliniques

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