le porc et la Russie

 marchesnel

1 27-Déc-2011 10:45 (il y a 6 ans 8 mois 28 jours)

Le porc russe n'est pas l'ami de son cousin d'importation

En ce qui concerne l'élevage porcin la situation semble, à première vue, moins noire. La rentabilité des projets dans ce secteur est deux fois plus rapide que dans l'élevage bovin, et l'élevage des porcs est plus facile à mettre en place. Près de 30 % du complexe porcin de Russie peut être considéré comme fonctionnant très bien. Le cheptel porcin a atteint 18,8 millions de têtes, soit une augmentation de 10% en un an.

Il existe cependant un point faible: le secteur du traitement primaire se trouve à l'état embryonnaire. Dans la région de Sverdlovsk, par exemple, sur près de 80 abattoirs attestés pratiquement tous ont été construits dans les années 1950 à 1970.

Le porc d'importation, qui correspond au minimum à un quart du marché russe, est stable au niveau de sa qualité. Il est livré en morceaux prédécoupés, et les fournisseurs nationaux proposent pour l'essentiel des semi-carcasses. "Ils arrivent au découpage avec la colonne vertébrale fracassée, tellement la charge de courant électrique qu'ils ont reçue est importante, comme s'ils avaient brisés en deux. En Allemagne, par exemple, les porcs sont endormis avec du gaz carbonique, après avoir eu droit à une douche chaude et à une séance de musique classique", - souligne le copropriétaire de l'usine de charcuterie de Polevskoï "TCHERKASHINE et PARTNER", Alexandre Tcherkachine.

Créer des ateliers de découpage dans les usines de traitement de viande augmenterait sévèrement le coût final de la production. Les producteurs locaux de porc perdent déjà la guerre des prix par rapport aux produits importés qui dictent aujourd'hui le plafond des prix.

Mise à part les importations, l'élevage porcin russe a sérieusement subi les conséquences de la peste porcine africaine. La situation s'est encore aggravée en 2010 et cette année, où une dizaine de régions se sont trouvées dans la zone de contagion. La cause réside dans une série de négligences par rapport aux exigences vétérinaires. Dans la seule région de Koursk, 80 % des élevages porcins contrôlés et 11% des centres vétérinaires vérifiés ont été sanctionnés. La peste africaine ne présente pas de danger pour l'homme, mais est extrêmement dangereuse pour les animaux car elle ne peut pas être traitée, et qu'il n'existe pas de vaccin contre cette maladie. Stopper la transmission du virus n'est possible qu'en exterminant le cheptel entier dans lequel se trouve le foyer de contagion et dans un rayon de 20 kilomètres du cheptel lui-même. Le Ministère de l'Agriculture russe a élaboré un programme de lutte contre la peste, parce que comme l'a avoué le chef du service Elena Skrynnik, la Russie pourrait perdre tout son élevage porcin si des mesures suffisantes n'étaient pas entreprises.

Une viande avec un arrière goût de politique

Les importations de viandes sont autorisées en Russie en fonction d'un étrange principe: en fonction du pays. Le quota général est distribué entre les différents acteurs du marché. L'urgence d'un recours aux quotas est apparue après que le marché russe s'est trouvé inondé de produits importés, sans aucune limitation, dans les années 90. Le gouvernement ne s'est finalement prononcé pour le soutien des producteurs locaux qu'en 2003. Les pouvoirs publics ont calculé la proportion de viande importée auparavant sur le marché, et en fonction de cela ont fixé des quotas. Cependant, cette approche bornée ne permettait pas à de nouveaux acteurs d'entrer sur le marché, ni ne prenait en considération les éventuels cas de force majeure. Ainsi, par exemple, en 2011, la plupart des entreprises du Brésil (l'un des principaux fournisseurs de viande en Russie) ont été bannies pendant quatre mois pour des considérations d'ordre vétérinaire.

Les acteurs du marché de la viande ne comprennent pas les raisons de cette division en fonction des pays: le libre choix des fournisseurs permettrait de chercher les propositions plus avantageuses et de se retourner en cas d'interdictions vétérinaires. De plus, la pratique existante laisse le champ entièrement libre pour le lobbying et le chantage politiques.

La décision de la Russie d'entrer à l'OMC s'est révélé être un nouveau prétexte à l'indignation. L'accord n'a pas encore été ratifié, mais les représentants du complexe agro-industriel tentent déjà de se faire entendre des pouvoirs publics. Comme le souligne le Président de la holding agro-alimentaire "Miratorg" Victor Linnik, il serait raisonnable de relever dans un premier temps le niveau de compétitivité de l'agriculture nationale, avant d'entrer dans l'OMC dans une dizaine d'années, si l'organisation survit jusque là.

Les conditions d'entrée du pays dans l'OMC n'ont pas entièrement été divulguées. D'après des données fragmentaires, on peut déjà supposer l'élevage russe sera coupé à la racine par les importations. Les taxes sur les importations de viande porcine devraient passer de 40 % à 5%, ce qui devrait faire chuter les prix et, par voie de conséquence, l'attractivité des investissements dans le complexe porcin. Quant à la réduction des taxes sur les importations des sous-produits de 25 % à 15 %, elle pourrait rayer les perspectives de l'investissement dans le traitement du porc. L'accord sur l'importation du bœuf dit de "haute qualité" selon des certificats produits par les exportateurs eux-mêmes, en provenance des États-Unis, du Canada ou de l'Argentine, et prévoyant une taxe de 15%, leur permettra d'enlever les morceaux ordinaire pour détourner les quotas sur les importations de viande bovine, souligne V. Linnik. Les experts prévoient pour la Russie des pertes annuelles à hauteur de 5-6 milliards de dollars par an.

Face au très haut niveau de développement technologique des agriculteurs européens soutenus par leurs Etats respectifs, les producteurs agricoles russes peuvent être comparés à des combattants sur un champ de bataille. Les subventions pour les agriculteurs dans les pays de l'UE atteignent 45-50 % du coût de la production marchande produite par ces derniers, au Japon et en Finlande elle s'élève à 70 %, et en Russie seulement à 3,5 %.

Liudmila Solodkova

 

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