stockage privé

 maryline chesnel

1 28-Fév-2011 12:25 (il y a 7 ans 6 mois 24 jours)

Bonjour,


1 – Les demandes :


Selon les données transmises par les Etats membres ce lundi 7 février à 12h, le cumul des demandes déposées pour bénéficier de l’aide au stockage privé, à compter du 1er février, date d’entrée en vigueur du règlement, s’élève à 66.000 tonnes environ de viande de porc. Ce total se décompose comme suit, pour les pays ayant demandé plus de 1.000 tonnes :

1. Allemagne : 19.000 tonnes

2. Espagne : 16.000 t.

3. Danemark : 7.700 t.

4. Pologne : 5.800 t.

5. Pays-Bas : 4.500 t.

6. Italie : 4.200 t.

7. France : 2.700 t.

8. Hongrie : 1.800 t.

9. Autriche : 1.500 t.

10. Belgique : 1.000 t.

Pour information, d’après les informations communiquées par la Commission à la ComAGRI du Parlement Européen hier après-midi, 37.000 t., au total, avait été demandées le jeudi 3 à 12h.


2 – Premières analyses :


- Contrairement à la désinformation entretenue pratiquement jusqu'à la dernière minute sur la non-pertinence de la mesure, l’Allemagne est effectivement d’emblée le premier demandeur et cela ne doit surprendre personne. Subissant de plein fouet la crise de la dioxine, l’Allemagne, premier producteur européen et deuxième exportateur (en viande) pays tiers (+ de 20% des exportations européennes pays tiers en 2010) a bien évidemment pris la carotte financière et a donc souscrit des contrats en quantité importante, bien au delà de son niveau d’exportation hebdomadaire moyen (x3) : il y avait donc bien du stock en arriéré !


- Les dépôts de demande faits en Pologne et aux Pays-Bas, tout aussi disproportionnés (X3) par rapport au courant d’exportation, pourraient traduire une même situation que chez leur voisin allemand.


- Le malheur des uns faisant toujours le bonheur des autres est sans doute la raison qui fait que le Danemark, plus grand exportateur pays tiers de viande (26% des exports sur 2010), n’a souscrit, pour l’instant, qu’un niveau de stockage relativement modeste qui équivaut à peu près, bon an, mal an, à son potentiel d’exportation annuel ramené à la semaine : le Danemark optimise probablement son exportation pays tiers et n’avait, semble-t-il, pas d’arriéré !


- Les 16.000 tonnes déposées par l’Espagne peuvent s’expliquer par l’inadéquation actuelle de l’offre par rapport à la demande ainsi que, peut être, des difficultés avérées de la filière. L’Espagne semble faire des stocks pour le marché intérieur.


- Un dépôt de 4.200 tonnes réalisé par l’Italie qui, là-aussi, ne pourra que revenir sur le marché intérieur. Les opérateurs italiens auraient-ils profité au maximum des largesses des offres allemandes des dernières semaines ?


- Des dépôts de demande en France, Belgique et Autriche, tout juste proportionnels à leur poids respectif dans le courant d’exportation pays tiers de 2010 : il n’y a pas d’arriéré ou de stocks !


3 - Commentaires :


Au-delà de cette première analyse très succincte quant au volume demandé, volontairement mise en parallèle des courants d’exportation pays tiers, il nous importera désormais d’entrer dans le détail des dépôts pour savoir quelles pièces sont stockées et, par la-même, d’en déduire l’utilisation que les opérateurs entendent faire de cette mesure.


Comme maintes fois évoqué oralement, la mesure d’aide au stockage privé adoptée par la Commission, comme l’expose très clairement le considérant 10 du règlement, a pour finalité de restaurer l’équilibre du marché en favorisant les exportations pays tiers.


En effet, le règlement (Cf. copie jointe) prévoit, dans son annexe :


Pour une demi- carcasse, l’aide au stockage fixée par la Commission est de :

- 376€/t pour 90 jours soit ramené au jour 4,17€/t

- 398€/t pour 120 jours soit 3,31€/t/j

- 420€/t pour 150 jours soit 2,8€/j


Pour les pièces (jambon, épaule….) une aide de :

- 416€/t pour 90 jours soit 4,76€/t/j

- 435€/t pour 120 jours soit 3,65/t/j

- 455€/t pour 150jours soit 3,03/t/j


….


On est donc bien sur la base d’une aide inversement proportionnelle à la durée. La décision ne semble donc pas catalyser outre-mesure le stockage des produits dans le temps : trop de risque pour les marchés !


De plus et surtout, l’art. 28 du règlement horizontal qui fixe les modalités du stockage privé (Règlt 826/2008) (disponible sur demande) donne la faculté de rompre le contrat dès le deuxième mois à l’unique et seule condition d’exporter les marchandises vers les pays tiers et de le prouver ; dans ce cas, l’aide est réduite (puisque le stockage est moins long que prévu), mais non pas d’une façon strictement proportionnelle par rapport au montant initial de l’aide, mais par l’application d’un taux journalier spécifique établi par la Commission. Or, dans notre cas précis, la Commission renforce l’objectif en fixant un taux journalier de réduction de l’aide très en-dessous du niveau moyen des contrats :

- Pour la demi-carcasse :

Sur base d’un contrat de trois mois, si l’opérateur dénonce ce dernier après 60 jours, il perdra non pas 125,1 €/t (30 jours x 4,17 €/t) mais seulement 22,2 €/t (30 jours x 0,74 €/t). Un différentiel de 102,9€/t en faveur d’un produit uniquement destiné à être exporté hors de l’UE, n’est-ce pas une restitution déguisée de 10,29 €/100 kg ?

- Pour l’exemple des pièces :

Et sur base du même calcul (toujours à trois mois), cela donne une restitution de 12,33 €/100kg donc un peu plus que pour la demi-carcasse et c’est normal !


En comparaison, sur base du dernier règlement sorti pour le stockage privé dans le secteur du porc en 2007, l’équivalent restits pour la demi-carcasse n’était que de 5,52 €/100kg et de 6,9€/100kg pour les pièces.


Donc, le règlement de 2011 vise bien à favoriser l’exportation pays-tiers en accordant, référence faite au règlement de 2007, une aide aux abatteurs de 80% supérieure à celle de 2007 !


Une autre lecture permet, cette fois-ci, de calculer le différentiel entre l’utilisation de la clause de résiliation anticipée (60 jours) et l’utilisation normale de la mesure de stockage.

Dans ce cas, les calculs font valoir que :

- Pour la demi carcasse, soit l’opérateur essaie d’anticiper le déstockage pour exportation pays tiers et ainsi bénéficie d’une aide de 353,2 €/t pour 60 jours au lieu des 251 €/t d’aides accordés (calculée au prorata des 60 jours s’il décidait de mener à terme le stockage pour revendre la marchandise sur le marché intérieur). Selon cette approche, le fait d’exporter permet aux opérateurs de bénéficier d’une aide à l’export de 40% par rapport au coût de stockage tel qu’estimé.

- Pour les pièces, l’aide est de 396,5 €/t au lieu de 285,6 €/t, soit une aide à l’export de 39% !


Donc, par la porte ou la fenêtre, le but du règlement vise bien à favoriser l’exportation et doit être utilisé à cette fin !


4 - Conclusions :


A moins de plus savoir lire, la mesure prise par la Commission ne consiste pas à stocker des produits sortie hiver (à pas cher) pour les remettre 3, 4 ou 5 mois plus tard sur le marché intérieur au moment où le cycle affichera des prix plus élevés. Face à la crise actuelle qui, pour rappel et à la demande des pouvoirs publics, a conduit à la tenue d’une réunion spéciale à Bruxelles d’un comité consultatif élargi, il serait suicidaire pour les opérateurs d’utiliser la mesure de stockage privé dans le seul but de stocker, c'est-à-dire dans le but de pourrir encore un peu plus le marché dans le temps !


Sauf erreur de notre part, la crise actuelle porte essentiellement sur une inadéquation prix matières premières/prix de la viande. Et, selon la presse, les autorités françaises, les responsables…, les négociations en cours sur les prix font soi-disant valoir d’une position dogmatique des distributeurs qui ne veulent rien accepter ou si peu !


Soyons clair, utiliser le stockage privé pour reporter la vente des produits dans le temps ne pourra que conforter les distributeurs dans leur position : ce ne sont pas des lapereaux de trois jours et ils sont assurés d’avoir des produits à prix bas et stable !


Utiliser le stockage et l’optimiser au maximum de ses limites pour oser aller travailler sur les marchés à l’exportation relève de la responsabilité des grands opérateurs européens exportateurs que sont Danemark, Allemagne, Pologne, France, Espagne et Pays-Bas !


Dans cet esprit, sans doute que les 2.700 tonnes françaises, en première semaine, ne sont qu’une petite erreur de casting ou un simple retard à l’allumage ?!


Vue de notre petite lucarne,

- Comment peut-on encore nous assener que ce qui est impossible aujourd’hui (obtenir, dans les négociations avec la distribution, une augmentation des prix) sera demain réalisé, soit par un cadre réglementaire sur la contractualisation à la française, soit par quelconques démarches privées contractuelles ?

- La notion de contractualisation apparait comme surprenante alors que la priorité française aujourd’hui est d’assurer et d’entretenir l’approvisionnement à bas prix des usines d’éthanol en matière première (110 à 135 €/t), sur base d’un système de péréquation que le monde de l’élevage, premier utilisateur de céréales, risque une fois de plus de devoir payer !!!

- C’est d’autant plus choquant qu’on en oublie les fondamentaux de base : face à la situation subie par les élevages européens, la suppression totale par la Commission des droits à l’importation sur les céréales devient une nécessité absolue. Encore faudrait-il pour cela qu’elle soit soumise, de la part de certains Etats membres, à une pression politique autrement plus impressionnante que ce qu’elle a constaté jusqu’à présent !

- Le marché restant le marché et dans un monde qui a fondamentalement changé, pourquoi ne pas user et abuser des aides au stockage pour tenter de décupler nos ventes à l’exportation : toute petite privation en volume du marché intérieur, aussi modeste soit elle, permettra d’influer favorablement sur la position des négociateurs !

- Utiliser abusivement des fonds publics pour congeler des produits qui, demain, seront proposés en frais aux consommateurs comporte de nombreux risques :

· le prix du congelé va devenir, de plus en plus, le prix directeur au bénéfice des grandes industriels basés outre-Rhin ;

· une réaction négative de la ménagère française pour laquelle le frais pour la viande comme pour les préparations à base de viandes, au grand dam des industriels et des distributeurs, signifie encore quelque chose,

· dans la concurrence entre viandes, et face à la concurrence déloyale qu’ils vont subir dans les rayons, les amis de la volaille lanceront tôt ou tard une communication négative à l’encontre du porc.

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