Maladies parasitaires : évolutions possibles dues aux nouveaux systèmes de production

Bien qu'ayant un impact moins important que les maladies infectieuses, les maladies parasitaires peuvent avoir une incidence notable, et souvent sous-estimée, sur la production porcine. ...
Jeudi 27 Mai 2004 (il y a 13 ans 3 mois 29 jours)

Bien qu'ayant un impact moins important que les maladies infectieuses, les maladies parasitaires peuvent avoir une incidence notable, et souvent sous-estimée, sur la production porcine.

Ces maladies provoquent rarement des pertes directes par mortalité des porcs affectés mais elles peuvent être une cause importante de pertes indirectes. Certaines d'entre elles, comme la trichinellose, sont un problème sanitaire humain d'importance capitale.
Les parasites aggravent l'action des agents infectieux de différentes façons : en ouvrant la voie aux infections par le biais des migrations des parasites, en agissant comme des vecteurs mécaniques ou biologiques des agents infectieux, en diminuant la résistance des porcs et en détériorant ou en annulant l'efficacité des vaccinations.

Dans la production intensive moderne qui s'est développée dans les dernières décades, le contrôle des principales maladies parasitaires dues à des parasites internes a été facilité par les systèmes de logement dans des installations et par des conduites d'élevage qui n'ètaient presque jamais favorables au développement des cycles des agents parasitaires .

Il faut prendre en compte le fait que la majeure partie des parasites internes du porc se transmet par voie orale après ingestion de l'agent parasitaire (à différents stades du cycle). Les porcs parasités éliminent le parasite dans les fèces presque toujours sous forme d'œuf, de larve ou d'une autre forme devant évoluer dans le milieu extérieur puis les porcs récepteurs ingèrent ce parasite sous la forme infectante évoluée. De plus, certains parasites du porc ont un cycle indirect dans lequel participent des hôtes intermédiaires qui ne sont pas fréquents dans les élevages intensifs.
Ainsi, ni le contact avec les fèces infectées, ni la survie et l'évolution du parasite ou de son hôte intermédiaire ne sont faciles sur des sols en ciment, particulièrement sur des sols en caillebotis. Ces paramètres facilitent le contrôle des maladies parasitaires basé sur des traitements antiparasitaires de grande efficacité dont on dispose aujourd'hui.

Chez les porcs adultes, les parasitoses internes les plus importantes en production industrielle continuent à être l'ascaridiose (Ascaris suum) et la trichurose (Trichuris suis). Leur persistance dans les bâtiments est favorisée par leur cycle direct et parce que, dans les deux cas, les femelles produisent une grande quantité d'œufs très résistants dans le milieu extérieur. Néanmoins, dans les œufs éliminés dans les fèces des porcs parasités ont besoin, pour suivre leur maturation, certaines conditions d'humidité et de température adéquates.

Ascaris suum (œufs)
Trichuris suis
Isospora suis

Dans le cas des parasitoses externes, la situation est différente car elles ont toutes une transmission directe. Sans aucun doute, la plus importante est la gale (Sarcoptes scabiei) dont le contrôle a été rendu difficile par le fait que les traitements externes employés classiquement n'étaient pas efficaces sur les œufs et larves du parasite. La mise à disposition des avermectines spécifiquement destinées à un usage chez le porc a facilité le contrôle et même l'éradication de cette importante parasitose.

Les nouveaux systèmes de production, avec des truies en liberté et des sols compacts avec litière de paille rendront sans aucun doute plus difficile le contrôle de certaines maladies , en particulier des maladies parasitaires. Dans ces systèmes de production, le contact avec les fèces est important et permanent et les conditions de température et d'humidité obtenues dans les litières de paille favorisent les cycles évolutifs de nombreux agents parasitaires: les œufs ou les formes non infectantes éliminées dans les fèces des porcs parasités survivent mieux et elles atteignent la forme infectante plus facilement que sur un sol en caillebotis. D'autre part, dans les maladies parasitaires dues à des parasites à cycle indirect, la survie des hôtes intermédiaires peut être plus facile dans les litières en paille.

On peut s'attendre à ce qu'avec les nouveaux systèmes de production l'incidence de maladies parasitaires à cycle direct rares comme l'hyostrongylose (Hyostrongylus rubidus), la strongylose (Strongyloides ransomi), l'œsophagostomose (Oesophagostomum dentatum et O. quadrispinulatum) augmente; il en est de même pour les parasitoses à cycle direct ayant déjà une prévalence importante comme l'ascaridiose et la trichurose. L'incidence des maladies parasitaires dues à des agents à cycle indirect dont les hôtes intermédiaires survivent dans la paille peut aussi augmenter.

Pour ce qui concerne les parasitoses dues à des protozoaires affectant les porcelets, essentiellement la coccidiose (Isospora suis), on ne peut attendre de changements puisque, pour l'instant, le type de bâtiments les concernant ne change pas.

Les ectoparasitoses, en particulier la gale et les infections par les poux et les puces seront aussi plus difficiles à contrôler car elles se transmettent beaucoup mieux entre animaux en liberté et avec des litières de paille.

Il faut cependant tenir compte du fait que pour qu'un bâtiment soit affecté par une maladie parasitaire, il faut en premier lieu qu'il s'infecte et beaucoup de bâtiments actuels sont indemnes en totalité ou en grande partie de maladies parasitaires.

La meilleure mesure de contrôle face à ces nouvelles situations est d'éviter d'introduire des porcs parasités dans l'élevage et de soumettre les animaux devant être introduits à une quarantaine pertinente pendant laquelle les animaux seront analysés, et, le cas échéant, déparasités de façon appropriée.

Pour éviter le développement de maladies parasitaires présentes dans certains élevages, comme l'ascaridiose, le plus efficace est d'appliquer un programme intensif de prévention avant la mise en liberté des truies pour diminuer la pression d'infection. Dans le cas d'un élevage infecté par la gale, l'idéal est aussi d'appliquer un programme d'éradication avant que les truies ne soient mises en liberté.

Pedro Rubio Nistal. Unité des maladies infectieuses et d'Epidémiologie. Département de Santé Animale. Faculté Vétérinaire. Université de León (Espagne).

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