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Qui se risque à faire des prédictions pour 2026 ?

Sara Mazo et Francisco Ruíz font un tour d'horizon de ce qui pourrait affecter le marché des matières premières en 2026... du moins, de ce que nous pouvons prendre en compte avec les informations disponibles.

Après la trêve de Noël, nous sommes retournés à notre particulier animal laborans, comme dirait Byung-Chul Han. Mais à peine neuf jours après avoir célébré l’arrivée de 2026 avec fêtes, résolutions et bonnes intentions pour la nouvelle année, le monde a repris la trajectoire hyperbolique qui caractérise ces dernières années, à une vitesse pour le moins inédite. Nous avons vu le président des États-Unis, Donald Trump, annoncer sur son réseau social que l’unité d’élite Delta Force avait capturé le président vénézuélien, Nicolás Maduro, pour le transférer à New York afin d’y être jugé, des soulèvements en Iran contre le régime des ayatollahs, et à nouveau Trump revendiquer le Groenland. En définitive, des marchés qui dansent au rythme des événements à une cadence impossible à suivre.

Ce n’est pas que nous voulions nous attribuer des médailles — quoique, peut-être un peu — mais l’an dernier, nous avions enfilé la casquette de Nostradamus pour anticiper les facteurs qui marqueraient l’année 2025. Dans notre « palmarès des prévisions » particulier, nous ne nous en sommes pas trop mal sortis, plusieurs des dynamiques que nous avions identifiées — notamment le poids croissant de la géopolitique et de la guerre commerciale — s’étant effectivement confirmées au fil de l’année. Quel est le problème aujourd’hui ? Vu la façon dont l’année a commencé, qui osera encore faire des prévisions !

Sachant que nous avons toutes les chances de nous tromper, tentons d’anticiper ce que nous réserve 2026. Le facteur le plus important est la dégradation progressive de la mondialisation et des normes internationales qui assuraient une gouvernance globale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À l’inverse, nous semblons avancer vers un monde où les grandes puissances recherchent des zones d’influence. L’exemple le plus frappant est la capture de Maduro par les États-Unis. Le pétrole n’explique pas à lui seul un événement aussi complexe, d’autant plus qu’il se négocie autour de 60 dollars et que les États-Unis, grâce au fracking, ont réduit leur dépendance aux importations de brut. Le gouvernement américain impose une nouvelle doctrine Monroe, centrée sur le continent américain et ses environs, au détriment de son rôle de garant global. Parallèlement, la Chine accroît son influence en Afrique (investissements massifs dans les ports et les infrastructures) ainsi qu’en Asie-Pacifique, et n’entend pas perdre de terrain en Amérique du Sud (où elle a également financé des infrastructures clés dans plusieurs pays). La Chine était le principal acheteur de pétrole vénézuélien, réglant ces derniers mois en renminbis et en cryptomonnaies, afin d’affaiblir le dollar comme monnaie hégémonique dans le commerce pétrolier. Avec la capture de Maduro et la « supervision » américaine du pétrole vénézuélien, la Chine devra trouver d’autres fournisseurs. L’Iran pourrait en faire partie — c’est là que les récentes révoltes en Iran et la pression exercée sur le régime des ayatollahs prennent à nouveau toute leur importance. De son côté, la guerre en Ukraine se poursuit, même si elle ne fait plus la une des médias. Ces mouvements tectoniques à l’échelle mondiale pourraient devenir un nouveau driver des ambitions de Vladimir Poutine visant à reconquérir des zones d’influence en Eurasie, conformément aux thèses d’Aleksandr Douguine, idéologue de référence du président russe. Il est important de souligner qu’avec la menace de Trump sur le Groenland, nous assistons à un épisode où un membre de l’OTAN menace un autre allié (le Danemark), ce qui fragilise encore davantage l’organisation et place l’Europe dans une situation délicate, après des années à s’être appuyée sur les États-Unis comme garant de sa sécurité militaire.

Concentrons-nous maintenant sur l’Union européenne. L’UE semble désorientée dans ce nouveau contexte, sans cap clair, se limitant à publier des tweets exprimant sa « deep concern » (profonde préoccupation) à chaque initiative des autres puissances. Elle a besoin d’un leadership capable de concilier les intérêts divergents des États membres. Pari risqué pour 2026 : gardons un œil sur Mario Draghi et son rôle potentiel au sein de l’UE. Par ailleurs — et c’est essentiel — l’UE a une nouvelle fois repoussé l’application de l’EUDR, connue comme la loi sur la déforestation, que nous avons déjà évoquée à plusieurs reprises. Elle devait entrer en vigueur le 31 décembre, plongeant le marché dans la confusion : application, suspension, puis report… jusqu’à la fin de l’année. Tel un jour sans fin, nous voilà repartis pour douze mois supplémentaires ; il serait souhaitable, pour une fois, que les entreprises n’aient pas à attendre la dernière minute pour prendre leurs décisions. Autre sujet brûlant : le pacte Mercosur. Ce vendredi, il y a à peine quelques heures, l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord avec le bloc Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay. Cet accord suscite de fortes inquiétudes et controverses sociales dans plusieurs pays, notamment en France, grand pays agricole. Un mécontentement qui devrait se traduire par des mobilisations dans les semaines à venir, accentuant encore la pression sur un gouvernement déjà fragilisé.

Les récoltes ont été abondantes cette dernière année et nous disposons toujours de stocks de fin de campagne confortables. Nous abordons maintenant des mois décisifs pour l’évolution des semis dans l’hémisphère Nord, qui détermineront les récoltes estivales. Il sera crucial d’en suivre l’évolution.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis reste latente. Certes, le ton s’est adouci, mais un règlement durable est encore loin. La Chine s’était engagée à acheter 12 millions de tonnes de soja américain en 2025, puis 25 millions de tonnes par an de 2026 à 2028. À ce jour, les achats atteignent environ 10 millions de tonnes. Reste à voir si les engagements seront respectés.

Si les marchés boursiers continuent d’évoluer à des niveaux records malgré l’incertitude politique mondiale, les fonds maintiennent des positions vendeuses sur le blé (notamment sur le MATIF). Les fonds resteront vendeurs tant que les récoltes de cet été s’annonceront bonnes ou excellentes, mais devront couvrir leurs positions à la moindre perturbation climatique susceptible de modifier les prévisions.

Permettez-nous de conclure cet article par une licence stylistique qui illustre parfaitement l’époque que nous vivons : le survêtement que portait Maduro sur la photo censée prouver sa capture, d’une célèbre marque américaine, s’est retrouvé en rupture de stock quelques minutes après la publication de l’image. En période de turbulences, il y a toujours des opportunités commerciales.

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