Intoxication par H2S

Motif de l’appel et hypothèses
Lundi 20 Août 2007 (il y a 10 ans 9 mois 6 jours)
Motif de l’appel et hypothèses


Motif de l’appel : 30 mortalités dans une salle d’engraissement

Tout commence par l’appel d’un éleveur, pour un problème de mortalités brutales dans une salle d’engraissement : 30 morts de 50 kg environ constatés en milieu d’après midi. Au téléphone, l’éleveur me fait remarquer que, à l’occasion de ce constat :

o la vis d’alimentation était rompue dans cette salle et 500 kg à une tonne d’aliment étaient tombés dans la fosse,
o l’ambiance était lourde à l’entrée dans la salle,
o pour la plus grande part, les autres porcs présents dans la salle présentaient une détresse respiratoire. L’éleveur a déplacé ces animaux dans une autre salle,
o le ventilateur n’avait pas cessé de fonctionner.

Mon confrère, qui suit habituellement l’élevage, était d’ailleurs passé la veille pour la prophylaxie Aujeszky et ne m’avait pas fait part de problème particulier. Le technicien qui visite régulièrement l’élevage m’indique que l’éleveur est animalier, qu’il possède par ailleurs un troupeau de vaches laitières et des cultures.

Hypothèses diagnostiques avant la visite

Ne connaissant pas moi-même cet élevage d’engraissement à façon, ni l’élevage de naissage, je m’interroge tout d’abord sur les différentes causes possibles :

· L’étouffement est ma première hypothèse, mais le fait que le ventilateur n’ait pas cessé de fonctionner me laisse perplexe quant à cette possibilité. L’arrêt momentané du ventilateur est-il possible sans que l’éleveur s’en aperçoive ?

==>La visite visera essentiellement à vérifier le système de ventilation, notamment :
  - La hauteur du lisier-caillebotis
- Les surfaces d’entrées d’air
- Le réglage du boîtier
- Le montage du ventilateur (fonctionnement du ventilateur à l’envers ?)

· Une Intoxication

  - Aux gaz, notamment le sulfure d’hydrogène (H2S). La chute de l’aliment dans le lisier peut-elle, à elle seule, induire un brassage du lisier suffisant et conduire à une intoxication, y compris lorsque le ventilateur continue de fonctionner ?

- Au sel (par privation d’eau). Cette hypothèse me paraît peu plausible dans la mesure où les porcs survivants présentent des symptômes respiratoires

- Aux pesticides/herbicides
Je pense notamment à une contamination éventuelle du circuit d’eau par des pesticides ou herbicides induite par un effet « siphon » au moment où l’éleveur remplit le pulvérisateur.

- Aux rodenticides

- Une intoxication via l’aliment devra également être envisagée mais me paraît peu plausible. Tous les porcs de l’élevage consomment le même aliment alors que les problèmes semblent cantonnés à une seule salle. Par ailleurs, aucun autre cas n’a été relevé dans les autres élevages livrés par l’usine d’aliment du bétail qui livre régulièrement cet éleveur.

· Les principales infections qui me paraissent envisageables sont :

  - L’actinobacillose
- La grippe
- La salmonellose



Visite d’élevage


Le bâtiment d’engraissement de 400 places est divisé en 4 salles, contenant chacune 4 cases de 25 porcs. Les salles, caillebotis intégral, « grand volume », sont ventilées par dépression extraction haute.

Schéma de la salle 4


Les 30 mortalités dans la salle d’engraissement n°4, en bout de bâtiment, sont réparties de la façon suivante :

- 17 morts dans la 1ère case, proche de la porte
- 12 morts dans la 2ème case,
- Aucun mort dans la 3ème case au-dessus de laquelle se trouve le ventilateur
- 1 mort dans la 4ème case, au fond.

Les animaux survivants de la salle ont été transférés dans une autre salle. Au moment de ma visite, soit 4 heures environ après le constat de l’éleveur, aucun signe clinique n’est remarqué sur ces porcs au moment du constat (excepté quelques porcs apathiques).

Je constate qu'effectivement la vis d’alimentation est rompue au-dessus de la cloison qui sépare les cases 2 et 3.. Par contre, il m’est difficile d’évaluer la quantité d’aliment tombé dans la fosse.

L’examen du système de ventilation ne montre pas de faille visible (extraction de l’air correcte, réglage du boîtier de ventilation satisfaisante, surfaces d’entrée d’air dans la salle suffisante). La hauteur du lisier-caillebotis est mesurée : 45 cm.



Examen des animaux et autopsies


Examen des animaux

Aspect extérieur des animaux morts :

- La position des animaux morts (certains sur le ventre) et l’absence de lésions cutanées, (généralement observées lorsque les congénères « s’acharnent » sur un porc malade) est inhabituelle et laisse supposer une mort brutale sur l’ensemble des porcs concernés. (Photo1)
- Les animaux présentent une stase sanguine déclive et une congestion marquée de la tête. (Photo 2)
- Les marques du caillebotis sur la peau sont nettement visibles. (Photo 3).
- La plupart présente des spumosités sanguinolentes au niveau du groin. (Photo 4)

Photo 1: position inhabituelle des animaux morts
Photo 2: stase sanguine déclive et congestion de la tête
Photo 3:marques visibles du caillebotis
Photo 4: spumosités sanguinolentes au niveau du groin

Autopsie

Autopsie de 3 porcs

- Cavité thoracique

o Hydropéricarde constaté sur 3 porcs.

o Sur un des porcs, présence de flammèches de fibrine dans le thorax et l’abdomen.

- Poumon,

o Œdème interlobulaire marqué pour les 3 porcs, particulièrement les lobes apicaux et cardiaques. Des zones congestives sont également observées, particulièrement au niveau des lobes diaphragmatiques (Photos 6 et 7).


- Abdomen,



o Congestion marquée de l’intestin grêle. (Photo 9)

o Contenu intestinal normal.

o Nombreuses traces de migration larvaire sur un des foies

Conclusion des autopsies :


Les lésions observées semblent compatibles avec un étouffement ou une intoxication par des gaz.

Toutefois, la présence de fibrine dans le thorax et l’abdomen sur l‘un des sujets autopsié indique une infection bactérienne possible mais les lésions observées ne me semblent pas compatibles avec une actinobacillose ou une salmonellose.



Conclusions et évolution


Conclusion de la visite

Par précaution, je prélève deux échantillons d’eau et deux échantillons d’aliment, dont un que je fais conserver par l’éleveur pour une éventuelle procédure contentieuse.

Je prélève également deux poumons qui seront conservés au frais durant la nuit.

Je conclus ma visite par la rédaction d’un rapport destiné notamment à l’expert de l’assureur, mentionnant les lésions observées lors de l’autopsie et mes hypothèses diagnostiques d’étouffement ou d’intoxication aux gaz H2S.

Suite des évènements, évolution

Le lendemain, une nouvelle mortalité est constatée sur un des porcs « apathiques » la veille. Les autres porcs ne présentent pas de signes cliniques anormaux. Je ne vois donc pas la nécessité de réaliser des analyses complémentaires.

Aux vues de ces différents éléments, l’expert de l‘assurance a conclu également à des mortalités consécutives à une intoxication par les gaz ; la chute de l’aliment étant à l’origine du brassage du lisier. Cet expert avait déjà relevé ce type d’accident dans d’autres élevages.

Conclusion du cas

L’intoxication aux gaz est fréquente lors de brassage de lisier. Des accidents de ce type sont régulièrement relevés, y compris des accidents humains.

Le gaz H2S (hydrogène sulfuré) est le plus toxique et est vraisemblablement responsable des mortalités. H2S est le produit de dégradation des protéines par les bactéries anaérobies du lisier. En l’absence de brassage, ce gaz reste dans le lisier.


Commentaires

Ce cas clinique décrit une intoxication par le gaz H2S (hydrogène sulfuré) après brasage du lisier; la chute de l’aliment étant à l’origine du brassage du lisier

L’homme est capable de détecter ce gaz à de très faible concentration (0,025ppm) dans l’air. Il y a peu ou pas d’effet nocif sur la santé humaine à ces concentrations. Cette détection induit une sorte de signal et conduit les hommes à ce soustraire de cette exposition.

En revanche, et de façon très étonnante, à des concentrations plus importantes, (supérieures à 200 ppm), le sulfure d’hydrogène conduit à une sorte de paralysie du système olfactif. Ainsi, les hommes qui constatent ce type d‘accident sur les animaux peuvent être très facilement victimes de cette intoxication. Il faut donc toujours avoir à l’esprit ce type de danger et ne pas rester dans la salle avant d’avoir pris des mesures suffisantes : aérer la salle pendant un long moment et surtout ne pas intervenir seul dans la salle.

Dans le cas que j’ai suivi, l’éleveur a eu le bon réflexe d’aérer la salle avant de déplacer les animaux survivants.

Enfin, concernant le risque financier, les propriétaires d’animaux devront vérifier, lors de la rédaction du contrat d’assurance ou d’un contrat à façon, que ce cas précis est bien couvert. Dans notre cas, cette clause est d’autant plus difficile à assurer que le propriétaire des animaux n’est pas lui-même l’assuré du bâtiment.

Cas cliniques

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