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Présence simultanée de la forme clinique et subclinique de l'iléite dans un même engraissement

L'iléite se présente sous différentes formes dans un même engraissement et il est fréquent que la forme subclinique cohabite avec une forme plus aigue et grave.

Vendredi 20 Septembre 2013 (il y a 4 ans 7 mois 5 jours)

Anamnèse I. Description de la structure de production

Le cas qui suit a lieu chez un engraisseur de 2000 places chez qui on amène des porcelets de 20 kg.

Ces porcelets proviennent d'une structure de production qui est composée d'une exploitation de 1200 truies reproductrices, avec une phase de PS sur l’élevage même et 8 engraisseurs associés totalisant une capacité de 11 800 places.

Cette structure est localisée en Aragon, Communauté autonome située au nord-est de l'Espagne, dans le canton de la Hoya de Huesca.

L'élevage est conduit en lots hebdomadaires. Il reçoit du cheptel de renouvellement externe et travaille avec une ligne génétique conventionnelle LW * LD et pour finaliser du Pietrain

Anamnèse II. Statut sanitaire de l'élevage

Renouvellement Elevage
Positif Négatif Positif Négatif
Pneumonie enzootique Rhinite atrophique Pneumonie enzootique Dysenterie porcine
SDRP Dysenterie porcine SDRP (stable*) Aujeszky
Gale Rhinite atrophique
Aujeszky Gaale

* Les analyses réalisées sur les sérums de 30 porcelets de 3 semaines de vie ont donné un résultat négatif par PCR SDRP, au moment de l'apparition du cas et pendant toute l'année précédente. Les sérologies SDRP réalisées aussi sur des porcelets de 9 semaines de vie ont donné un résultat négatif.

Les truies de renouvellement entrent dans l'élevage à 7 mois. Ici commence le plan vaccinal qui se base sur une primo-vaccination et une revaccination chaque 10 jours contre le SDRP, l'Aujeszky, la rhinite atrophique et le parvo-rouget.

Pour le reste des truies reproductrices le plan vaccinal est le suivant :

  • Nullipares :
    • Vaccination et revaccination de coli-clostridium à 75 et 90 jours de gestation
    • Rhinite atrophique à 75 jours.
  • Le reste :
    • Coli-clostridium à 90 jours de gestation
    • Rhinite atrophique à 75 jours de gestation
    • Parvo-Rouget à 10 jours après mise-bas
  • Vaccination de masse tous les 3 mois avec le vaccin atténué du SDRP.

Sur les porcelets :

  • Vaccination M. hyopneumoniae, dose unique à 7 jours d'âge.
  • Vaccination contre le SDRP aux 4 semaines de vie.


Anamnèse III. Description et situation sanitaire précédent l'apparition du cas chez l'engraisseur

L'engraisseur où a lieu le cas dispose deux bâtiments de construction récente, de 1 010 places chacun.

On effectue un tout plein tout vide strict dans chaque bâtiment, bien qu'il puisse y avoir deux lots en même temps. De sorte que parfois un bâtiment finit de se vider quand des porcelets entrent dans l'autre.

Les bâtiments sont séparés de 10 mètres et disposent d'une ventilation naturelle et des fenêtres automatiques.

L'eau est du réseau, elle va directement dans un réservoir de 50 m3 où l'on traite périodiquement avec des péroxydes.

Toutes les mesures de biosécurité obligatoires sont appliquées.

Elevage de porcs

Type d'alimentation : en trémie hollandaise avec abreuvoir bols

  • Date d'entrée
    • Bâtiment 1 : 26 décembre 2012
    • Bâtiment 2 : 14 janvier 2013
  • Poids d'entrée
    • Entrée Bâtiment 1 : nbre = 1 003 : Poids : 22 066 kg (22 kg
    • Entrée Bâtiment 2 : nbre = 1 020 ; ¨Poids : 21 174 kg (23,7 kg)
  • Type d'aliment
    • Aliment 1 : Entrée 120 ppm colistine, 300 ppm amoxicilline (10 kg/porcelet)
    • Aliment 2 : démarrage (40 kg/porc)
    • Aliment 3 : croissance (60 kg/porc)
    • Aliment 4 Finition (100 kg/porc)

Au moment de l'apparition du cas la mortalité est de 0,7 %. Ces pertes présentent dans leur majorité des lésions compatibles avec la maladie de Glässer, et apparaissent après trois semaines de séjour dans l'engraissement dans les deux bâtiments

On parvient à contrôler les deux processus avec un traitement dans l'eau avec de l'amoxicilline 50 % à 0.4 g/10 kg PV/jour, pendant 4 jours.

Présentation du cas

Le 18 mars 2013 le responsable de l'engraissement informe qu'il a placé cinq porcs du bâtiment 2 en salles d'infirmerie (les derniers entrés et avec environ 17 semaines de vie), dont un mort et les autres qui ne pouvaient pas être introduits. Il observe en plus des fèces pâteuses dans le reste du bâtiment.

Lors de la visite de l'élevage on observe les symptômes et les lésions suivantes :

Symptômes.

  • 4 animaux. Tableau aigu
    • Âge 16-18 semaines de vie.
    • Pâleur, anorexie.
    • Refusent de manger
    • Diarrhées jaunâtres avec présence de fibrine.
    • L'un d'eux avec du sang coagulé dans les fèces présente de l'ictère.
  • Sur le reste. Tableau léger
    • Dans 60 % des cases
    • Fèces pâteuses, verdâtres et avec aliment non digéré.
    • Malgré le fort pourcentage de cases atteintes, les signes cliniques dans ces salles étaient légers et les porcs ne présentent aucun signe notable.

	Diarrhée jaunâtre avec présence de fibrine

Lésions.

Sur des porcs au tableau aigu (autopsie sur un porc atteint et sacrifié avec du penthotal sodique).

  • Lésions macroscopiques.
    • Epaississement de la muqueuse dans la partie distale de l'intestin grêle (iléon terminal) qui se présente rigide et qui s'observe à travers la séreuse.
    • Iléite proliférative dans la zone proche de la valve iléocæcale. Muqueuse humide avec des plis et très épaissie.
    • Présence de franges légèrement collées.
    • Ganglions lymphatiques mésentériques hypertrophiés.

Epaissisement de la muqeuse en partie distale de lintestin grêle

Diagnostic

Diagnostic différentiel

  • Entéropathie proliférative
  • Coli par brachyspira spp
  • Salmonella typhimurium
  • PCV2
  • Diarrhée mécanique d'origine nutritionnelle

Diagnostic de suspicion

  • Entéropathie proliférative

Diagnostic de laboratoire

  • On récolte les échantillons suivants pour analyse :
    • 15 sérums répartis dans toutes les salles.
    • Prélèvements de fèces. On récolte des échantillons directement à partir de l'animal. Sur 6 animaux aux fèces molles, répartis sur tout l'élevage, et mélangées dans deux flacons (trois échantillons par flacon).
    • Un échantillon, pris de l'animal abattu, de l'iléon terminal conservé dans du formol.
  • On demande :
    • Sérologie Lawsonia intracellularis.
    • PCR Lawsonia intracellularis sur les féces
    • Analyse histopathologique d’un échantillon d’iléon de la zone proche de la valve iléocécale.

Résultats

  • Sérologie. On a détecté une séroconversion en Elisa sur 35% des sérums. Cela ne détermine pas le moment d'infection mais bien qu'à un certain moment on a eu l'infection dans cet élevage.
  • PCR. Positif sur un des trois échantillons envoyés.
  • Analyse histo-pathologique :
  1. Atrophie des villosités intestinales. Hyperplasie dans les cellules des cryptes (entérocytes immatures).
  2. Déplétion du nombre de cellules caliciformes.

Diagnostic définitif

Enteropathie proliférative

Traitement et mesures de contrôle

  • Traitement avec de la tylvalosine en eau de boisson pendant cinq jours (4.25 mg/Kg P.V jour).
  • Traitement injectable de tous les animaux des cases atteintes avec de la tiamuline (20%) pendant trois jours consécutifs (10 mg/Kg PV jour).
  • Administration d'un aliment médicamenteux avec 100 ppm de tylosine pendant 14 jours. Après le traitement oral dans l'eau.

Résultats

Comme dans n'importe quel cas qui se présente, il est important de connaître les indices zootechniques historiques.

Cette information d'une part nous donne une situation de l'engraissement par rapport à d'autres de la même pyramide de production et d’autre part nous permet de comparer des lots dans le même engraissement et surtout nous servira d'outil de mesure du succès des mesures correctives mises en place après l'apparition du cas

Moyenne historique Lot à problème
Jours de séjour 126 116
Mortalité 3,22 1,8
% de porcs à faible poids 2,16 0,73
IC 2,55 2,59
GMQ 679 699
Médicaments (€/porc) 1,64 1,65

Les résultats finaux de l'engraisseur ont été étonnamment meilleurs que les résultats historiques pour cette pyramide de production. Ceci nous indique, d'une part que les mesures prises se sont avérées efficaces et d'autre part cela nous amène à penser à l'hypothèse que Lawsonia intracellularis peut jouer un rôle important dans cette pyramide de production.

A partir de cette hypothèse on a décidé de déterminer le moment d'infection et d'établir une règle de traitement à partir de maintenant.

Pour ce type de modèle de production il est très courant de situer le moment le plus probable de l'infection autour des 14-17 semaines de vie (Broonsvoort et al. 2001 ; Masterller et al 2003).

En tout cas il est décidé d'effectuer un profil sérologique transversal pour déterminer la dynamique d'infection par Lawsonia intracellularis dans cette pyramide de production.

On a recueilli 6 sérums à intervalles de deux semaines depuis la semaine 12 jusqu'à la 22.

Donc, sur 36 sérums, on a effectué un test ELISA pour lequel 7 sérums se sont avérés positifs, tous ceux après la semaine 16.

Séroprévalence

Séroprévalence

Traitement 2

On a décidé d'administrer un macrolide (tylosine) à raison de 100 ppm dans l'aliment médicamenteux en deux fois. La première fois à 14 semaines de vie dans l'aliment et pendant 2 semaines (sur les 2 semaines de séjour dans l'engraissement) et une seconde fois de la même façon et à la même dose trois semaines plus tard.

Résultats 2

Moyenne historique Lot à problème Reste des engraissements*
Jours de séjour 126 116 123
Mortalité 3,22 1,8 2,65
% de porcs de faible poids 2,16 0,73 1,47
IC 2,55 2,59 2,56
GMQ 679 699 683
Médicaments (€/porc) 1,64 1,65 1,76

* Le nombre de données n'est pas suffisamment important pour pouvoir établir les différences statistiquement significatives entre les groupes "moyenne historique" et "reste des engraissements", ces résultats, bien que prometteurs, peuvent ne pas être concluants.

Conclusions

L'entéropathie proliférative (EP) ou l'iléite est une maladie dont les symptômes et les lésions sont déjà connus depuis 1930, mais ce n’est qu’en 1974 que Rowland & Lawson découvrent la présence d'une bactérie dans les cellules avec une prolifération anormale. Et ce n'a été qu'en 1993 qu’on a démontré l'action de Lawsonia intracellularis comme agent étiologique de la maladie. De nos jours on sait que jusqu'à 96% des exploitations et 30% des porcs au niveau mondial, dans les âges compris entre le sevrage et la finition sont touchés.

Comme on a pu voir dans le cas exposé, l’EP se présente sous différentes formes,, y compris dans le même engraissement, et il en résulte souvent que cohabitent la forme sub-clinique et légère de la maladie avec une forme plus aiguë et grave, les deux ayant une répercussion directe sur les principaux indices zootechniques de l'engraissement en rapport avec la rentabilité économique comme l'IC et le GMQ, même si d'autres comme la mortalité peuvent ne pas être très touchés.

Dans le cas, on expose une des multiples possibilités de contrôle et de traitement de la maladie.

En choisissant deux macrolides comme la tylvalosine et la tylosine comme antibiotiques de choix.

D'autres traitements avec la lincomycine et la tiamuline ont été également efficaces dans diverses études publiées.

Ce qui est important dans l'utilisation d'antibiotiques pour le contrôle et le traitement de la maladie c'est de déterminer le moment optimal d'application en utilisant les outils diagnostiques décrits dans le cas pour déterminer le moment de l'infection et de la maladie. Un bon outil en ce sens est la sérologie, en prenant des échantillons toutes les deux semaines depuis la semaine 8 de vie à la semaine 22. Dans des systèmes de production comme celui présenté dans le cas on peut effectuer ce contrôle avec un profil transversal

Des traitements excessivement précoces ou prolongés empêcheront le développement d'une bonne immunité active sur les porcs. Au contraire si le traitement se fait tard, un grand nombre de porcs développeront la maladie et le degré de lésion au niveau intestinal sera plus important.

L'utilisation de vaccins atténués par voie orale est aussi très étendue et de la même manière est efficace pour le contrôle de la maladie, comme il a été décrit dans de nombreux articles publiés. Son administration sur les porcelets donne l'immunité suffisante comme pour supporter le challenge postérieur sur le terrain par Lawsonia intracellularis.

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