Cas aigu de SDRP

Le vétérinaire décrit un cas aigu de SDRP apparu dans un élevage naisseur-engraisseur en Bretagne

Jeudi 9 Décembre 2010 (il y a 7 ans 9 mois 14 jours)
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Description de l'élevage et appel de l'éleveur


Description de l'élevage et de la situation

Il s'agit d'un élevage naisseur engraisseur de 110 truies sur un seul site dans une zone de forte densité porcine dans l’Ouest de la France, en Bretagne.

Il s’agit d’un élevage neuf peuplé 6 ans auparavant à partir de cochettes de renouvellement indemnes de SDRP et de mycoplasme.

L'éleveur achète ses cochettes à l'extérieur ainsi que les doses d'insémination. Au cours des 10 mois ayant précédé l’appel, il y a eu 3 changements d’origine des cochettes de renouvellement.
La conduite est en 3 bandes et le sevrage a lieu à 28 jours.
L’aliment est également acheté et l’eau provient du réseau

L’exploitation est gérée par l’éleveur et son épouse. Ils sont extrêmement rigoureux du point de vue biosécurité interne = gestion des aiguilles et de la marche en avant par exemple.

Statut sanitaire

- SDRP : négatif depuis le peuplement
- Actinobacillus pleuropneumoniae : négatif pour les sérotypes 2 et 1-9-11
- Maladie d'Aujeszky : négatif
- Mycoplasma hyopneumoniae : absence de clinique depuis le peuplement
- Gale sarcoptique : positif

Prophylaxies effectuées

- Parvovirose (truies et cochettes)
- Rouget (truies et cochettes)
- Clostridiose (truies et cochettes)
- Ivermectine (truies et cochettes)

Appel de l'éleveur

L'éleveur, très inquiet, nous appelle en février 2007 pour nous signaler des problèmes respiratoires importants en engraissement. En 6 ans, il n’avait connu qu’un épisode rapidement rentré dans l’ordre (uniquement traité avec des antipyrétiques).
Cette fois, malgré un traitement avec du paracétamol, la toux en engraissement n’a absolument pas rétrocédé.
Les soucis ont commencé en aout 2006. Nous ne connaissions pas cet éleveur auparavant.


Premiers résultats d’analyse de septembre 2006


Suite à notre demande, l’éleveur nous a transmis différents documents afin de préparer au mieux la visite.

Nous analysons des résultats d’analyses effectuées par un confrère début septembre soit 2-3 semaines après le début des signes cliniques et discutons des conseils prodigués.

Sérologies sur les reproducteurs en gestation

Référence animal
Sérologie SDRP IDEXX
Cochette 1
Négatif
Cochette 2
Négatif
Cochette 3
Négatif
Cochette 4
Négatif
Cochette 5
Négatif
Cochette 6
Négatif
Cochette 7
Négatif
Cochette 8
Négatif
Rang 2
Négatif
Rang 4
Négatif
Rang 6
Négatif
Rang 4
Négatif
Rang 5
Négatif
Rang 3
Négatif
Rang 2
Négatif


Toutes les sérologies sont négatives vis-à-vis du SDRP.

Sérologies sur les issus

Référence animal Sérologie SDRP IDEXX Mycoplasma hyopneumoniae
Porc 70 j
Négatif
NR
Porc 70 j
Négatif
NR
Porc 70 j
Négatif
NR
Porc 70 j
Négatif
NR
Porc 70 j
Négatif
NR
Porc 110 j
Négatif
NR
Porc 110 j
Négatif
NR
Porc 110 j
Négatif
NR
Porc 110 j
Négatif
NR
Porc 110 j
Négatif
NR
Porc 160 j
Négatif
Positif
Porc 160 j
Négatif
Positif
Porc 160 j
Négatif
Positif
Porc 160 j
Négatif
Négatif
Porc 160 j
Négatif
Douteux
Porc 160 j
Négatif
Négatif
Porc 160 j
Négatif
Positif
Porc 160 j
Négatif
Négatif


Contrôle abattoir et analyse sur poumon prélevé à l’abattoir

Un contrôle abattoir (notation sur 28) a été réalisé début octobre 2006 sur 50 poumons, les résultats sont très mauvais :

% poumons note 0
21%
% poumons avec forte lésions (>5)
34%
Note moyenne
6,7
% pleurésies
0

Un poumon représentatif de ce contrôle a été envoyé à l’abattoir pour histologie et bactériologie. La bactériologie n’a révélé qu’une faible présence de Pasteurella multocida (code quantification : 1 à 10 colonies).


L’histologie a donné la conclusion suivante :

« Alvéolite sérocellulaire étendue : macrophages alvéolaires, lymphocytes et plasmocytes essentiellement, quelques polynucléaires. Par endroits, on note une légère hyperplasie des pneumocytes de type 2. Inflammation mononuclée péribronchiolaire diffuse et parfois nodulaire.
Synthèse : Association de lésions évocatrices d’origine virale et quelques nodules lymphoïdes évocateurs d’origine mycoplasmique »

Actions mises en place

Suite à ces différents résultats, il a été proposé à l’éleveur la mise en place :

- d’une double vaccination mycoplasme au sevrage et 3 semaines après
- d’un aliment 1er âge supplémenté avec colistine, tilmicosine et vermifuge


Visite de l’atelier en février 2007


Quarantaine

La quarantaine est isolée de l’élevage, les cochettes sont reçues par lot de 8 toutes les 6 semaines (une livraison permet le renouvellement d’une bande)
La conduite s’effectue en tout plein tout vide avec nettoyage et désinfection entre les lots.
Les cochettes proviennent d’un multiplicateur du sud de la France depuis 2 lots. Elles sont indemnes de SDRP, de mycoplasme et d’actinobacillus.
Les deux lots précédents étaient issus d’un multiplicateur de Bretagne avec un niveau de garanties inconnu de l’éleveur.
Auparavant encore, elles provenaient du multiplicateur qui avait effectué le peuplement.
Pas de signe pathologique observé sur les cochettes ce jour, pas d’historique non plus signalé par l’éleveur.

Gestante

Les résultats de reproduction sont bons : >90% fertilité, moyenne de 12 sevrés sur le 2ème semestre 2010.
Il y a eu une mise-bas avant terme dans le mois précédent la visite mais aucun avortement n’a été signalé.
Au cours de la visite 3 toux ont été entendues, rien d’autre d’anormal n’est relevé.

Maternité

Nous observons une bande ayant mis-bas il y a 3 semaines.
Les résultats sont très corrects : environ 11,5 à 12 sevrés selon les bandes.
Les porcelets sont homogènes, on relève quelques toux (environ 3% de toux entendues sur 2 mn) sur les porcelets relativement disséminées dans la salle de maternité.



Post-sevrage


Une seule bande (porcelets de 70 jours) est observée le jour de la visite.
Ces porcelets ont reçu le nouveau programme de prophylaxie (vaccination et supplémentation 1er âge).
Cependant, l’éleveur est très inquiet car les signes respiratoires ont atteints le sevrage depuis justement cette bande ci et depuis qu’ils ont 40-45 jours environ : toux importante (8%), retards de croissance.

Engraissement

Les signes observés sont les mêmes pour les 3 classes d’âge observées (112-154 et 196 jours) même si les porcs de 112 jours ont eu le nouveau programme mis en place :
- toux (de 4 à 9% selon les salles)
- augmentation de 2 points de la mortalité
- de l’hétérogénéité et des retards de croissance
- à ce propos, il reste des porcs de la bande de 196 jours alors qu’habituellement, les derniers partent bien plus vite

Nouveaux prélèvements réalisés

Le jour de la visite, compte tenu de l’évolution défavorable observée, nous décidons en accord avec l’éleveur de réaliser de nouveaux prélèvements sanguins :
- 20 truies gestantes de différents rangs de portée
- 10 porcelets de 70 jours (soit un par case puisque les PS sont divisés en 10 cases)


Nouveaux résultats d’analyse


Les sérums ont fait l’objet de sérologies SDRP IDEXX et Mycoplasme IDEXX :

Résultats mycoplasme sur les truies


Résultats mycoplasme sur les issus

Résultats SDRP sur les truies

4 truies sur les 20 étaient séropositives.

Résultats SDRP sur les issus

Tous les sérums de porcelets de fin de post sevrage étaient séropositifs.

Conclusion des analyses

- L’élevage s’est bien contaminé par le virus du SDRP, il est instable et actif
- La situation est très dégradée du point de vue du mycoplasme avec une circulation active à la fois sur le naissage et les issus

Objectifs fixés par l’éleveur, proposition de travail et résultats


Cadre de travail fixé avec l’éleveur

L’objectif de l’éleveur est de bien évidemment résoudre ses problèmes cliniques à court terme et ainsi améliorer ses résultats techniques.
A moyen terme, il souhaite également retrouver la situation avant les soucis c'est-à-dire sans vaccination mycoplasme ni vaccination SDRP.

Proposition de travail

Compte tenu de l’urgence à court terme et des objectifs à moyen terme nous proposons à l’éleveur :
- un plan de stabilisation SDRP basée sur la continuation de la rigueur dans la biosécurité interne et la mise en place d’un plan de vaccination SDRP de masse (truies, PS et engraissement)
- un audit de la biosécurité externe
- une mise en place de la vaccination mycoplasme sur les truies et le recadrage de la vaccination sur les issus

Evolution des résultats

A 6 mois

i. Clinique

En octobre 2007, un bilan clinique est réalisé.
Les résultats de reproduction sont bons.
La clinique respiratoire est absente à tous les âges.

ii. GTE

Ces observations sont confirmées par l’évolution de la GTE

01/09/06 – 30/06/07
01/07/07-31/10/07
Porcs produits/truie/an
22,6
22,6
Kgs vifs/truie
2480
2391
IC global
2,75
2,72
Age 30 kg
74 j
71 j
Age 115 kg
174 j
163 j
GMQ 8-30
490
507
IC 8-30
1,39
1,43
Pertes PS
1,4
0,7
GMQ 30-115
851
929
IC 30-115
2,66
2,63
Pertes engraissement
5,6
3,2

iii. Lésionnel

Un contrôle abattoir a été fait en décembre 2007 révélant :
- 89% de poumons indemnes
- Note moyenne 0,54/28
- 3% de lésions étendues
- 0% abcès

iv. Sérologies

Un contrôle de stabilité SDRP a été réalisé entre décembre 2007 et mai 2008 qui a montré :
- une absence de circulation virale sur le naissage (porcelets au sevrage ; cochettes sentinelles et truies de réformes = tout négatif)
- une absence de circulation virale en PS-Engraissement jusque 160 jours d’âge (âge du départ)
Les sérums étaient tous négatifs en mycoplasme également sur les issus = la vaccination a de ce fait été également suspendue sur les porcelets.

A 3 ans

i. Clinique

3 ans après cet épisode, il n’y a eu aucun épisode respiratoire en engraissement ayant nécessité un traitement curatif.

ii. GTE

GTE 1er semestre 2009
Porcs produits/truie/an
23,7
Kgs vifs/truie
2886
IC global
2,77
Age 30 kg
62 j
Age 115 kg
158 j
GMQ 8-30
635
IC 8-30
1,41
Pertes PS
0,3
GMQ 30-115
882
IC 30-115
2,7
Pertes engraissement
2,5

iii. Lésionnel

Un contrôle abattoir a été réalisé en novembre 2009 dont les résultats sont les suivant :
- 88% de poumons indemnes
- Note moyenne 0,21/28
- 2% de lésions étendues
- 1% abcès

iv. Sérologies

Aujourd’hui l’élevage est toujours séronégatif en engraissement vis-à-vis du SDRP.
Les truies sont toujours vaccinées SDRP, avec un vaccin inactivé, compte tenu de la localisation géographique de cet élevage. Elles sont également toujours vaccinées mycoplasme mais toujours pas les issus.


Commentaires

Ce cas clinique a décrit un cas aigu de SDRP.

- Aujourd’hui, rencontrer des élevages en phase aigüe de SDRP devient peu fréquent. Souvent, les signes cliniques en naissage voire en PS-Engraissement sont plus frustres car il y a souvent une protection vaccinale au moins partielle des animaux

- Egalement, le diagnostic est souvent compliqué car l’échantillonnage des prélèvements destinés à la sérologie doit tenir compte de l’interférence potentielle avec les anticorps induits par la vaccination (sur les truies surtout mais il faut aussi être vigilant par rapport aux anticorps maternels qui peuvent persister parfois jusque plus de 70 jours d’âge)

- A cet égard, ce n’était pas le cas ici mais par contre, d’autres points étaient à considérer vis-à-vis du diagnostic SDRP :

a. Ce virus, on le redit souvent, est très infectieux (= il faut peu de virus pour contaminer un animal et le rendre malade) mais il est par contre peu contagieux (= on le voit bien ici, 4 mois après le début des troubles, seules 4 truies/20 étaient séropositives)

b. Après la contamination, il faut un délai de 2 à 4 semaines pour que les animaux développent des anticorps détectables par la sérologie. Les 1ères prises de sang réalisées en septembre 2007 n’auraient pas dû suffire pour exclure le SDRP, à fortiori compte tenu du contexte de ce cas

- Ce cas illustre aussi la parfaite association de malfaiteurs que représente la co-infection mycoplasme et SDRP :

a. Il n’est pas évident du tout que l’élevage était séronégatif vis-à-vis du mycoplasme avant sa contamination par le SDRP
b. Ce qui est sûr c’est que l’infection virale a permis au mycoplasme de se révéler de la manière qui a été présentée, aussi bien dans le naissage que dans le PS-E
c. Le choix de vacciner les truies s’est fait compte tenu des objectifs fixés par l’éleveur c’est à dire arrêter à moyen terme la vaccination des porcelets
d. La conduite 3 bandes associée à sa rigueur dans la biosécurité interne a permis au plan d’être couronné de succès.
e. Seul, le type de conduite en bande ne permet pas d’améliorer significativement le niveau sanitaire d’un élevage. Il doit aussi associer une bonne maîtrise du sanitaire du naissage et une marche en avant adéquate.


Dr Arnaud LEBRET
Vétérinaire
56 - PONTIVY

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