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Croissance excessive des sabots: tout n'est pas la faute du sol

La croissance excessive de la corne du sabot, qui provoque des "sabots en pantoufle", des fissures ou une séparation et une fourbure septique secondaire a une origine multifactorielle.

Vendredi 8 Mars 2019 (il y a 5 mois 11 jours)
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Historiquement, la littérature et la sagesse populaire ont eu tendance à suggérer que la croissance excessive des sabots des porcs adultes est due, dans une large mesure, au manque d'usure dû au confinement et au manque d'exercice ou simplement un sol trop mou qui n'use pas le tissu du sabot. Cependant, plusieurs décennies d'expérience et la nature sporadique de ce problème (individuellement, entre élevages et dans le temps) suggèrent qu'il s'agit d'un problème plus complexe qu'une simple usure physique. C'est généralement multifactoriel. Cet article analyse la biologie du sabot et explore les causes possibles à travers des exemples de cas cliniques.

Croissance des sabots - Anatomie et physiologie

La partie cornée des principaux sabots du porc est composée de kératine dure organisée en une paroi et une sole / talon. Alors que sur les pattes antérieures, les deux sabots principaux sont de taille comparable, sur les pattes postérieures, les sabots externes sont plus grands et courbés que les sabots internes (médians). Par conséquent, le sabot arrière externe supporte plus de poids. (Les deux sabots rudimentaires de chaque membres ne supportent pas de poids, ils n'ont donc pas une répartition claire sole/ paroi, mais ils peuvent parfois se développer de manière excessive.)

Des études ont montré que la paroi du sabot des membres postérieurs grandit environ 50% plus rapidement que celle des antérieurs, ce qui pourrait conforter l’idée que la croissance excessive est une conséquence du manque d’usure. La croissance cornéenne se produit dans la bande coronaire (Figure 1) et avance progressivement vers la zone qui supporte le poids. De cette manière, toute interruption ou modification de la bande coronaire ou de sa fonction aura des conséquences sur la croissance cornée.

Figure 1. Bande coronaire [flèche]. Notez la croissance inégale et la fissuration du sabot.

Figure 1. Bande coronaire [flèche]. Notez la croissance inégale et la fissuration du sabot.

Bien que la conformation et la posture soient très variables parmi les truies, la position normale des membres antérieurs est plus verticale que celle des membres postérieurs (Figure 2). Cependant, cela est très variable. À mesure que la truie vieillit, les métatarsiens ont tendance à s'incliner, ce qui modifie l'angle de contact du pied avec le sol. Cela peut être lié à l'inconfort de certains types de sols (figures 3 et 4) ou simplement à l'allongement du tendon par le poids. L’inclinaison du membre postérieur peut, bien sûr, réduire l’usure, ce qui permet la prolifération excessive de la partie antérieure des sabots, en particulier externe (figure 5).

Figure 2. Les membres antérieurs de cette truie sont verticaux, mais les membres postérieurs sont inclinés sous le corps.

Figure 2. Les membres antérieurs de cette truie sont verticaux, mais les membres postérieurs sont inclinés sous le corps.

Figure 3. Membres postérieurs verticaux (sans angulation) chez une nullipare.

Figure 3. Membres postérieurs verticaux (sans angulation) chez une nullipare.

Figure 4. Métatarses bas du membre postérieur d'une truie.

Figure 4. Métatarses bas du membre postérieur d'une truie.

Figure 5. Stade précoce de croissance excessive du sabot postérieur externe

Figure 5. Stade précoce de croissance excessive du sabot postérieur externe

La croissance des sabots dépend beaucoup de la nutrition - tant des macro que des micronutriments. S'agissant d'une protéine, sa croissance dépendra des niveaux corrects et de l'équilibre des acides aminés, en particulier des acides aminés soufrés, cystéine et méthionine. De nombreux micronutriments jouent un rôle important dans la croissance de la partie cornée, notamment le zinc, la vitamine D, la biotine et le sélénium. Il est probable que des interruptions ou des fluctuations due leur incorporation produiront un dépôt irrégulier de tissu cornéen dans la bande coronaire, ce qui générera des sabots inégaux et des fissures (voir figures 1 et 6).

Figure 6. Membres postérieurs d'une truie de seconde mise-bas logée à l'air libre avec une croissance excessive et inégale des sabots avec divisions horizontales.

Figure 6. Membres postérieurs d'une truie de seconde mise-bas logée à l'air libre avec une croissance excessive et inégale des sabots avec divisions horizontales.

En outre, le vétérinaire ne doit pas oublier le rôle que les maladies vésiculaires peuvent avoir sur la croissance des sabots. Si l'animal réussit à survivre à un tel challenge, l'altération de la bande coronaire déformera le sabot et, dans les cas extrêmes, provoquera son détachement complet.

Il convient de noter que la fourbure causée par l’acidose, bien reconnue comme productrice de déformations des sabots des vaches laitières, n’a pas été définitivement diagnostiquée chez le porc. (Il n'a pas été démontré que la fermentation dans la dernière partie de l'intestin ressemble de manière significative à ce qui se passe dans le rumen en ce qui concerne l'induction d'une acidose pathologique).

Quelques exemples

Exemple 1

Un nouvel élevage en plein air de 600 truies en East Anglia, au Royaume-Uni, a connu des problèmes généralisés au cours de la première année de production. Plus de 50% des truies de seconde mise-bas ont présenté une croissance excessive et inégale des sabots et surtout, mais pas exclusivement, des fissures sur ceux-ci (figures 6 et 7). L'excellente condition corporelle des truies passée s'est trouvée compromise, probablement en raison de la difficulté d'accès à l'aliment.

Figure 7. Séparation de la partie distale du sabot postérieur de la truie antérieure avec exposition de la lamina sensible en dessous.

Figure 7. Séparation de la partie distale du sabot postérieur de la truie antérieure avec exposition de la lamina sensible en dessous.

L'exploitation a été créée sur des pâturages et les truies sont entrées en mars. L'herbe était particulièrement luxuriante et au mois de septembre, il y avait beaucoup de truies boiteuses. Elles avaient reçu un aliment allaitantes pendant tout le temps de séjour sur l'élevage. Certaines ont développé une fourbure septique - résultat de l'apparition de fissures dans le sabot et d'une infection bactérienne secondaire. 45 truies de deuxième mise-bas ont été envoyées à l'abattoir en raison de blessures aux sabots et 12 autres ont été euthanasiées sur l'élevage.

Au cours des deux ou trois années précédentes, plusieurs élevages similaires avaient été créées avec la même origine et sans incident. Une origine génétique a donc été exclue.

En raison de la gravité du problème et de son caractère unique, plusieurs actions ont été menées.

  1. Élimination des animaux affectés.
  2. Transfert de tous les animaux vers un nouveau champ, où une récolte de blé d'hiver a récemment été collectée (c.-à-d. que l'accès au pâturage a été supprimé).
  3. Séparation des aliments des truies afin de fournir un régime alimentaire riche en énergie et en protéines (18% de PB) en alternance avec un régime pour les truies non allaitantes à faible teneur en énergie et à faible teneur en protéines (14% de PB). Les niveaux d'alimentation ont été revus et recalibrés.
  4. Supplémentation des deux rations avec 40 g / t d'un prémélange de biotine à 1%.

Interprétation

Bien que les lésions observées ne soient pas typiques d'une carence en biotine (et jusqu'à ce que les problèmes de sabots apparaissent, la fertilité avait été excellente), la supplémentation en biotine a été considérée comme prudente.

Bien que l'herbe n'ait pas été analysée, il a été supposé que lorsqu'elle était associée à un apport élevé en protéines pendant la gestation, du fait de la stratégie d'aliment unique, l'apport en protéines brutes était excessif et déséquilibré.

Six mois après l’apparition du cas, après l'abattage de 80 autres truies au sevrage, le problème a été résolu et les truies ont continué à produire normalement avec un minimum de problèmes de sabots

Exemple 2

Un nombre croissant de vieilles truies avec des "sabots en pantoufle" sur les membres postérieurs et antérieurs ont commencé à apparaître dans un élevage fermé de 250 truies naisseur-engraisseur et à productivité modeste. Le problème a atteint son point critique après qu'une truie atteinte ait été amenée à l'abattoir, ce qui a entraîné un procès-verbal des services vétérinaires officiels pour des raisons de bien-être. Les cas les plus graves de l'élevage sont illustrés sur les figures 8 et 9. Dans lea premières, des fissures des sabots sont évidentes.

Figure 8. Sabot en pantoufle sur le membre antérieur d'une truie adulte logée en groupe.

Figure 8. Sabot en pantoufle sur le membre antérieur d'une truie adulte logée en groupe.

Figure 9. Sabot en pantoufle sur le membre postérieur d'une vieille truie du même élevage que la figure 8. Notez également la longueur des sabots accessoires.

Figure 9. Sabot en pantoufle sur le membre postérieur d'une vieille truie du même élevage que la figure 8. Notez également la longueur des sabots accessoires.

La totalité de l'élevage avait un sol en paille et les truies sèches étaient logés en petits groupes dans des enclos à l'intérieur du bâtiment avec un couloir pour enlever le fumier. L'élevage avait environ 20 ans et produisait son propre remplacement grâce à un programme de croisement alterné (criss- cross). Le problème n'avait pas été vu ni signalé avant le début de 2018.

Un audit effectué dans l'élevage a révélé 9 truies présentant une surcroissance pathologiques des sabots, dont au moins 3 ont été déclarées inaptes à être envoyées à l'abattoir comme truies de réforme et ont nécessité l'euthanasie sur l'élevage. Toutes les truies étaient en cinquième mise-bas ou plus.

La société qui fournissait la semence pour le programme de remplacement a fait valoir qu'il ne s'agissait pas d'un problème génétique.

L'élevage produisait son propre aliment avec des formules créées par un nutritionniste indépendant. Alors que 2 aliments différents étaient utilisés pour la lactation et la gestation, l'aliment des truies non allaitantes a été formulé pour des raisons de coût avec 16% de PB. Apparemment, en augmentant la protéine totale, le coût de la supplémentation individuelle en acides aminés pouvait être réduit. (l'aliment allaitantes contenait un pourcentage plus conventionnel de 18% de PB.)

Il a également été signalé que, contrairement aux recommandations, l'aliment des truies de remplacement avait été modifié antérieurement pour réduire les coûts. Il a été suggéré que la sous-alimentation des nullipares au cours de leur phase de développement, autour de leur première insémination, avait un impact sur le coussinet adipeux du talon, réduisant son dépôt et altérant la marche des jeunes animaux. Il était évidemment trop tard pour enquêter sur cet événement, mais il aurait pu coïncider avec la première insémination des truies touchées.

Aucun problème n'ayant été identifié chez les plus jeunes animaux, il a été jugé inutile de modifier de manière importante leur régime alimentaire ou leur environnement. Les animaux affectés ont été sacrifiés ou euthanasiés après le sevrage de leur dernière portée. Jusqu'à présent, il n'y a plus eu de problèmes.

Exemple 3

En ce qui concerne les problèmes posés aux truies confinées (cages ou attaches), il convient de noter qu’au Royaume-Uni, ce système a été interdit à la fin des années 90. Auparavant, la plupart des éleveurs utilisaient un aliment unique pour toutes les truies et on ne peut que supposer que la croissance excessive habituelle des sabots des pattes postérieures pouvait être due non à l'enfermement lui-même, mais à l'utilisation d'un aliment unique et au fait de ne pas être en mesure de répondre aux besoins exacts de la truie aux différents stades de la lactation.

Conclusion

Du point de vue du vétérinaire clinicien, la croissance excessive des sabots des truies représente à la fois un problème de bien-être et d’économie. Bien que de nombreux élevages puissent parfois être touchées par des cas individuels - qui peuvent éventuellement être traitées en coupant les sabots - les épidémies doivent être considérées comme un challenge. La croissance excessive du tissu corné du sabot, qui conduit à des "sabots en pantoufles", des fissures ou une séparation et une fourbure septique secondaire a une origine multifactorielle dans laquelle peuvent être impliqués:

  • La nutrition
  • La génétique
  • L'environnement et conditions du sol
  • L'exercice
  • Les maladies
  • L'âge

Il semble évident que l'idée traditionnelle de mettre en cause un seul facteur (génétique, manque d'usure, etc.) semble être fausse.

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