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Rhinite Atrophique : Le colostrum, transmetteur de l'immunité de la truie au porcelet

La protection des porcelets contre la Rhinite Atrophique peut se faire grâce à la vaccination de leur mère. Cette transmission d’immunité se fera grâce au colostrum, véritable concentré d’anticorps et de cellules immunitaires.

Vendredi 9 Décembre 2011 (il y a 6 ans 9 mois 15 jours)
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Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, la protection des porcelets contre la Rhinite Atrophique peut se faire grâce à la vaccination de leur mère.

Cette transmission d’immunité se fera grâce au colostrum, véritable concentré d’anticorps et de cellules immunitaires. Une course contre le temps s’engage, car :

- D’une part, la capacité du porcelet à absorber les anticorps colostraux ne dure que 10-15 heures : ensuite, les anticorps ne passent plus la barrière intestinale et ne participent plus à la construction de l’immunité générale,
- D’autre part, le passage du colostrum au lait, moins riche, est rapide et complet à partir de 24-36 heures après la mise-bas.

Le niveau d’anticorps transmis de la truie au porcelet dépend de 4 facteurs principaux :

Rhinite 10-1

  • 2 sont liés à la mère :
    • quantité de colostrum produite
    • qualité du colostrum produit

  • Les 2 autres au porcelet :
    • quantité de colostrum ingéré
    • qualité du colostrum bu.

Nous verrons tout au long de ce chapitre les principaux facteurs de variations de ces 4 facteurs, et les moyens d’influence possible en élevage moderne.

Les variations de colostrum liées à la truie :

Certains facteurs sont intrinsèquement liés à la mère et ne peuvent être modifiés : ainsi la quantité de colostrum produite est-elle spécifique de chaque truie, les primipares en produisant moins globalement que les truies adultes : une truie produit en moyenne 3.5 kg de colostrum, variant de 1,9 kg à 5,3 kg par truie.
Cependant certains facteurs d’élevage peuvent également influer sur la quantité de colostrum produite :
- la durée de gestation : la présence de troubles infectieux, tels que les cystites, ou un déclenchement des mises-bas trop précoce ont un impact négatif
- l’emploi d’hormones, en particulier l’ocytocine : utilisée à tort, ou de manière répétée au cours de la mise-bas, elle s’accompagne d’une baisse de quantité de colostrum.
- Le stress, thermique par exemple (maternité humide ou non chauffée à l’entrée des truies) est également néfaste à la production colostrale.

La qualité du colostrum peut par contre être influencée par les méthodes d’élevage :

- la durée de la mise-bas : la teneur en immunoglobulines du colostrum décroit très rapidement dès la fin de la mise-bas : il est impératif que les naissances soient regroupées pour que les porcelets puissent accéder à un colostrum de qualité comparable (Figure 1) : au bout de 6 heures, le colostrum a perdu 1/3 de ces immunoglobulines, et les 2/3 12 heures après la mise-bas.

Rhinite 10-2

Figure 1 : Décroissance des taux d’anticorps dans le colostrum à partir de la mise-bas (Koblasa et Butler, 1987)

- Le parasitisme des truies : les truies infestées par des parasites répondent moins bien aux sollicitations vaccinales et produisent un colostrum de moindre qualité.
- La qualité de vaccination : elle est primordiale ! Ce point sera détaillé lors du prochain chapitre

Le porcelet et la prise colostrale : pas si simple que ça !

Si tous les facteurs de réussite d’une bonne prise vaccinale de la truie et d’une production optimisée de colostrum sont réunis, tout n’est pas gagné pour autant ! Le porcelet lui-même a un rôle déterminant à jouer dès sa naissance.

En effet, nous avons vu précédemment que la qualité du colostrum ingéré décroit rapidement en cours de mise-bas : le rang de naissance du porcelet influera donc sur la teneur du colostrum à sa disposition : mieux vaut naître dans les premiers qu’en fin de mise-bas !

D’autres facteurs vont par ailleurs intervenir sur la quantité de colostrum bue :
- La vitalité du porcelet : un porcelet vigoureux ira rapidement à la mamelle et tétera plus facilement qu’un porcelet splay-leg, ou qu’un porcelet dont le cordon ombilical s’est rompu précocément ou qui a eu des difficultés respiratoires à la naissance (Tableau 2)

Tableau 1 : Caractéristiques des porcelets en fonction de leur consommation de colostrum entre la naissance et 24h après la naissance du 1er porcelet (d’après Devillers N., 2004 ) : Noter les forts taux de porcelets splay-leg, à cordon rompu ou respiration difficile dans les classes consommant peu de colostrum, ainsi que le taux de mortalité plus élevé.

Consommation de colostrum à T24h (g
0-100 100-200 200-300 300-400 400-500 >500
Poids naissance (kg)

1.10
± 0.05a

1.14
± 0.03a
1.29
± 0.02b
1.41
± 0.02c
1.62
± 0.02d
1.71
± 0.04e
vitalité Splay-leg 26.9 %a 20.7 %a 8.2 %b 7.2 % b 5.1 % b 2.4 % b
Cordon rompu 18.5 % ab 26.9 %ab 24.6 %a 8 %c 8.9 % bc 7.3 % bc
Respiration difficile 13.0 %a 3.6 % b 1.6 %b 1.4 %b 1.3 %b 0 %b
Taux mortalité au sevrage (%) 63 %a 34 %b 11 %c 8.0 %cd 2.5 %d 4.8 %cd
IgG à 24h(mg/ml) 11.2
± 1.6a
17.8
± 1.7b
23.0
± 0.8c
24.7
± 0.7cd
27.0
± 1.0d
25.6
± 1.1cd

Au sein d’une même ligne, des lettres différentes montrent une différence statistiquement significative à p<0.05

- Poids de naissance du porcelet : les porcelets les plus lourds à la naissance ingèrent plus de colostrum dans les 24 premières heures de vie (Tableau 3)

Tableau 2 : Répartition des gains de poids dans les 24 premières heures de vie en fonction du poids de naissance (d’après Le Cozler Y. et Le Dividitch J., 2005)

Classe gain de poids
0-24h
n Gain de poids 0-24h (g) Poids naissance (g) Mortalité (%)
< 0 122 - 81 +/- 71 1249 +/- 386 41
0 – 100g 147 52 +/- 29 1357 +/- 315 18
100g – 200g 153 151 +/- 69 1547 +/- 263 3
> 200g 75 263 +/- 63 1683 +/- 234 1

- Taille de la portée : comme nous l’avons vu précédemment la production de colostrum est liée à la truie : elle couvre en moyenne les besoins de 13 à 14 porcelets, sur une base de 160/180 g de colostrum par porcelet
- Tétine choisie : Toutes les tétines ne se valent pas en termes de développement et de production laitière : c’est également vrai pour la qualité du colostrum : les têtes avant sont de meilleure qualité (Tableau 4)

Tableau 3 : Concentration en IgG du colostrum (mg/ml) en fonction de la position de la tétine sur la chaîne mammaire et de l’heure de prélèvement (Bland I. et Rooke J.A., 1998 - a et b : différence significative entre les lignes à p<0.05)

Heure Tétines avant Tétines milieu Tétines arrière Moyenne s
0-6 44.8 36.5 32.1 37.8 a 2.28
9-15 24.1 31.9 25.4 27.3 ab 3.76
18-24 29.8 27.9 21.8 26.3 b 3.02

En résumé, en quelques chiffres :
  1. une truie produit en moyenne 3.5 kg de colostrum
  2. la teneur en immunoglobulines du colostrum est divisée par 3 en 12 heures
  3. le colostrum est assimilable par le porcelet seulement pendant les 10 premières heures de sa vie
  4. pour survivre, un porcelet a besoin de 160/180g de colostrum par kg de poids vif
  5. les têtes avant sont plus productives que les têtes arrière.
Le bon déroulement des mises-bas et la surveillance de la première tétée sont des facteurs clefs de survie pour le porcelet et de succès dans la vaccination contre la Rhinite Atrophique.


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Fluides oraux14-Déc-2011 il y a 6 ans 9 mois 10 jours

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